8/10Wraygunn - Ecclesiastes 1.11

/ Critique - écrit par Filipe, le 29/10/2005
Notre verdict : 8/10 - Touché par la grâce ! (Ecrivez votre critique)

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Une batterie qui percute. Des guitares un peu folles. Des boucles et des samples en pagaille. Des textes originaux. Des arrangements audacieux. La vigueur d'une voix d'homme, alliée à celle plus colorée d'un petit bout de femme. Un rock'n'roll qui copine avec une chorale gospel. Des portugais "qui se la jouent" américains. Originaires de Coimbra, les membres du groupe Wraygunn développent un style relativement éclectique (un mélange de blues, de gospel, de rock, de soul, de funk et de hip-hop, selon leurs propres dires), agrémentant le tout de textes en anglais et d'une foule d'effets virtuels... Il paraîtrait que "c'est dans les vieux plats qu'on fait les meilleures soupes". Paulo Furtado et les siens ont pris ce dicton pour argent comptant et enregistré leur second album, Ecclesiastes 1.11, en puisant au plus profond des archives du rock'n'roll et de la musique noire américaine de ces trente ou quarante dernières années. Mais là où d'autres se seraient contentés d'imiter leurs ancêtres, aussi prestigieux soient-ils, ils nous livrent une douzaine de titres parfaitement adaptés au temps présent, qui regorgent de fraîcheur et d'inventivité.

Le premier titre, Soul City, est assez révélateur de l'esprit musical qui anime le groupe. Un cocktail pour le moins détonant, jugez plutôt : il reprend en boucle des extraits du célèbre discours de Martin Luther King, introduit une chorale gospel et agrémente le tout de scratches, de riffs et autres percussions. De quoi satisfaire un maximum de gens. De toute manière, il faudra bien que les autres s'y fassent aussi, puisque la suite se révèlera du même acabit. Impossible de résister à cette vague de gaieté que véhicule le titre Keep On Prayin', cette fabuleuse alternance de voix sur laquelle il repose, cette aisance dans le choix des mots. La qualité de l'interprétation de Raquel Ralha est particulièrement appréciable sur Don't You Know ? et There But For The Grace Of God Go I, des titres sur lesquels les instruments ont légèrement été mis en retrait (à noter que ce dernier titre, imaginé par Machine à l'âge d'or du disco, a déjà été revisité par les Gories et réemployé par Spike Lee pour les besoins de son film Summer Of Sam). Le titre I'm Your Lover Man est à coup sûr le plus langoureux de l'album. La guitare est plus amorphe et le chant plus mollasson. Mais la mélodie est imparable et le refrain est à tomber. Paulo Furtado, alias "The Legendary Tiger Man", navigue entre les genres musicaux avec une maturité déconcertante. Il imagine des refrains accrocheurs et des mélodies audacieuses, en évitant tout effet "catalogue". Ainsi, Hip est une petite merveille de hip-hop (comme son nom le suggère plus ou moins), tandis que son How Long, How Long ? est (au même titre que Don't You Know) un savant mélange de jazz, de country et de blues à l'ancienne, ponctué ici ou là d'influences rock. Quant aux trois derniers titres, ils figurent parmi les plus fêlés de l'album : à retenir, le refrain dévastateur et les vocalises infernales de Sometimes I Miss You, la folie furieuse qui émane de She's A Speed Freak, entre ses textes décalés et l'interprétation vocale totalement débridée de Paulo Furtado, ainsi que le jeu de guitare très américanisant de All Night Long. Ces trois titres constituent un petit concentré de rock'n'roll, comme on n'en entend pratiquement plus de nos jours, et qui n'auront aucun mal à trouver leurs partisans en concert.

Encensé par la presse musicale (Rock & Folk, Rolling Stone, Les Inrockuptibles), diffusé à la radio (Le Mouv'), présent lors de l'édition 2005 du Festival "FNAC Indétendances" : après avoir conquis la France, le phénomène Wraygunn s'apprête à être exporté aux quatre coins du monde. Avec ce deuxième album en poche, Paulo Furtado et les siens rêveraient de convaincre l'Angleterre, les Etats-Unis, le Japon. "Seulement, on ne se souvient plus de ce qui s'est passé autrefois, et il en sera de même pour ce qui se produira dans l'avenir : ceux qui viendront après nous n'en auront aucun souvenir" (Ecclesiastes, 1.11). Certains liront dans cette citation l'état actuel du monde. Pourtant, je ne crois pas qu'elle puisse raisonnablement s'appliquer aux portugais de Wraygunn, qui s'inspirent de musiques anciennes et les agrémentent de boucles, de samples et autres effets de synthé plus contemporains. Si le concept n'est pas nouveau, "le génie, c'est l'enfance retrouvée à volonté". Et derrière leurs instruments, ces gens-là s'agitent comme de grands enfants qui découvriraient à leur tour toutes ces petites choses qui font l'intérêt d'une musique vivante et festive. Divin.


01. Soul City
02. Drunk Or Stoned
03. Keep On Prayin'
04. Juice
05. Don't You Know ?
06. I'm Your Lover Man
07. Hip
08. How Long, How Long ?
09. There But For The Grace Of God Go I
10. Sometimes I Miss You
11. She's A Speed Freak
12. All Night Long

13. Keep On Prayin' (Bonus)
14. She's A Speed Freak (Bonus)

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