Après avoir publié une chronique pour le moins élogieuse à propos de leur dernier album en date, Ecclesiastes 1.11, je me devais d'assister à un de leurs concerts afin de prendre la pleine mesure du phénomène Wraygunn. Lorsque l'occasion s'est présentée de les voir et les entendre jouer dans la petite salle du Nouveau Casi
no de Paris, je n'ai pas hésité une seconde à leur dédier ma soirée. Je suis loin d'être déçu d'avoir fait ce choix. Voilà pourquoi...
La première partie du concert est assurée par Medi : un quartet typiquement rock'n'roll, qui repose sur un ensemble guitare - basse - batterie, agrémenté d'un saxophone. Leurs compositions sont puissantes et efficaces. Le chant est d'excellente facture, contrairement aux solos de guitare qui manquent cruellement de fraîcheur. Heureusement, le saxophone apporte une touche un peu plus originale à l'instrumentation. Il faut dire que les efforts du groupe sont particulièrement bien mis en valeur par l'acoustique de cette petite salle parisienne, que je découvre pour l'occasion. A sa sortie, le public félicite le groupe à sa juste valeur.
La transition est anormalement longue. Une aubaine pour les quelques retardataires, qui remplissent les derniers espaces encore vacants ! Visiblement, les techniciens français et portugais ont un peu de mal à s'entendre sur le positionnement des enceintes. Finalement, ils inversent deux d'entre elles. Ils s'affairent e
nsuite autour des câblages. Il semblerait que certains instruments n'aient pas été branchés. S'en suit le réglage du niveau sonore de ces mêmes instruments. Il est effectué à l'ancienne, ce qui n'empêche pas le staff du groupe de se montrer particulièrement pointilleux pour la validation de cette étape. Un micro est remplacé par un autre. Ceux de Paulo Furtado sont inspectés plus de six ou sept fois. Le public s'impatiente un peu face à ce défilé et le fait savoir de façon courtoise. Au bout de quarante-cinq minutes, tout est fin prêt. Les artistes ne tardent pas à faire leur entrée.
Chacun prend place autour de ses instruments de prédilection : Sérgio Cardoso à la basse ; Francisco Correia à la console ; Pedro Pinto à la batterie ; João Doce aux percussions. Paulo Furtado arbore un ensemble de couleur noire, des lunettes teintées et des chaussures de dandy, et porte une Gibson SG en bandoulière. A sa gauche, Raquel Ralha le seconde au micro. Entre sa toute petite jupe et ses bottes blanches rehaussées, elle se risque à un look très "années 60". Je découvre que Paulo Furtado est accompagné d'une seconde choriste, dont j'ignorais l'existence jusqu'alors ! Elle interviendra par intermittence au cours du spectacle.
Le groupe entame alors son récital par le flamboyant Soul City, qui se caractérise par une foule de ruptures de tempo et une formidable débauche d'énergie. Dans la sal
le, les symptômes ne trompent pas : les pieds se mettent à battre la mesure ; les bassins commencent à être remués ; les têtes se déplacent de haut en bas. Paulo Furtado et les siens donnent le ton d'entrée de jeu. La température monte d'un cran sur Don't You Know, puis sur le désormais célèbre Keep On Prayin'. Ce titre résume assez bien ce dont est capable le groupe, puisqu'il mélange à la fois soul, gospel et rock festif. Entre temps, le groupe interprète deux extraits de son album Soul Jam (Ain't Gonna Break My Soul et Going Down) ainsi qu'un extrait de son EP Amateur (Lust). Ces trois titres reçoivent l'aval des spectateurs (bien qu'ils ne soient pas les plus connus de leur playlist, puisque les deux disques sur lesquels ils figurent n'ont pas édités en France à ce jour). How Long, How Long déstabilise l'assistance, le faux rythme du début débouchant sur un véritable déferlement de sonorités "rock'n'rollisantes". Il laisse place à l'un des titres les plu
s aboutis et les plus agités du groupe, qui gagne à être interprété sur scène : Drunk or Stoned. Il sera l'un des plus applaudis de la soirée.
L'énergie dégagée par les sept compères est toujours aussi impressionnante, lorsqu'ils se lancent dans l'exécution de Snapshot, troisième "inédit" de la soirée, qui nous fait grâce d'un moment de haute voltige lorsque le percussionniste se lance dans un dialogue surréaliste avec le batteur. S'en suit le très remonté Sometimes I Miss You, suivi de près par deux des titres piliers du dernier album : Speed Freak et Juice (dont je me rends compte que je n'avais même pas fait état dans ma chronique de l'album). Les premiers rangs du public sont bénis par les postillons de Paulo Furtado, qui choisit au passage de se défaire de sa chemise trempée. Il boit un peu d'eau mais recrache tout par terre. Raquel Ralha invite les premiers
rangs à se lâcher davantage. Entre temps, la reprise du célébrissime You Really Got Me, imaginé par les Kinks, ajoute encore un peu plus d'extravagance à leur prestation. Pour l'exécution du sulfureux All Night Long, Paulo Furtado n'hésite pas à descendre de scène et mêler la théorie à la pratique, en mimant les préliminaires et l'acte sexuel grâce à la complicité de certaines de ses spectatrices. Une fois de retour sur scène, il conclue cette séquence d'un fort joli saut.
Lorsque le groupe remercie son public et file en coulisses, la salle ne s'en laisse pas compter et ordonne son retour immédiat sur le devant de la scène. Ce qui ne tarde pas à avoir lieu. Le groupe interprète alors Hip, un titre aux accents funky, puis il reprend un autre grand classique du rock, à savoir le titre My Generation, qui fut conçu de toutes pièces par les Who. La salle est en ébullition. Les premiers rangs s'en donnent à coeur joie, à tel point que le percussionniste lui-même abandonnera son poste pour s'y jeter "pieds en avant" et se mêler à la pagaille générale, tout en continuant d'acclamer ses propres partenaires.
Le groupe désertera à nouveau la scène et reviendra une toute dernière fois pour reprendre Juice à la demand
e expresse du public parisien. Ces quelques quatre-vingt-dix minutes de concert m'auront permis de prendre conscience des grandes capacités du groupe en live. Ce n'était pas vraiment une surprise pour moi. L'album est plus subtil et plus affiné que ce qui s'est joué au Nouveau Casino. Il offre un peu plus d'espace à la voix de Raquel Ralha et puise davantage dans les richesses du gospel. Mais une fois sur scène, les portugais musclent leur jeu, en n'interprétant que les titres les plus incisifs de leur répertoire. Exit I'm Your Lover Man et There But For The Grace Of God Go I. Les reprises des Kinks et des Who sont les bienvenues. Paulo Furtado est un véritable phénomène de foire, imitant ses idoles sans jamais faire dans la caricature. En espérant que les quelques deux cent ou trois cent spectateurs présents aillent maintenant répandre la Bonne Nouvelle autour d'eux au nom de Paulo Furtado et des siens.

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