The Legendary Tiger Man - Interview - Jeudi 7 Septembre

/ Interview - écrit par Filipe, le 27/09/2006

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Interview de The Legendary Tiger Man

Le tigre légendaire
Le tigre légendaire
Jeudi 07 septembre, 18h40. J'ai trouvé refuge dans les locaux d'Exclaim, rue du Général Lanrezac, à quelques secondes à pied de la célèbre Place de l'Etoile. Je m'apprête à faire la connaissance de Paulo Furtado, alias "The Legendary Tiger Man", alias également le front man du groupe Wraygunn (nous vous avions parlé de leur passage au Nouveau Casino de Paris, en novembre dernier). Paulo revient avec un nouvel album sous le coude : intitulé
Masquerade, il sortira en France le 23 octobre prochain. Nous reviendrons avec lui sur ses débuts, sa musique, ses projets...

... juste après qu'il se soit fait servir son petit whisky allégé.

Krinein : Comment ça va, Paulo ?
Paulo Furtado : Fatigué ! Avec toutes ces interviews à faire. J'en suis à ma sixième de la journée. J'en ai encore deux de prévues d'ici ce soir. Celle-ci, c'est la première en portugais. Toutes les autres étaient en français ou en anglais. Rock and Folk, Cross Roads... Mais tout ça, c'est avant tout grâce au succès de Wraygunn.

K : J'avais prévu de te poser quelques questions un peu "bateau", pour que les gens d'ici apprennent à te connaître. D'où tu viens, ce que tu fais dans la vie, etc... On abordera évidemment le phénomène "Wraygunn". On parlera de musique portugaise... Pour commencer, parle-nous un peu de tes influences musicales. Qu'est ce qui t'a réellement donné envie de faire de la musique ?
PF : J'écoute tout un tas de choses, des choses très diverses. Je pense que, d'une certaine façon, tout ce que j'écoute finit par influencer mes créations, mais ce qui me plaît par-dessus tout, c'est de jouer du rock'n'roll et du blues. Mais sinon, j'écoute vraiment de tout : du tango, du fado... Ces genres ont une grande influence sur ma façon de faire, ma façon de jouer du rock. Et même si, sur scène, ma façon de jouer est un peu atypique, je trouve que ces influences se remarquent un peu.

K : Ton nom de scène est assez original. D'où vient-il ? J'imagine qu'on a du te la poser un paquet de fois cette question, désolé.
PF : (petit sourire) "Tiger Man", c'est le nom d'un one man band dont j'apprécie énormément le travail. Quand je l'ai découvert, quand je l'ai entendu pour la toute première fois, je ne me doutais même pas qu'il s'agissait d'un one man band. Je ne m'en étais vraiment pas aperçu. Je l'ai su par la suite. J'ai adoré le style. C'est véritablement ce qui m'a motivé à adopter ce nom de scène. Et ça s'est pratiquement fait par accident. Je ne pensais pas me lancer aussi rapidement dans une carrière solo. Aujourd'hui, ma seule perspective, ce sont mes chansons. Le mode importe peu. Que j'emploie un, deux ou davantage d'instruments, ce n'est pas très important. Je n'aime pas trop ces "one man bands" qui finissent par devenir de vrais artistes de cirque. C'est un peu à qui jouera le plus d'instruments... Ma préoccupation première, ce sont mes chansons, et je ne veux pas qu'elles soient prisonnières du format.

K : Quelques personnes t'ont filé un coup de main sur ce disque. Que t'ont-ils apporté ? Quels sont tes critères de choix ?
PF : En fait, je fais ces choix-là après avoir composé les morceaux. Je joue quelque chose, et puis je me dis : "Ce serait vraiment sympa que les Dead Combo soient là pour cette chanson ! Ils apporteraient vraiment un plus." Je prends contact avec eux. Je les préviens : "Eh les gars, je vais vous envoyer un titre, je trouve qu'il vous irait très bien, dites-moi ce que vous en pensez." Et voilà, c'est comme ça que ça s'est fait. Avec Nell Assassin, João Doce et Mário Barreiras, ça s'est passé de la même façon. Ces chansons nécessitaient la présence de ces gens-là.

K : Cet album, le troisième en date, est beaucoup plus "rock" que les précédents. Y'a-t-il une chanson dont tu es particulièrement fier ?
PF : La chanson que je préfère, qui est aussi la meilleure que j'ai écrite à ce jour selon moi, se nomme The whole world's got the eyes on you... (silence)

K : C'est une chanson qui semble avoir une histoire particulière...
PF : Oui... (rires) Enfin non. La mélodie me plaît énormément. Elle est assez simple en fin de compte. C'est sûrement cette simplicité, ce côté très dépouillé, qui me plaît par-dessus tout.

K : Sur scène, tu as pris l'habitude de projeter quelques courts-métrages, réalisés par tes soins afin d'illustrer tes chansons. As-tu prévu quelques nouveautés pour ta tournée 2006 ?
PF : On n'y a pas encore vraiment réfléchi. J'aimerais maintenir ces projections. Elles apportent quelque chose de très particulier à mes spectacles. Mais tout dépend du type de salle. Au Portugal, j'ai l'habitude de jouer dans de grands auditoriums, parce qu'il n'y a que ça, à vrai dire, de grands auditoriums (rires). Il n'y a pas vraiment de clubs comme ici. On doit se pencher sur la question.

K : On retrouvera tous ces courts-métrages sur un DVD qui accompagnera ton disque. Tu aimes le cinéma, ce n'est plus un secret pour personne. Y'a-t-il une chance pour qu'on t'aperçoive à l'écran prochainement ? A moins que tu aies des envies de bandes originales...
PF : J'en ai déjà fait ! Il y a un film qui devrait sortir en France début 2007, de Rodrigo Areias. J'apparais dans ce film en tant que "Legendary Tiger Man". J'en ai composé la bande originale. Mais le métier d'acteur ne me tente pas plus que ça. En fait, je ne suis pas vraiment doué (rires). Je me dis qu'il vaut peut-être mieux ne pas insister dans cette voie-là. Mais lorsque je me retrouve derrière la caméra, là j'ai plein d'idées, ça m'intéresse vraiment. Je vais d'ailleurs réaliser un petit documentaire l'année prochaine au Japon, un truc sur la culture japonaise. Je vais y enregistrer mon prochain album. Je trouve ça amusant de prendre le contre pied de ce que font habituellement les "blues men", de ne pas aller systématiquement aux Etats-Unis. C'est une façon de ne pas être prisonnier du passé, de regarder droit devant. Culturellement, le Japon est un vivier. Il y a tout un tas de bonnes choses qui s'y passent. Bref, c'est un nouveau projet.

K : Tu as eu l'occasion de te produire en France, au Portugal et dans tout un tas d'autres pays. Du haut de la scène, perçois-tu une quelconque différence entre un public français et portugais ?
PF : Je crois que le public français se lâche un peu plus ! Enfin, c'est peut-être parce qu'on vient rarement en France, et qu'on a affaire aux plus passionnés. De la même manière, les groupes français préfèrent peut-être jouer à l'étranger... Je trouve que le public portugais est encore assez conservateur, préoccupé. Les gens n'arrivent pas à faire le vide en eux lorsqu'ils assistent à un concert. Parfois, j'ai l'impression qu'ils se déplacent uniquement par curiosité, pour voir ce qui se passe à tel ou tel endroit, pour voir qui se sera déplacé ! Ils y vont pour tout un tas de raisons...

K : Abordes-tu tes concerts de manière différente, selon qu'ils aient lieu dans tel ou tel pays ?
PS : Non, non. Je les aborde tous de la même manière.

K : Il y a cette image de "bête de scène" qui te colle à la peau, surtout lorsque tu te produis avec Wraygunn. Est-ce que tu y penses avant de monter sur scène ? Est-ce une pression supplémentaire ? Il faut à tout prix que tu sois cette "bête" que tout le monde est venu voir...
PF : Non, non. Cela demande beaucoup de concentration. Je crois que le plus important, c'est de rester conscient de ce que l'on est en train de faire, de ce qui est en train de se passer autour. C'est vraiment ce qui donne du plaisir aux gens, de donner le meilleur de toi-même. C'est très difficile de faire semblant. Avant de monter sur scène, même si tu as des soucis, ou que tu ne vas pas bien, il faut oublier tout ça. C'est un moment unique ! C'est vraiment très important. Je fais ce que j'aime, et ça me donne la sensation d'être un privilégié. C'est ce sentiment-là que j'essaie de restituer au public.

K : Et si je te demandais de nous raconter un souvenir de scène, un événement particulièrement marquant...
PF : Y'a tellement de petits instants qui restent gravés ! (silence) Il m'est arrivé une fois de me fracturer le crâne en plein concert. Je ne m'en suis rendu compte qu'à la fin. A la réflexion, c'est, je pense, la pire chose qui me soit arrivée en concert...

K : Comment s'est formé le groupe Wraygunn ?
PF : La plupart d'entre nous nous connaissions depuis un certain temps. Au départ, nous étions trois. Et puis, le groupe s'est agrandi au fur et à mesure, assez naturellement, lorsque le besoin se faisait sentir. Récemment, Selma nous a rejoint. Je ne sais pas si elle était déjà présente lorsque tu es venu nous voir en concert à Paris l'an dernier (ndlr : Elle l'était). C'est une choriste qui a participé à l'enregistrement du dernier album, et qui a aujourd'hui pleinement intégré le groupe. Nous avons beaucoup travaillé à l'arrangement des deux voix (ndlr : Selma Uamusse et Raquel Ralha). Pour le prochain album, on travaillera différemment. On s'appuiera davantage sur ce choeur. A chaque fois, je suis allé à la rencontre des personnes qui nous permettraient d'aller de l'avant.

K : Et si, sur ton agenda, il y a conflit entre les projets Wraygunn et Legendary Tiger Man, quel est celui qui passera avant l'autre ?
PF : Wraygunn, évidemment. Je ne suis pas tout seul. J'ai la responsabilité de ce groupe. Les deux projets sont extrêmement importants à mes yeux. Mais s'il y a un problème sur une date de concert, je donne la priorité à Wraygunn. Idem lorsque l'on se réunit pour les enregistrements... En fait, je travaille seul quand j'ai un peu de temps libre...

K : Comment expliques-tu la rapidité avec laquelle Wraygunn s'est fait connaître ? La première fois que j'ai entendu parler de vous, c'était à l'occasion de Paris Plage, des concerts organisés par la FNAC, en juillet 2005...
PF : Honnêtement, je ne sais pas. Je crois que les gens ont vraiment apprécié cet album-là (ndlr : Ecclesiastes 1.11). Avec du recul, je crois que c'est album, c'est la meilleure chose qui me soit arrivée dans ma vie. C'est un album qui a trois ans, et il m'arrive de le réécouter de temps à autre, c'est dire ! A chaque fois, je me dis que si j'avais l'occasion de revenir en arrière, je ne changerais rien sur ce disque. C'est quand même pas mal de pouvoir se dire ça trois ans après ! Il y a eu une combinaison de facteurs : les ingénieurs du son ont été incroyables ; le mastering final était excellent ; le choeur a été fantastique. Tout s'est très bien déroulé dès le départ.

K : Quelle est ton opinion sur la scène portugaise actuelle ?
PF : Je crois que la scène portugaise ne s'est jamais aussi bien portée ! Il y a dix ans, on se disait que les choses allaient évoluer favorablement. Depuis cinq ans, ces choses ont commencé à se concrétiser. Ces cinq prochaines années, plein d'autres groupes devraient faire leur apparition, de très bons groupes selon moi. Il y a beaucoup de barrières qui sont en train de tomber, plein de choses qui sont en train d'éclater au grand jour. On devrait aussi voir davantage de groupes portugais s'exporter au-delà des frontières. Et je trouve ça vraiment important, pas seulement pour Wraygunn mais pour tous les groupes qui tournent déjà à l'étranger. La musique portugaise se porte bien. Elle est très interculturelle, très hétéroclite. On a du hip-hop, du jazz, de la pop, du rock. Tous les genres sont représentés, et cela va permettre de casser notre image. Il y en a encore beaucoup qui résument la musique portugaise au fado... Le son de Lisbonne est très métissé. Il n'est pas blanc. Beaucoup de choses sont en train de changer depuis cinq, dix ans. Ce serait bien de pouvoir le montrer à un maximum de gens.

K : Te sens-tu investi d'une mission d'"ambassadeur" de la culture portugaise à l'étranger ?
PF : Je porte un certain aspect de la culture portugaise, "un petit bout de Portugal", comme beaucoup d'autres qui sont actuellement en tournée ; Mariza, par exemple, qui emporte avec elle une autre parcelle de cette culture. On retrouve là toutes ces différences, toutes ces influences, que j'évoquais précédemment...

K : Quels sont tes artistes portugais préférés ?
PF : Comme ça, instantanément, je pense aux Dead Combo, évidemment. En hip-hop, j'aime beaucoup Dealema. Valete, aussi. Il y a tellement d'artistes, tellement de variété. Il y a aussi un groupe dont on n'entend pas trop parler, mais qui a réalisé un excellent album, et qui a toutes ses chances internationalement : Vicious 5. J'aimerais qu'ils y arrivent. On pense peut-être les convier sur une prochaine tournée. C'est important de les aider aussi. Il n'y a qu'à voir tous ces artistes du Canada, par exemple, dont on ne cesse de parler aujourd'hui. C'est arrivé parce que l'Etat finance leurs tournées, se charge de leurs frais de déplacement, à hauteur de 50%. Je trouverais ça assez sympathique que l'Etat portugais fasse de même. Parce qu'il y a de l'argent. On dépense des sommes considérables dans le théâtre et le cinéma. Si demain, je n'ai plus de public, je vais devoir trouver un autre emploi. Je suis totalement dépendant du public, et les rapports entretenus par l'Etat avec les Arts n'ont jamais été très clairs. Je crois que l'Art y perd de toute façon. Mais d'un autre côté, l'insécurité du statut d'artiste est peut-être essentielle à la création... Je crois que si l'argent était mieux géré, si l'on protégeait un peu plus les artistes portugais souhaitant s'exporter, le pays y gagnerait, en terme d'image. Et ce n'est pas seulement l'artiste qui y gagnerait ! Si l'on m'aidait à payer mes voyages, je jouerais peut-être vingt fois plus. Je prends l'exemple de Wraygunn. On est un groupe de neuf ou dix personnes, plus le matériel. Pour notre éditeur, les frais liés à nos déplacements sont extrêmement lourds ! D'un côté, ça n'aide pas vraiment d'être un groupe portugais. Si nous étions anglais ou américains, cela aurait une influence. D'un autre côté, la promotion coûte extrêmement cher, surtout lorsque tu te retrouves à plus de mille kilomètres de ton pays...

K : Allez, dernière question : lorsque tu te retrouves justement loin de ton pays, en promo comme aujourd'hui, à quoi passes-tu tes journées, hormis répondre à des interviews ?
PF : Ici, à Paris, j'ai l'habitude d'aller faire un tour à Pompidou. Je fais un peu de shopping, je me balade dans les rues de Paris. J'aime beaucoup cette ville. Cette semaine, je ne vais pas avoir beaucoup de temps pour ça, mais bon... (rires) J'ai l'habitude de fréquenter quelques bars bien sympas, aussi...

K : Merci, Paulo.
PF : Merci à toi. C'était super sympa de ta part de faire cette interview en portugais...

K : Oui, ça me donne l'impression d'être encore en vacances...


Obrigado, Paulo, e boa sorte.
Merci à nos camarades de chez Exclaim.

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