mYpollux - Interview - Août 2006

/ Interview - écrit par Danorah, le 15/09/2006

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Interview de mYpollux

En ce mois d'août plutôt morose (météorologiquement parlant tout du moins), Krinein a rencontré pour vous trois des quatre membres du groupe mYpollux, qui prépare en ce moment même la sortie de son second album, Contraires. Lussi (chant), Yann (guitare) et Florent (basse) ont accepté de répondre à quelques unes de nos questions.

Tout d'abord, pourriez-vous m'expliquer d'où vient le nom de votre groupe, Mypollux ?
Lussi : Tout à fait. On a coutume de dire qu'on a choisi ce nom parce que l'univers du groupe fait souvent appel au registre de l'enfance et amène les gens dans un univers enfantin, et le fait d'utiliser le nom d'un personnage de dessin animé pouvait permettre aux gens de tomber dans cet univers. Voilà pourquoi « pollux ». Pourquoi « my » ? Parce qu'on a toujours envie de personnaliser un peu les choses et de les rendre à notre forme, à notre image, c'est pour ça qu'on a fonctionné comme ça.

Pour les internautes qui n'ont pas encore entendu votre musique, pourriez-vous décrire votre musique en quelques mots ?
Florent : En quelques mots, c'est compliqué ! En fait les instruments derrière sont bien rock, voire métal, tandis que la voix de Lussi vient adoucir tout ça, ou alors au contraire elle va carrément dans l'autre sens et ça devient encore plus métal... En fait c'est un gros mélange, un mélange de paradoxes, c'est ça le truc le plus important. Il y a plein d'influences qui sont mélangées là-dedans et voilà... C'est très très dur comme question !
Lussi : C'est rock en passant par le métal et par la pop, les deux extrêmes, mais c'est rock/metal, quoi !

C'est pour ça que vous utilisez le terme pop-core ?
Lussi : Oui, c'est un terme qu'on utilise parce que c'est vrai qu'il nous correspond bien parce que, si tu veux, le mot « core » permet de retrancher le côté extrême d'un style, donc on estime qu'on est plutôt pop-rock et qu'on est retranché dans l'extrême métal de ce style-là. Après c'est vrai que pop-core c'est un nom un peu barbare...
Florent : Je crois qu'on a aussi fait exprès de choisir un nom un peu compliqué parce qu'actuellement les classifications par styles ça ne veut plus dire grand-chose : par exemple quand tu dis « métal » il y a tout de suite des gens qui imaginent des mecs avec les cheveux longs en train d'égorger des poulets alors que ça n'a rien à voir ! Nous on voulait un truc un peu mystérieux, pour que les gens se demandent ce que c'est et jugent par eux-mêmes.

Ces derniers mois vous avez enregistré votre deuxième album et fait quelques grosses premières parties (Staind, Bullet For My Valentine...) Quel bilan est-ce que vous en tirez ?
Lussi : C'était bien ! C'était des expériences très enrichissantes, autant sur le plan humain que sur le plan professionnel et sur le plan artistique. On a pu bien s'approcher des gens de Staind qui sont vraiment des gens formidables et qui nous ont beaucoup encouragés à continuer ce qu'on fait, et c'est vrai que ce genre de rencontres, ça te fait avancer énormément parce que tu te dis que si un mec comme ça, qui a fait 4 ou 5 albums, qui joue tout le temps devant des milliers de personnes, réussit à trouver quelque chose de professionnel et de valable dans ta musique, il y a peut-être quelque chose à faire. Ils étaient quand même sur le bord de la scène tout le long du concert et ils ont vraiment apprécié ce qu'on fait. C'est très très rare de tomber sur des gens comme ça. Donc c'est vrai que ça a été une bonne chose pour nous, et puis ça nous a permis de faire des concerts dans des grandes salles, avec plein de monde, et de nous familiariser avec ce nouveau monde, puisque nous on était plutôt sur des petites salles. Là les jauges de salles commencent à s'agrandir et c'est plutôt sympa !

Votre premier album était autoproduit, le deuxième a été signé sur une major. Qu'est-ce que ça change ?
Lussi : Bah ça change tout ! Avant on était « pauvres », non pas personnellement, mais dans les moyens qu'on mettait autour du groupe, on n'avait rien, c'était nous, la banque. Maintenant, on peut faire à peu près ce qu'on veut, parce qu'à partir du moment où ils sont d'accord, il y a les fonds derrière. Pour le moment on est très libres, ils nous font beaucoup confiance donc on est très autonomes. Finalement c'est comme quand on était autoproduits, puisqu'on a tout fait tout seuls, on a réalisé le disque absolument tout seuls (avec Guillaume André, l'ingénieur du son, mais c'était aussi le cas sur le premier album)... Donc en fait c'est comme avant, sauf que maintenant on a les moyens de faire exactement ce qu'on a envie !

Vous n'avez pas plus de pression ?
Lussi : Si forcément, parce qu'il y a beaucoup plus d'enjeux, puisqu'il y a beaucoup plus de moyens qui sont mis en oeuvre autour de nous ; ça veut dire qu'il y a aussi plus de chances que ça se passe mal. On est un peu comme au bord d'un précipice, et soit ça passe, soit ça casse ! Donc il y a plus de pression parce qu'il y a plus de moyens mis en oeuvre et si jamais ça s'effondre, ça sera plus compliqué...
Florent : C'est marrant parce que ça change tout et ça change rien ! C'est super bizarre parce que ça change tout pour nous, alors qu'en fait on a enregistré au même endroit, on a fait le deuxième album un peu comme le premier (enfin, avec un peu plus de facilité, surtout que le studio a beaucoup changé entre temps), on a appliqué un peu les mêmes recettes... Au niveau de la pression, peut-être que sur le premier album on ne se rendait pas trop compte, mais quand il est sorti on a eu la pression aussi. Là on a la même pression, on peut se planter de la même façon. En fait tout est pareil, mais ça n'a rien à voir ! C'est super compliqué ! En tout cas ils sont là pour nous aider, ils sont là pour nous mettre la pression aussi, donc on est plus « gros » qu'avant : les enjeux ont changé, mais finalement c'est à peu près pareil.
Lussi : Ce qui change aussi c'est le fait qu'on n'ait plus autant de choses à gérer nous-mêmes, c'est-à-dire qu'on a une équipe qui est là pour tout faire, nous on n'a plus qu'à faire les artistes. C'est complètement différent à ce niveau-là par rapport à avant, et finalement paradoxalement on a moins de pression, parce que moins de choses à gérer. Les gens sont là pour le faire à notre place et ça soulage énormément.

Quand tu parles de « tout faire », de quoi est-ce qu'il s'agit en fait ?
Yann : C'est tout ce que je faisais avant et qui fait que maintenant je fais plus rien et je m'ennuie à la maison ! (rires)
Lussi : C'est tout ce qui est administratif, qui est déjà énorme : gérer l'argent, gérer le planning, la recherche de concerts, tout ce qui est management, logistique, toutes les merdes qu'on faisait tout seuls avant et qui maintenant sont prises en charge complètement.
Florent : Il y a aussi énormément de promo, c'est le point qui a beaucoup changé. Avant on faisait un peu tout à l'arrache en envoyant des CD à droite à gauche... Nous on a eu quelques retours parce qu'on a eu un peu de chance, mais c'est vraiment minime. Maintenant il y a plein de choses qui se passent alors que nous on ne fait plus grand-chose sur ce plan-là.
Lussi : Maintenant on a un attaché de presse, donc nous on n'a plus grand-chose à faire, à part répondre aux interviews !

Parlons maintenant des collaborations, puisqu'il y en a deux sur votre premier album et une sur le second. Comment ça s'est fait ? Est-ce que vous avez pris l'initiative de demander, ou est-ce qu'on vous a proposé ?
Lussi : En fait, les collaborations pour nous c'est essentiel. Ca apporte une autre pierre à l'édifice, et qui apporte complètement une autre perspective au morceau, qui est hyper importante et qui nous permet de « boucler la boucle » : comme ça on a exploré un peu toutes les possibilités. Donc c'est pour ça que c'est nous qui demandons aux gens d'avoir ce rôle. Et puis c'est vrai que c'est rare que les artistes disent « je veux faire un featuring sur votre disque »... En fait ça n'arrive jamais ! Quand on est en phase de composition, il y a des morceaux sur lesquels on sent qu'on a ce besoin-là. Et puis il y a des artistes qui m'ont tellement touchée que j'ai besoin de partager ça avec eux. Ca a été le cas de Mathieu 2TH qui a fait le deuxième featuring sur le premier disque. C'était vraiment une grande rencontre vocale. Après on a eu des envies donc on a appelé Bob [chanteur de Watcha] avec notre petit téléphone à l'époque, c'est nous qui l'avons appelé directement, et il a accepté. On a eu de la chance qu'il accepte !

Donc quand c'est comme ça vous leur faites écouter ce que vous avez composé ?
Lussi
: Oui voilà, que ce soit pour Bob ou pour Joe [chanteur de Gojira], à chaque fois on a envoyé nos supports, notre disque, notre press book, et ensuite ils ont décidé si ça leur convenait ou pas. En l'occurrence, ils ont accepté le challenge ! 

Est-ce qu'il y a d'autres artistes avec qui vous aimeriez collaborer ?
Lussi : oui, forcément, après il y a des choses qui sont réalisables et d'autres pas. Pour les artistes étrangers, ça devient vraiment compliqué... donc bien sûr qu'il y a des artistes avec qui on aimerait échanger. Pour l'instant on a eu la chance que ce soit accessible, mais pour la suite... On verra...

En septembre l'EP contenant 6 titres extraits de votre nouvel album sortira en ligne. Pourquoi ce choix ?
Lussi : Comme tu le sais, le marché du disque devient de plus en plus compliqué, et il faut trouver un moyen d'utiliser Internet le plus judicieusement possible. Internet est aujourd'hui un moyen de promotion décuplé par rapport à tout le reste, tout le monde l'a, tout le monde voyage dessus et c'est vraiment une super plateforme pour pouvoir diffuser sa musique, donc notre choix et celui de la maison de disques c'était d'utiliser ce créneau-là, parce qu'on pense que les artistes aujourd'hui ne l'utilisent pas assez et qu'il y a peut-être moyen de faire quelque chose. C'est aussi et surtout un bon moyen pour les gens de découvrir notre disque à moindre coût : notre public cible est assez jeune et n'a en général pas un grand pouvoir d'achat. Ca leur permet pour 6 Euros de découvrir notre disque et de savoir si ça peut leur convenir ou pas - en tout cas pour ceux qui connaissent pas. Donc c'est une sorte de pré-sortie en fait.

Est-ce que les 6 titres reflètent bien l'album dans son ensemble ?
Florent : Ca représente une bonne moitié...
Lussi : Oui, mais si tu veux on ne reflète jamais aussi bien un album qu'en l'écoutant en entier, surtout pour nous parce qu'on construit d'une certaine manière. Mais c'est vrai que comme c'est une bonne moitié, ça reflète plutôt bien l'esprit, oui.

C'est vous qui avez choisi ces 6 titres ?
Lussi : Oui tout à fait.

Tant qu'on parle d'Internet, quelle est votre position sur le téléchargement (illégal, bien sûr) ?
Lussi : Alors, on est très partagés dans le groupe à ce niveau-là. Je vais te donner ma propre opinion : je ne télécharge rien de français, (sauf quand je ne peux pas le trouver - ça vaut seulement pour un groupe !) et je suis absolument contre ! Déjà ça m'embête d'avoir un mp3, je préfère avoir le disque. Je suis très matérialiste à ce niveau-là, j'aime bien avoir l'objet avec son artwork... Ca c'est mon avis, mais ce n'est pas celui de tout le monde dans le groupe...
Florent : En fait le problème c'est que le téléchargement ce n'est foncièrement ni bon, ni mauvais. D'un côté c'est mauvais parce qu'il y a un manque à gagner pour les groupes. On m'a posé la question il n'y a pas si longtemps, et il faut savoir que quand on vend un CD, on gagne peu de sous dessus. Après la maison de disques en gagne la majeure partie, mais en ce qui concerne les groupes de notre envergure, ça ne sert même pas à rembourser les fond investis pour notre développement. Donc de toute façon c'est nous qui sommes le plus lésés, parce que ce manque à gagner affecte notre développement, les tournées, etc. On a ce problème, mais d'un autre côté le téléchargement nous ramène un public qui de toute façon n'aurait pas acheté l'album, ou qui ne peut pas le trouver. Je pense par exemple à des gens qui viennent d'Italie, où l'album n'est pas sorti. Ces gens nous connaissent et ils savent qu'ils aiment parce qu'ils ont téléchargé. Donc il y a un espèce de paradoxe, c'est un peu compliqué. Je pense que le problème est ailleurs. Personnellement ça m'arrive de télécharger, et quand j'aime beaucoup le disque, je vais l'acheter. Pour moi le téléchargement remplace ce qui se faisait avant : tu as un ami qui passe chez toi, qui te prête le CD, tu l'écoutes et ensuite tu décides de l'acheter. Ca remplace un peu ce phénomène. Après, ce qui est dommage, c'est que certaines personnes téléchargent sans avoir cet attachement au disque donc ils gardent des mp3 et même s'ils aiment beaucoup les groupes, ils n'iront pas acheter. Donc à mon avis le problème vient aussi du fait qu'il n'y ait pas d'attachement au disque. Il faut essayer de développer ça. Nous on essaie de le faire parce qu'on a un visuel qui est assez fort, et c'est un élément que tu perds quand tu télécharges. C'est aussi au groupe de donner envie d'acheter à son public.
Lussi : Nous on a toujours cet attachement à l'objet dont parle Florent, on est une génération du disque. Les jeunes qui ont 15/16 ans aujourd'hui n'ont plus du tout la même culture que nous par rapport à ça : leur culture c'est celle de l'Internet, ça ne les dérange absolument pas de télécharger. Et le problème, c'est que plus les gens téléchargeront, moins il y aura d'artistes, parce qu'on ne pourra plus se développer comme avant. Bien sûr les maisons de disques s'en mettent plein les poches, mais sans ces maisons de disques, il ne pourrait pas y avoir autant d'artistes. Je ne sais pas comment on pourra s'en sortir s'il y a une réduction du panel d'artistes.
Florent : J'en discutais justement avec un mec qui était venu nous voir en concert. Lui, il a téléchargé l'album, et il vient aux concerts. Le téléchargement, ça nous permet d'avoir des gens en plus aux concerts, et ça ce n'est pas négligeable non plus. Donc quelque part, ça nous aide aussi... A mon avis, il vaut mieux qu'il y ait du téléchargement et qu'il y ait vraiment beaucoup de monde aux concerts, plutôt que pas de téléchargement et plus personne aux concerts ! C'est pour ça que ce n'est pas foncièrement mauvais. C'est un peu dans cet esprit qu'on a sorti l'EP en numérique, ça va nous permettre de mettre un petit accent sur ça (petit parce qu'on ne représente quand même pas grand-chose !). Le titre est à 99 centimes, ce n'est pas très cher et ça nous permet de dire qu'il y a de la musique sur Internet qui est payante, et qui permet au groupe de gagner un peu d'argent...
Lussi : Et surtout de pouvoir continuer à se développer.

Pour en revenir à votre deuxième album, est-il conforme à vos attentes ? Est-ce que vous avez des regrets ?
Lussi : Non pas spécialement, en tout cas pas en ce qui me concerne. On a vraiment pris notre temps pour faire ce disque. On a quand même été deux mois en studio, on a eu une longue phase de composition qui représente plusieurs années, on a eu le temps de beaucoup maquetter parce que Yann a un studio et on travaille beaucoup dedans. Je dis souvent que cet album ne peut pas être moins « Mypollux » qu'il ne l'est. On a tous mis tout à fond, on a fait exactement ce qu'on voulait jusqu'au dernier petit détail que personne n'entend... A mes yeux il reflète complètement ce qu'on voulait et ce qu'on attendait.
Florent : On a toujours des regrets de toute façon. Je pense notamment au premier album : quand il est sorti on était tous super contents et quelques mois après on s'est dit « tiens, ça c'est dommage, ça aussi... » donc je pense que c'est aussi une période...
Lussi : Oui ça correspond forcément à une période. Après on évolue, donc le disque ressemble moins à ce qu'on fait. Il y a une évolution entre les deux albums car chacun fixe une période, on peut pas rester à 100% dans un même trip. C'est pour ça qu'avec le temps et le recul, on change et surtout on mûrit, on progresse et on met le doigt sur autre chose. Mais en tout cas sur cette période-là, je pense qu'on ne pouvait pas faire mieux.

Comment ça se passe au niveau des compositions et de l'écriture des textes ?
Lussi
: Il faut déjà savoir qu'on fait tout en répet' tous les quatre. La plupart du temps je travaille en amont : c'est moi qui écris les textes à 100% et tout part de ça. J'écris un texte, mais dans ma tête le texte ne peut pas aller sans la musique. J'écris le texte avec une mélodie, un accompagnement bidon à la guitare, mais qui me permet d'avoir une structure et une mélodie liées au texte. Ensuite on part de cette base pour travailler ensemble en répet'.

Et après chacun apporte sa pierre...
Lussi : voilà c'est ça.

Quels sont les grands thèmes de l'album ?
Lussi : L'album s'appelle Contraires. En fait je me suis rendu compte que non seulement dans mes textes mais aussi dans notre musique il y a quelque chose de très paradoxal. Il y a toujours une sorte de dualité qui ressort de tout ça et qui permet notre équilibre. Par exemple dans les textes, l'un va être plutôt sombre tandis qu'un autre sera plus positif. La musique est aussi faite d'opposés, avec un côté très métal et un côté plus mélodique. On a vraiment voulu développer cette idée de dualité, notamment dans l'artwork. Ca c'est le fil rouge du disque. Après au niveau des textes, ils ne sont pas du tout politiques, sociaux, il n'y a pas d'engagement, d'idéaux, de prise de position par rapport à un thème particulier. En général c'est plutôt beaucoup de poésie et de choses qui sont écrites autour de mes émotions, de ce que je ressens. Moi j'arrive à écrire quand je ressens quelque chose, il se passe un truc en moi et j'ai besoin de le mettre sur papier. Mais je n'ai aucune prise de position. On a un titre qui parle du monde des maisons de disques, et tout le reste c'est plutôt de la poésie, des choses pas forcément plus légères mais sans prise de position.

Pourtant dans le titre Qui dort dîne il y quand même une critique quelque part...
Lussi
 : Oui c'est vrai, je reconnais ! Il y a une critique de la société de consommation qui force les filles à établir un idéal physique qui n'est pas réel, et surtout qui n'est pas normal. Mais ce n'est pas vraiment une critique, parce que le morceau n'est pas construit autour de ça. Il y a un moment dans le morceau où je parle d'un idéal qui n'est pas bon, mais le but du morceau n'est pas de m'engager, simplement de mettre le doigt sur un problème.

Alors ce but, c'est quoi ?
Lussi : Ca parle d'anorexie, tout simplement. Quand on parle d'anorexie, il faut forcément dénoncer quelque chose, mais je n'ai pas fait le morceau pour ça.

Justement, pour vous qui avez un visuel assez fort, quelle est le rôle de l'image, du look ?
Lussi : Pour moi c'est important que quand les gens se déplacent en concert, ils ne viennent pas seulement entendre quelque chose. A partir du moment où on est en concert, c'est un spectacle. On doit en jouer, on doit créer un monde, c'est important qu'ils puissent rentrer dans notre univers qui est quand même assez fort je pense. Effectivement, le look permet aux gens d'avoir un support visuel pour rentrer dans cet univers. Si on était habillés comme tous les jours sur scène, peut-être qu'il y aurait beaucoup moins de facilité à rentrer dans ce monde magique qu'on essaie de créer. On crée un peu des personnages, avec chacun notre personnalité. C'est juste le reflet exacerbé de ce qu'on est tous les jours, simplement en essayant un peu plus de faire voyager les gens.

Est-ce que tout l'album sera en français cette fois ?
Lussi : Oui... à 99% ! Parce que comme tu l'as entendu sur le premier disque, j'utilise un langage inventé qu'on pourra retrouver par moments sur le disque, soit dans les choeurs, soit dans une partie précise.

Il n'y a pas une chanson entière dans cette langue ?
Lussi : Non. Et 0% d'anglais !

Est-ce que vous avez aménagé des espaces plus calmes comme sur le premier album ? Parce que sur l'EP c'est un peu monolithique...
Lussi : Oui c'est prévu ! Tu verras, on a plusieurs petites plages construites avec des cordes, plus « légères », enfin sans guitares saturées ! et qui permettent d'espacer un peu les choses et de reposer l'oreille...

Des projets pour les mois à venir ?
Florent : Déjà, préparer la tournée. Ca commence en septembre. On a eu quelques dates cet été mais elles étaient un peu isolées. A partir de septembre il y aura plus de dates, notamment dans des villes où on n'est jamais allés, donc on est bien impatients et on va préparer ça tranquillement...
Lussi : Et aller à la rencontre d'un nouveau public, c'est déjà un bon projet !
Florent : Ensuite essayer de faire du yoga parce que l'album sort en septembre et je pense que ça va tous bien nous stresser. Il y aura pas mal de choses à faire : énormément de promo... Donc oui en septembre ça réattaque fort !

La promo, ça consiste en quoi au juste ?
Florent : On ne sait pas encore ! Mais ça va être des interviews...
Lussi : Se faire connaître auprès de la presse, de la radio, de tous les médias possibles... Donc effectivement des interviews, mais aussi des apparitions : jouer en radio ou en télé (enfin, on espère !) en tout cas être présents dans le monde médiatique.

Vous accepteriez n'importe quelle émission ?
Lussi : Le but pour nous c'est de pouvoir nous faire connaître un maximum, donc à partir du moment où une émission de télé cadre avec notre esprit, pourquoi pas...
Florent : Oui, il n'y en a pas énormément, c'est plus du cas par cas, parce que c'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup d'émissions dans ce genre. Dans nos projets il y a aussi éventuellement un clip qui devrait se faire. Ca va déjà nous permettre d'apparaître plus à la télé. Mais c'est vrai qu'au niveau des émissions il n'y en a pas beaucoup, surtout sur les chaînes hertziennes, donc ça va être un peu compliqué, mais bon... On a déjà fait plein de trucs bizarres, par exemples des premières parties acoustiques où on a remanié des morceaux, donc je pense qu'on est capable et qu'on a envie d'être un peu « caméléons » et de s'intégrer un peu n'importe où.

Et le clip serait prévu pour quelle chanson ?
Lussi : Ce serait pour Jeu.

Une dernière question : les groupes de métal dits « à chanteuses » (comme Nightwish par exemple) sont de plus en plus nombreux, est-ce que c'est un filon qu'on peut encore exploiter ?
Lussi : Ce dont tu parles cadre peut-être plus justement avec des groupes du style de Nightwish et consorts...
Florent : Il y a pas mal de groupes comme ça qui se ressemblent un peu et qui ont un peu l'air d'être redondants, mais nous on s'en détache parce qu'on n'a pas une approche uniquement lyrique.
Lussi : Même pas lyrique du tout !
Yann : On est beaucoup plus fusion qu'eux.
Florent : Oui, ça nous fait toujours un peu bizarre quand on nous compare à des groupes comme Nightwish, ça nous arrive souvent mais personnellement je ne me retrouve pas du tout dans Nightwish...

En fait la comparaison vient peut-être plus facilement parce que c'est un groupe de métal avec une chanteuse, comme vous...
Lussi : Oui, mais il ne faut pas s'arrêter au fait qu'il y ait une chanteuse, c'est vraiment dommage. Pour moi, un style musical s'apparente à la musique, pas aux personnes qui le composent. Je ne comprends pas qu'on ait créé un style qui est vraiment un gros sac dans lequel on met tout et n'importe quoi, juste parce qu'il y a des filles au chant. Ca ne correspond plus à rien ! Ta question est très pertinente parce qu'elle reflète ce que beaucoup de gens pensent, mais moi ça m'embête. Imaginons que la chanteuse de Nightwish soit un homme et que moi aussi, on ne nous comparerait pas du tout !
Florent : Attention, ça ne veut pas dire qu'on n'aime pas Nightwish ! Mais c'est vrai qu'on a toujours fait des comparaisons bizarres avec nous et qu'on ne comprend pas trop, que ce soit Nightwish, ou alors carrément à l'autre extrême Superbus alors qu'on a deux univers complètement différents... Je pense que quand on est à l'intérieur d'une musique et qu'on la fait soi-même on doit certainement aussi percevoir d'autres choses que les gens qui l'écoutent.


Sur cette fin un peu abrupte, je tiens à remercier Lussi, Yann et Florent pour s'être livrés à cet exercice avec gentillesse et bonne humeur.

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