Belle affiche que ce "The Legendary Tiger Man x Medi and the Medicine Show", double concert qui se tenait jeudi soir au 23 de la rue Boyer, en plein vingtième. Belle affiche, et pour cause. Derrière ces appellations pour le moins insolites se cachent deux des plus grands artistes du moment, dont on entend de plus en plus parler. La presse est unanime. Les salles sont pleines. Les radios se font l'écho de cette popularité.
A ma droite, un "curieux amalgame entre Nick Cave, pour les costumes et les manières ténébreuses, et Marc Almond pour le goût du théâtre et la dégaine maigrichonne (Libération)". Paulo Furtado, alias The Legendary Tiger Man, a fait du blues son gagne-pain. Originaire de Coïmbra, berceau du fado, disciple de Jon Spencer et consorts... Qui, mieux qu'un portugais, pour incarner le blues contemporain, me direz-vous ? A ma gauche, Medi, jeune auteur-compositeur multi instrumentiste originaire de Nice, qui depuis la sortie de son premier album enchaîne les concerts sur scènes parisiennes et les premières parties de rêve (Emilie Simon, Wraygunn, Aston Villa, KT Tunstall, pour ne citer qu'eux). Repéré par Dave Stewart, ancien Eurythmics, souvent comparé à un Jeff Buckley ou un Lenny Kravitz, Medi opère à mi-chemin entre folk à la Dylan et rock façon fifties.
Ce n'est pas la première fois que leur label, Exclaim, les réunit de cette façon, le temps d'un concert. Au jeu des points communs, notons que les deux artistes évoluent seul (l'un assis, l'autre debout), mais savent également s'entourer d'énergumènes acquis à leur cause (Wraygunn pour le premier, le Medicine Show pour le second). A noter également que les deux acolytes s'expriment en anglais et partagent une même propension à l'expérimentation et à la réalisation de tâches en simultané. Pour Paulo, vous me mettrez une guitare, un kazoo, un charleston et une grosse caisse. Pour Medi, une guitare, deux harmonicas et de bons talons. Petit "plus" à l'avantage du bluesman ibérique, qui profite de ses sorties nocturnes pour diffuser une batterie de courts-métrages, réalisés par lui-même (sans surprise, sexe et religion en sont les thèmes forts). Medi, quant à lui, se plaît dans le contre-pied vestimentaire, adepte du look "baba cool", à mille lieues de tous ces "Monday boys" aux manches retroussées et aux cravates serrées "qui arrivent au bureau le lundi matin en pensant au vendredi soir". Il en a d'ailleurs fait une chanson ! Manque de bol, Paulo en est l'archétype parfait, du moins en apparence. Le Tiger Man soigne son look avec ses cheveux gominés, ses vitres teintées, son costume cintré à rayures fines et sa cravate parfaitement ajustée.
Niveau musique, puisqu'il faut bien en parler, on retrouve plus ou moins cette dualité, Medi s'exécutant sans se prendre la tête, avec une sérénité monstre. Ses textes sont ciselés, sa voix envoûtante à souhait. A noter quelques sympathiques incursions de saxo, venues enrichir la prestation du Niçois. Le public apprécie, sans s'exalter. Un enthousiasme mesuré pour un répertoire qui manque un peu d'ambition, complèteront certains. Quoi qu'il en soit, la quasi-intégralité de son album Medi and the Medicine Show y passe sans coup férir. Sans surprise, à l'applaudimètre, le tubesque Yeah Yeah l'emporte d'une courte tête. Côté portugais, les textes sont nettement plus simples et directs, basés sur les "émotions primitives", aux dires de l'intéressé. Paulo entame les hostilités avec Someone burned down this town, titre qui inaugure également son dernier album. S'en suivent Masquerade et Walkin' downtown, qui rencontrent un succès fort mérité. Paulo distille un blues déjanté, d'une puissance rare, proche d'un rock à la "The Kills", à la limite de la rupture. La température de la salle fait un bond avec Honey you're too much et I got my night off, d'une sensualité extrême. Mais c'est avec Route 66, reprise ô combien réussie de Bobby Troup, que le public se lâche littéralement. La suite est une accumulation de détonations stridentes et de mouvements saccadés. Avec Blue moon baby, puis le sublime The whole world's got an eye on you (lui-même s'accorde à dire qu'il s'agit là de sa plus grande réussite en tant qu'artiste), le Tiger Man enchante les minettes. A ma gauche, certaines ne tiennent plus en place (mes tympans s'en souviennent encore). La légende dit vrai. Paulo conclut avec She said, extrait de son précédent album, un condensé de plaisir, laissant derrière lui une foule d'hystériques, avec le sentiment du devoir accompli.
En résumé, une mise en bouche des plus élaborées, pour un concert de très haute facture, idéal pour se dégourdir les neurones. Belle soirée musicale en compagnie de ces deux touche-à-tout, "show men" jusqu'au bout des ongles. Une expérience à renouveler !
Filipe []

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