Ghinzu - Interview

/ Interview - écrit par juro, le 01/06/2005

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Interview de Ghinzu

Le vendredi 27 mai, dans la chaleur d'un café parisien alors qu'ils se restauraient, Ghinzu nous a gentiment reçu. Fabrice et Kris, respectivement batteur et guitariste du groupe, se sont dévoués pour répondre à nos questions.

Bonjour, pour les derniers qui ne savent pas encore qui vous êtes, pouvez-vous vous présenter ?
Kris : C'est un groupe bruxellois né fin 1998. Au départ, il y avait 5 personnes mais un d'entre nous est parti aux Etats-Unis et on a deux albums : Electronic Jacuzzi et Blow. On fait de la pop/rock.

Comment est né Ghinzu ?
K : Au départ c'est John qui voulait refaire un groupe. Car avant, quelques années plutôt, on était dans un autre groupe qui se nommait Las Vegas Parano. C'était très trash, très punk, très « destroy » et le dernier concert a fini en bagarre générale. Il voulait faire un groupe différent, on a enregistré 5-6 morceaux pour voir ce que ça donnait et on a trouvé ça pas mal. On a continué et on a sorti un album qui a eu un petit succès d'estime en Belgique.

De qui vous sentez-vous le plus proche ? Pourriez-vous nous dire vos influences, pas seulement musicales, car on sent que Blow est très éclectique dans sa forme ?
K
 : Elles sont tellement différentes, on a tous des goûts différents. Au niveau musique, ça va de Queen à Sonic Youth, en passant par Elvis Presley, Les Stranglers, Pixies, je ne sais pas... Y'a d'autres trucs, enfin là je te parle pour moi. En films, on aime bien, gros cliché, David Lynch, Lars Von Trier, je suis très fan de science fiction : X-Files, ouais... les Sopranos.

Comment composez-vous ?
K : Une grande partie des compositions viennent de John, 7o% auxquels j'ajoute des petits morceaux. Des fois, j'amène des morceaux mais c'est très rare.
Fabrice : En fait, chacun amène des petits morceaux en chantier.
K : Chacun sa partie en fait.
F : Il y a un refrain, un couplet mais c'est en fait en jouant qu'on trouve les morceaux, il n'y a pas de méthode prédéfinie. C'est en jouant qu'on trouve les choses.

On traverse beaucoup d'émotions qui passent dans les morceaux, on passe d'une énergie dévastatrice dans Mine au mélancolique Horse en un rien de temps, ça me fait penser un peu à un film de David Lynch, comment assumez-vous que l'album change du tout au tout ?
K
 : C'est un choix au départ. C'est un peu comme les Pixies qui avaient ramené ça en vogue avec la batterie et la basse. Quand il n'y a pas de variations, ça nous emmerde un peu tous. On ne s'est pas dit qu'on allait faire un morceau lent, un morceau speed, un morceau speed et après on a bien été obligé de les mettre sur un album. Et tant mieux pour nous. Ca nous aurait emmerdé de faire le même morceau 12 fois.

Vous avez eu beaucoup de libertés pour composer...
F : (coupe) Liberté totale. C'est un album qui a été produit par le chanteur du groupe. Avant de trouver un distributeur, on a fait l'album et c'est après qu'il y a eu Atmosphériques.

Et que pouvez-nous dire à propos de la différence entre l'illustration française sobre et la belge où on voyait un homme tenir sa tête à la main avec une giclée de sang ? Pourquoi changer ?
F : Une fois que l'album a été fait, Atmosphériques, qui détient la licence de distribution, a trouvé la pochette belge trop violente pour la France.
K : et pas représentative de notre style de musique.
F : La direction artistique nous a proposé d'autres pochettes et à un moment donné, il y a une pochette qui plaisait à tout le monde.

Comment avez-vous pris le fait de faire une version tronquée de Blow pour passer à la radio ?
K
 : On a sorti ce single en Belgique avant de sortir l'album et on ne savait pas trop quoi mettre comme single et on s'est dit qu'on allait mettre la chanson de 9 minutes en version de 3 minutes et ça a plu à Paris.
F : 4 minutes... 4 minutes 13 et pas 3...
K : 3, on a essayé mais c'est impossible, c'est la version la plus courte qu'on ait réussi à avoir.

Votre premier album n'a pas été distribué, aurons-nous la chance de le découvrir un jour ?
F : Moi j'espère. John, le chanteur, est aussi le producteur de l'album et artistiquement, il aimerait bien le remixer. Mais en attendant, c'est en suspens.

Vous avez d'autres projets prévus pour bientôt ?
K : On a déjà un DVD mais c'était assez mou, c'était notre deuxième concert après la sortie de l'album. Il y en a déjà qui est sorti et c'était avec Girls in Hawaii et Sharko.
F : On va enregistrer un album d'ici décembre, janvier, février, dans ces eaux là. Ce qui va arriver probablement, c'est la sortie d'un inédit, il va peut etre se passer quelque chose, une édition spéciale...

A quelques minutes d'un concert de Ghinzu, ça se passe comment dans les coulisses ?
K : « Ils sont où, on va les chercher, hé c'est maintenant ». (rires)
F : Il y a parfois un stress car c'est un concert qui requiert une certaine importance ou il peut y avoir l'un ou l'autre qui soit stressé mais c'est toujours un stress positif, c'est ce qui nous donne la force. On se rassemble avant de monter sur scène. Un jour, on ne l'a pas fait et on a mal joué. C'est important d'avoir un contact, quelque chose de plus intime avant de faire de la musique qui est quelque chose qu'on fait plutôt ensemble.

C'est quoi votre meilleur souvenir sur scène ?
K : Il y en a beaucoup, 12 festivals où on a joué 7-8000 personnes à 1h3o-2h du mat.
F : On a fait plein de petits concerts en France dont un à Marseille dans une toute petite salle où il fait super chaud, peu de places mais plein à craquer et le public était vraiment chaud. C'était très chouette. En France, la plupart du temps, le public est très chaud donc souvent les concerts sont de bons souvenirs.

A la veille des grands festivals auxquels vous participerez et avec l'important succès de Blow, ça va être du délire, non ?
K
 : On n'a jamais fait de grand festival français.
F : J'attends de voir. 20000-30000 personnes, je vais voir la différence mais je pourrais ne t'en parler après.

Donc vous préférez les petites salles...
F : En général, je préfère les petites salles.
K : Je peux pas dire « je préfère », j'ai pas encore essayé les grands festivals.

Et à l'Olympia ?
K : Là, on aura un peu plus les pépétes juste avant le concert.

Pourquoi chantez-vous en anglais, c'est la mode pour les groupes belges ou bien une nécessité ?
K : En Belgique, la plupart des groupes chante en anglais.
F : Quand tu fais de la pop ou du rock, l'influence ne vient pas des groupes français, elle vient des groupes anglais ou américains.
K : Rares sont les groupes pop et rock qui arrivent à percer en français.
F : Il y en a un dans cet esprit : Noir Désir.

Vous portez des perruques style afro, c'est un pari entre vous ?
K : Il n'y a plus de perruques.

Plus de perruques ?
F : La première fois, c'était un pari. La première télé qu'on a fait, une télé régionale à Bruxelles, il y avait une perruque dans les coulisses. Il y a John qui la met et on lui a dit : « va faire un tour avec » et il a dit d'accord. On a trouvé ça chouette et on s'est dit qu'on allait le faire. Ca a duré un certain temps mais maintenant c'est fini. Si tu nous avais vus sur scène à l'Elysée Montmartre, tu aurais vu 5 singes en train de jouer de la musique.

L'inévitable question du téléchargement : votre dernier album est disponible sur Internet, qu'est-ce que cela provoque comme réactions chez vous ?
K : Je trouve ça dur quand c'est mes amis qui le font (rires).
F : Si les albums étaient moins chers, je crois que ça poserait moins de problèmes. J'ai entendu récemment aux Etats-Unis les albums étaient vendu 2 à 3 fois moins cher qu'ici. C'est ça le problème, quand la technologie du CD est sortie, on a dit que d'ici quelques temps ce serait au même prix qu'un vinyle car quand tu vois le support, c'est moins cher qu'un vinyle. Ce qu'il se passe, c'est qu'aujourd'hui les maisons de disques qui font partie des multinationales se font les victimes de ça sauf que là où elles perdent, elles gagnent ailleurs puisqu'ils vendent les CD qui servent aux copies. Pour l'artiste, c'est un peu dur. Ca me ferait plaisir que les CD soient vendus moins cher.
K : En Belgique, la TVA est de 21% sur les CD alors qu'elle n'est que de 6% sur les livres donc il y a deux poids, deux mesures pour des produits culturels.
F : Je ne télécharge pas parce que je n'ai pas Internet mais quand je vois qu'un pote a un chouette truc... C'est un choix personnel.
K : Mais tu vois à l'époque c'était pareil avec la cassette...
F : Ouais mais je suis persuadé que si les albums étaient vendus à 10 euros, il y aurait moins de téléchargement, c'est juste une question de prix à la vente.

Ghinzu a dépassé le cadre de la scène francophone...
F (coupe): On a fait un concert en Suède, prochainement une tournée en Scandinavie.

Pas la grosse tête ?
F : C'est chouette ce qui nous arrive car au départ, l'album sort en Belgique parce qu'il y a une société de distribution que ça intéresse un label puis Atmosphériques en France, puis prochainement un autre en Allemagne et en Scandinavie. Tout ça prend des mois et des mois de discussions. Personne n'a la grosse tête dans le groupe, ça commence à devenir agréable parce qu'on commence seulement à gagner notre vie. Jusqu'à présent, on payait tout le matériel, les techniciens et s'il restait de l'argent, on partageait entre nous. Maintenant, j'espère vraiment, à un moment donné, pouvoir plus que gagner ma vie.

Votre site Internet est totalement en anglais, vous ne pensez pas que ça risque d'exclure une partie du public non anglophone d'essayer de vous connaître un peu mieux ?
F : Quand on est un groupe international, on doit parler anglais et comme l'esperanto n'a pas super bien marché, bah c'est l'anglais quoi. Donc, je crois que l'anglais s'imposait par nécessité. Mais moi, par contre, quand je vais poster une nouvelle, je vais la mettre en français.
K : En général, les gens qui sont sur Internet comprennent un minimum l'anglais...

On croit ça mais dans un pays comme la France, tous les gens ne parlent pas anglais et ils aiment bien avoir accès aux informations en français.
F : C'est juste, tu as raison.
K : En Belgique, les films sont sous-titrés donc...
F : Mais en même temps, tu sais, on est un groupe belge alors pourquoi pas en flamand ?
K : En allemand même...

Sur une photo de votre site, on voit une photo où un public féminin est amassé contre les barrières, vous êtes un « boys band » alors ?
K : On n'y peut rien, mais il y a des gars aussi.
F : Quand on a vu la photo, ce qui m'a le plus surpris c'est leur air béat, ils ont l'air heureux et ça c'est génial. La première fois que ça nous est arrivé alors que j'étais censé lancer le morceau avec des coups de sticks, le groupe ne m'entendait pas tellement les gens gueulaient. C'est un peu flippant mais en même temps c'est chouette, ça nous donne beaucoup d'énergie.

Tout le monde dit du bien de vous, ce n'est pas agaçant à la fin ?
K : Ca veut pas dire qu'il n'y a pas des gens qui ne nous aiment pas.
F : J'ai consulté un site belge et il parlait de nous comme des Beatles, il s'emballait, je trouve ça limite. Si tu es un média, tu dois rester naturel et ne pas dire n'importe quoi...


Merci aux Ghinzu et à Ephélide pour l'organisation du rendez-vous. Et un grand merci à Emilie.

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