Un tiers du nouvel album d'Indochine côtoie les cieux divins. Un autre n'intéressera que les fans post Paradize. Le dernier est un véritable calvaire. Certes, le double album est un exercice qu'il vaut mieux aborder sûr de ses moyens, au risque de donner une sale impression de remplissage. Mais Alice & June est aussi un concept album, autre casse-gueule rock récurrent. Impressions d'un vieux singe à qui on n'apprendra pas à faire la grimace, a fortiori en hiver.
Ancien d'Indo
Pour évacuer les sujets qui fâchent, Alice & June a beaucoup de mal, aux premiers abords, à ressembler à un album d'Indochine. Depuis ses débuts et à l'exception peut-être du Péril Jaune, le "groupe" a toujours su conserver un style singulier dans le paysage rock français, plus tourné vers le son anglo-saxon que vers les grand-messes variétoches ; mais surtout, Indochine a profité de chaque nouvel album pour marquer une évolution, une rupture. Que ce soit dans le succès démesuré des années 80 où dans la période difficile des nineties, c'était à chaque fois nouveau et en même temps, à chaque fois totalement Indo.
Réécoutez Paradize puis écoutez Alice & June tout de suite après. Entendez-vous une quelconque évolution entre les deux ? Côté textes, Nicola Sirkis ne semble plus avoir grand-chose à dire, répétant inlassablement ses histoires de jeunes filles en fleurs qui attendent le prince charmant pervers dans leurs chambres recluses du monde. D'une chanson à l'autre, il reprend des mêmes bouts de phrases (sur moi à toutes les sauces, avec les traditionnelles rimes en pas, toi, moi), quand ce ne sont pas carrément des citations de chansons passées (fermer les yeux, dans le fond, ce genre). Même les auteurs invités pour palier au manque d'inspiration tombent dans la caricature du style Sirkis (les étoiles, le ciel, le noir...).
Cauchemars
En termes de composition, Oli de Sat semble avoir définitivement pris le pouvoir. Vraisemblablement persuadé d'être le fils caché de Trent Reznor et Marilyn Manson, la nouvelle tête pensante d'Indochine a fouillé la discographie du groupe pendant que Nicola recopiait des skyblogs pour ses lyrics, saturé les guitares à fond, ajouté quelques bruitages électro cheap, et en route pour le pays des cauchemars ! Parmi les plus déplorables : Black Page, Adora et Crash Me qui, en plus de se ressembler furieusement entre elles, sonnent davantage comme du Rasmus (Oli est d'ailleurs un bon sosie de Lauri Ylönen, comme quoi) ou du Kyo (l'équivalent actuel de ce qu'était Indochine dans les années 80, comme quoi bis).
A la décharge du bonhomme, un autre naufrage de l'album, Vibrator, ne porte pas sa signature. Ce titre, sous-Punker (ou Les 7 jours de Pékin, c'est selon), donne dans le vulgairement pornographique. Pour en finir avec la rubrique «embarrassant», un titre du groupe AqME sans doute très bien mais dont on comprend difficilement la présence sur un disque d'Indochine. Idem (dans une moindre mesure) pour Harry Poppers, très marqué par le style de son invité Didier Wampas.
Trou Noir
Si Alice & June a des airs de premier album solo d'Oli de Sat, ce dernier est suffisamment malin pour ne pas se mettre tout un public de fidèles à dos trop soudainement. Doté d'un formidable instinct pour capter le son dont a besoin le jeune public du moment, il reprend ce qui a déjà fonctionné et «l'arrange» à sa façon. On pense beaucoup à Sur les toits du monde sur plusieurs titres. Ladyboy suit la mélodie de Punishment Park et la batterie de Manifesto. Ceremonia est un parfait remake de Venus. Belle et Sebastiane rappelle énormément Dark.
Passons sur la tièdement romantique Sweet Dreams pour évoquer Pink Water 3. Depuis le temps (cinq ans pour être précis) que les fans attendaient la réalisation du fantasme Indo/Placebo en duo, inutile de dire qu'aucune chanson ne pouvait raisonnablement assumer de tels espoirs. Après une réflexion que l'on devine intense (hé mais attends, notre public, c'est 80 % de filles non ? Il faut refaire Le Grand Secret avec un beau mec à la place de Melissa) Brian Molko est donc venu coller son bout de phrase. La rencontre aurait peut-être dû rester une excellente idée marketing.
Merveilles
Il y a donc du déchet sur cet album aux yeux plus gros que le ventre. Espérons que la version simple prévue saura dégraisser intelligemment la playlist. Car oui, malgré l'incompréhensible engouement pour Marilyn à l'époque de Paradize, un 3.6.3 live au son abominable, un site Internet au goût douteux, une pochette de DVD digne de figurer dans mes chiottes et un nouvel album aux airs de compilation de remixes, Indochine reste, sporadiquement, capable des plus beaux miracles. Le single Alice & June, à la fois très new-wave et pêchu, annonçait de belles couleurs. Les portes du soir, en début d'album, fera une ouverture de concerts idéale. Un homme dans la bouche, grâce à son riff de guitare rieur, emporte de justesse le morceau.
La vraie grosse claque arrive au début du second disque. Lorsqu'enfin Sirkis décide d'aborder un sujet inédit pour lui, l'anorexie. Et là c'est tout simplement bouleversant, tant l'auditeur ressent chaque pensée, chaque mot de détresse de la June qui donne son prénom à la chanson, que Nicola interprète avec une conviction contagieuse. Sa plus grande force étant de ne pas tomber dans le pathos maniéré. La fin du second disque réserve également parmi les meilleures surprises du lot avec le redoutable enchaînement Talulla, Morphine et Starlight. La première est une berceuse écrite par la poétesse Valérie Rouzeau. La deuxième une pièce d'opéra pop au piano très Juste toi et moi, avec cello, cors et choeurs impressionnants. La troisième réussit magistralement à croiser les styles de toutes les époques d'Indochine. La puissance d'évocation du gimmick, du texte et de la chorale Scala rassemblés, proche du visuel et du cinéma, donne in extremis à Alice & June une émotion tardive mais forte.
camite []

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