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Musique Dossier

Les meilleurs albums de tous les temps : le top 50 de nos archives

1 733 albums notés depuis 2001, trente notes parfaites, et un palmarès où Stevie Wonder croise Scooter et du dark ambient suédois…

Troisième tiroir ouvert après le manga, le cinéma et les jeux : la musique. Ce sont 1 733 albums notés chez nous depuis 2001, et c’est le rayon où la rédaction a été la plus généreuse de toute la maison. Trente disques ont décroché un 5 sur 5.

Autant prévenir : ce classement ne ressemble à aucun de ceux que vous avez lus ailleurs. Ni Revolver ni OK Computer n’y sont, parce qu’on ne les a jamais chroniqués. Nevermind non plus, mais pour une autre raison : on en a parlé trois fois, dont une pour sa réédition anniversaire, sans jamais lui mettre de note. On y trouve en revanche un album de Scooter, une bande originale composée pour un film muet de 1922, et du dark ambient suédois.

C’est le principe même de l’exercice : ce n’est pas l’histoire de la musique, c’est ce qu’une rédaction a écouté et défendu pendant vingt-trois ans, avec ses obsessions et ses angles morts. Les seconds sont aussi instructifs que les premières.

Comment c’est calculé

Moyenne, sur 5, de toutes les critiques publiées sur un même album. Trente disques sont à 5 sur 5 : ils prennent les trente premières places par ancienneté. Les vingt suivantes reviennent aux albums à 4,75 dont la critique lâche un mot définitif (chef-d’œuvre, indispensable, essentiel, album majeur). Concerts et DVD écartés : seuls les albums concourent.

Le top 50

  • La Mano Negra et Manu Chao5,00/5 · 2002
    Le seul groupe français de sa génération à s’être exporté pour de bon, du rock latino au punk en passant par le reggae. Un best-of de vingt-quatre titres qui résume une aventure autant humaine que musicale.
  • Stupeflip, Stupeflip5,00/5 · 2003
    « Je fume pu’d shit » sur les radios, une voix de débile, et personne n’avait compris qu’on était à l’aube de l’Ère du Stup. Un rap français qui refuse toutes les cases, y compris celles du rap.
  • Pulp, Different Class5,00/5 · 2003
    Porté par Common People et Disco 2000, le disque qui a enfin donné à Jarvis Cocker le succès qu’il méritait depuis quinze ans. Et surtout : il n’y a absolument rien à jeter dedans.
  • Nada Surf, The Proximity Effect5,00/5 · 2003
    La maison de disques a trouvé l’album trop mélodique et trop varié pour se vendre, et l’a retiré de la vente quelques semaines après sa sortie. Le groupe s’est battu pour le récupérer. C’est un chef-d’œuvre.
  • The Donnas, Spend the Night5,00/5 · 2003
    Quatre filles de vingt-quatre ans qui parlent de sexe pour le sexe et n’ont aucune patience pour le tombeur qui se la raconte. Achetable à la pochette, dit notre critique, sauf que le disque tient debout tout seul.
  • Björk, Debut5,00/5 · 2003
    Née dans une communauté hippie de Reykjavik, premier enregistrement à onze ans, et un premier album solo qui reste un objet musical non identifié trente ans après.
  • Sigur Rós -5,00/5 · 2003
    Un album sans titre, en langue inventée, où l’on perd ses repères et sa notion de la réalité dès les premières minutes. Notre critique n’essaie même pas de décrire la musique : elle décrit ce qu’elle vous fait.
  • Sarah McLachlan, Afterglow5,00/5 · 2004
    Un pur joyau que BMG n’a pas jugé bon de sortir en France, au pays de Kyo et de Vincent Delerm. Notre critique trouve ça stupide, et le dit.
  • Korn, Korn5,00/5 · 2004
    Il y a un avant et un après. Un son très grave, une puissance monstrueuse, et un genre entier qui naît d’un seul disque, repris ensuite par toute une génération.
  • Korn, Issues5,00/5 · 2004
    Tout le monde attendait que Korn surfe sur la vague nu-metal ; le groupe sort l’album le plus noir et le plus puissant de sa discographie. Le premier prenait aux tripes, celui-ci prend au cœur.
  • Cats5,00/5 · 2004
    Les Jellicle Cats se réunissent dans une décharge pour désigner celui d’entre eux qui accédera à une nouvelle vie. Andrew Lloyd Webber mettant en musique les poèmes de T. S. Eliot, ce qui n’allait pas de soi.
  • The Streets, A Grand don’t Come for Free5,00/5 · 2004
    Un gamin de vingt-quatre ans raconte une histoire complète sur un album entier, avec une bêtise de mille livres au départ. La claque que le hip-hop attendait, et un stage d’humilité pour les rappeurs à textes.
  • Arcade Fire, Funeral5,00/5 · 2005
    Un album baptisé en hommage aux proches morts pendant l’enregistrement, et pourtant lumineux dès la première note. La catharsis musicale sans une once de séance de psychanalyse publique.
  • And Other Revelations Eels, Blinking Lights5,00/5 · 2005
    Trente-trois titres courts sur un double album, et pas un seul à jeter. Un homme qu’on appelle E, une sensibilité à vif, et un talent de compositeur que notre critique qualifie franchement d’inégalable.
  • Pink Floyd, The Wall5,00/5 · 2005
    1979, la culture hippie meurt, le punk arrive, et le groupe au cochon rose sort le disque qu’on retiendra de lui. Moins vendu que Dark Side, plus marquant.
  • Miossec, 19645,00/5 · 2006
    La crise de la quarantaine chez l’un des plus grands auteurs de sa génération, où la maturité se pare d’une beauté terne et où la chanson la plus lumineuse s’appelle Dégueulasse.
  • Stevie Wonder, Songs in the Key of Life5,00/5 · 2006
    Deux ans de travail, deux disques, et la soul qui va chercher aussi loin qu’elle peut dans le langage musical. Du swing à Sir Duke, tout y est fait pour modeler un son qui se regarde.
  • Max Richter, Songs From Before5,00/5 · 2006
    Une émotion dont la résonance ne s’arrête jamais vraiment, à la poursuite de souvenirs perdus. Un compositeur passé par la Royal Academy et par l’enseignement de Berio, qui écrit des morceaux de six minutes.
  • Vijay Iyer & Mike Ladd, In What Language?5,00/5 · 2006
    Un poète et un pianiste d’origine indienne fabriquent un album entre hip-hop, jazz électronique et poésie, à partir des mésaventures des voyageurs suspects dans les aéroports d’après 2001.
  • Arvo Pärt, Da Pacem5,00/5 · 2007
    Un jardin zen mis en musique, par un compositeur estonien longtemps surveillé de près par le régime soviétique pour le caractère religieux de ses œuvres.
  • Explosions in the Sky, The Earth is Not a Dead Cold Place5,00/5 · 2007
    Cinq titres, aucune parole, aucun discours, aucun artifice. L’album par lequel le groupe est devenu le meilleur du post-rock, et il n’a pas rendu le titre depuis.
  • Winter Family, Winter Family5,00/5 · 2007
    Un pianiste français rencontre une récitante à Jaffa, et le duo enregistre un peu partout : trois appartements, un parking, un club, une église. Une poésie troublante qui apporte la sérénité.
  • µ-ziq, Duntisbourne Abbots Soulmate Devastation Technique5,00/5 · 2007
    Un album malade, trop important pour être ignoré et sans doute trop singulier pour être aimé. L’un des grands de l’électronique, aux côtés d’Aphex Twin et de Squarepusher.
  • Burial, Untrue5,00/5 · 2007
    Le dubstep sorti de sa chambre de quinze mètres carrés pour devenir autre chose : un disque unique qui pioche partout et s’affranchit de ses racines. Le disque essentiel de 2007.
  • Equus, Eutheria5,00/5 · 2008
    Des Genevois passés par toutes les formations suisses qui comptent, un premier album pensé jusqu’au dernier détail, et des ambiances mélancoliques qui prennent le temps de vous parler.
  • September Malevolence, After This Darkness, There’s A Next5,00/5 · 2008
    Pour leur deuxième album, ces Suédois ont décidé d’écrire de vraies chansons : pas des couplets-refrains, de longues complaintes délicieusement mélancoliques.
  • Shearwater, Rook 5,00/5 · 2008
    Une folk progressive et pastorale, aérée par des cordes et une harpe, qui parle de ce que l’homme fait à la nature. Un réel amour du travail bien fait, et une pure merveille.
  • Frank Zappa, Hot Rats5,00/5 · 2010
    1969, un an avant le Bitches Brew de Miles Davis, Zappa impose un style qui n’existait pas. Derrière : Varèse, Stravinsky, et une culture musicale que trente-quatre tomes d’encyclopédie ne suffiraient pas à résumer.
  • Tamino, Amir5,00/5 · 2018
    Entre ombre et lumière, une voix qu’on n’oublie pas, et un album que notre critique présente comme peut-être la plus belle chose qui vous arrivera cette année-là.
  • Green Album Weezer, Weezer4,75/5 · 2001
    Le retour après six ans d’absence, et le disque qui assure à lui seul le renouveau d’un genre essoufflé. Album de l’été pour les uns, de l’année pour les autres.
  • Suede, Coming Up4,75/5 · 2003
    Le groupe vient de perdre son guitariste et renaît quand même : dix chansons pop-rock parfaites, avec un remplaçant de vingt ans qui prend une place capitale.
  • Otep, Sevas Tra4,75/5 · 2004
    Une chanteuse qui exorcise en public les abus subis dans son enfance, sur une musique d’une agressivité inouïe. Sombre, dérangeant, sincère de bout en bout.
  • Scooter, ... and the Beat Goes on!4,75/5 · 2004
    Été 1994, l’Europe se noie dans l’eurodance et tous les groupes du genre meurent l’un après l’autre. Un groupe allemand fait exactement l’inverse et signe un album majeur de l’électronique des années 90.
  • Fischerspooner, Odyssey4,75/5 · 2005
    Deux New-Yorkais, une vingtaine de danseurs et de chanteurs autour, et des performances entre le club et la galerie d’art. L’électro-pop comme spectacle total, futuriste à la manière des années 70.
  • Röyksopp, The Understanding4,75/5 · 2005
    Quatre ans après un premier album élu disque de l’année à peu près partout, les deux Norvégiens reviennent sans refaire la même chose. Ambiances électro, jazzy et psychédéliques.
  • Grandaddy, The Sophtware Slump4,75/5 · 2005
    Sensibilité synthétique, bidouillages électroniques et ballades tristes : un monument qui réconcilie la pop et l’électronique, sorti l’année où personne ne l’attendait.
  • Pixies, Surfer Rosa4,75/5 · 2005
    L’un des sommets du rock, et le premier album du groupe. Notre critique pose franchement la question : les Pixies y ont-ils mis tant de génie qu’ils ne s’en sont jamais remis ?
  • Pure Reason Revolution, Cautionary Tales For the Brave4,75/5 · 2005
    Une demi-heure, quatre morceaux, et une perle passée sous les radars d’une année 2005 saturée de grosses têtes d’affiche du rock anglais.
  • The Gathering, Mandylion4,75/5 · 2005
    Du metal aérien, planant et mélancolique, à une époque où l’étiquette n’existait pas encore vraiment. Chaque minute est un trésor, au point qu’on serait tenté de le dire insurpassable.
  • Bardi Johannsson, Haxan4,75/5 · 2006
    Un Islandais fantasque compose une bande-son pour un film d’horreur scandinave muet de 1922, longtemps censuré pour son adoration du diable. La musique fait vivre le film sans les images.
  • PJ Harvey, White Chalk4,75/5 · 2007
    Elle abandonne la guitare pour un piano qu’elle maîtrise mal, et se montre fragile pour la première fois. Avec trois fois rien, des instants d’une intensité rare.
  • Mew, And The Glass Handed Kites4,75/5 · 2007
    Pendant que Coldplay, Muse et Radiohead se disputent le titre de meilleur groupe rock de la décennie, un challenger danois arrive par la bande avec un disque de grandeur pure.
  • Goldfrapp, Felt Mountain4,75/5 · 2008
    La rencontre de l’électronique et des musiques de film, dans un disque d’une beauté glacée, hypnotique et séductrice. Un charme éthéré, et des arrangements tenus au millimètre.
  • Ez3kiel, Battlefield4,75/5 · 2008
    Un groupe français passé du dub à quelque chose d’inclassable, télescopant électronique, trip-hop et musique traditionnelle. Maîtres du contrepied, et cette fois ils vont trop loin dans le bon sens.
  • RAoul Sinier, Brain Kitchen4,75/5 · 2008
    Un disque radical, étouffé sous des rythmiques grouillantes et des synthés massifs, par un Français qui a sorti six albums en un an et fait passer Venetian Snares pour un paresseux.
  • Kammarheit, The Starwheel 4,75/5 · 2008
    Un désert balayé par un vent chaud et métallique, des traces de civilisations disparues, et l’homme réduit à une erreur que la nature a fini par corriger. De l’ambient qui raconte.
  • Bomb the Bass, Future Chaos4,75/5 · 2008
    Un des pionniers du sampling revient, apaisé, mêlant une pop angélique à une électronique sourde et sale. Vingt ans après avoir contribué à inventer l’électro anglaise.
  • The Nightwatchman, One Man Revolution4,75/5 · 2009
    Le guitariste de Rage Against the Machine pose sa guitare électrique, prend une acoustique et chante seul. Être de gauche et changer en or tout ce qu’on touche : un album parfait du début à la fin.
  • Zone Libre, Casey et Hamé, L’angle mort4,75/5 · 2011
    Deux guitares, deux rappeurs, une batterie, et une colère qui vaut tous les Big Bang. Le rock expérimental et le rap français se rencontrent sans que l’un ne fasse de la figuration.
  • Burial, Kindred EP4,75/5 · 2012
    Trois morceaux seulement, et une progression qui s’accroît jusqu’aux derniers instants. Du grand art, tout simplement, par l’homme le plus discret de la musique anglaise.

Ce que ce classement dit de nous

Le grand écart est spectaculaire, et c’est ce qu’il a de mieux. Entre The Wall et Songs in the Key of Life, deux monuments que personne ne conteste, on trouve un album de Scooter, quatre Californiennes qui chantent le sexe pour le sexe, du chant orthodoxe estonien et un disque de dark ambient dont l’argument principal est un désert vide. Aucune rédaction ne mettrait ça dans le même tableau si elle le faisait exprès.

Le rayon a aussi ses fidélités : Korn y entre deux fois, Burial deux fois, et le post-rock, l’électronique de niche et le metal atmosphérique y occupent une place que leur poids commercial ne justifie absolument pas. C’est ce qui arrive quand un classement est fait de critiques écrites à chaud plutôt que de listes établies après coup.

Reste l’essentiel, qu’il faut dire franchement : ce top 50 s’arrête à 4,75, et trente-huit autres albums partagent exactement cette note sans figurer ici, de Surfer Rosa à Marillion. La coupure vient de ce que les textes affirment, pas d’une différence de qualité que nos notes seraient capables de mesurer. À vous de nous dire ce qui manque.

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