Mass Hysteria - Interview

/ Interview - écrit par Filipe, le 04/06/2005

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Interview de Mass Hysteria

Deux heures avant qu'ils ne fassent trembler la tour de Voisins le Bretonneux pour cette sixième édition du festival alternatif de l'Ouest parisien, Mouss, Yann et Stephan, les trois principaux membres du groupe Mass Hysteria, ont accepté de répondre à nos questions, sous l'oeil amusé de leurs petites têtes blondes. Une ambiance résolument familiale pour cet entretien, donc, qui vient se heurter à leur image de "durs à cuire" de la scène rock de ces dernières années...

Messieurs, nous tenions avant tout à vous remercier pour votre grande disponibilité. Il y a deux ans, nous avons rencontré Olivier, le second guitariste du groupe, à l'occasion du festival "L'Herbe en zik" de Besançon. Il évoquait la sortie d'un album courant mars 2004. Votre quatrième album ne paraît finalement qu'en mai 2005. Que s'est-il passé entre temps ?
Mouss : C'est la période où l'on recommençait à recoller avec les compos. Je pense que si Olivier t'a dit ça, c'est parce qu'on avait besoin de se motiver, d'être optimistes.
Yann : On a aussi changé de label, ce qui a pris vachement de temps. On ne voulait pas faire de bêtises, faire les choses bien. On a donc pris notre temps pour composer.
M : Tout commençait à se décider pour cet album-là. A l'époque, on aurait espéré que ça aille plus vite, mais comme on avait été déçu par notre label, tout a été repoussé dans le temps. Il était prévu qu'on signe et ça ne s'est pas fait. Tant mieux, parce qu'il ne doit pas rester grand chose des morceaux de l'époque.

Faire un album éponyme après seulement trois albums... alors, vous n'aviez même plus d'idée pour un titre original ?
M : (rires)
Y : Non, c'est juste qu'on trouve que cet album nous appartient tellement, on s'est tellement investis dedans qu'au final, on s'est dit qu'on allait l'appeler Mass Hysteria. C'est parce qu'il nous ressemble vraiment.
M : On a privilégié le contenu, plutôt que la pochette ou le nom. On ne voulait pas dérouter les gens, ni leur donner de fausses infos. Pas de nom d'album. Un titre écrit en blanc sur une pochette noire. Tout a été épuré, et ce jusque dans les textes. On revient un peu comme un coup de poing sur la table (et le mime). Voilà c'est à peu près ça.

Etant donné qu'il y a eu ce décalage dans le temps, il y a certainement sur cet album des titres plus récents, et d'autres plus anciens...
M : Il y a des titres comme Les mots clés ou Poison d'asile, qui ont été composés presque dans la foulée de Cercle en Cercle (ndlr : leur troisième album, paru en août 2001). Et puis tu as des morceaux comme La démesure ou Fausse route, qui sont au contraire super récents. Globalement, la plupart sont assez récents.
Stephan : Les mots clés et Poison d'asile sont les seuls qui ont tenu la distance, par rapport à ce qu'on a composé ensuite. Pratiquement tout a été mis de côté...
M : ... ou recomposé. Un titre comme Poison d'asile a beaucoup évolué, par exemple.

D'ailleurs à ce propos, pourquoi avoir changé votre titre Poison d'avril en Poison d'asile ?
M : En fait, le nom avait déjà été pris par La Rumeur, un groupe de rap...

Avec ce décalage d'un peu plus d'un an de la sortie de votre album, comment s'est passé son enregistrement ? Est-ce qu'il s'est étalé dans le temps, ou bien est-ce qu'au contraire, il s'est fait très rapidement ?
M : Non, non, tout ça s'est fait d'un coup.
S : Par contre, on n'a jamais fait autant de prémaquettes. On n'a jamais autant retravaillé dessus. On n'a jamais fait autant d'enregistrement et autant de studio. L'enregistrement a été beaucoup plus rapide, parce qu'on avait déjà tellement travaillé en amont qu'on avait fait le tour de nos idées. On a bien eu quelques idées de dernière minute, mais il n'était pas question de chercher pendant quinze jours sur tel ou tel machin... On n'a rien gardé de nos préproductions.

On va un peu parler de votre collaboration avec Miossec, qui est une petite surprise pour nous. Comment avez-vous été amenés à travailler avec lui ?
M : En fait, ça fait un moment qu'on le rencontre, depuis le début de Mass Hysteria. Je le connaissais même avant, mais même si je ne l'avais pas connu d'avant, on se serait quand même rencontrés sur les festivals. C'est un gars qu'on appréciait beaucoup. C'est quand même lui qui a décomplexé pas mal de chanteurs à la mode en ce moment, avec son écriture assez acide et réaliste, assez crue. Il en a décomplexé plus d'un, c'est sûr. C'est quelqu'un qui comptait déjà pour nous. On se croisait pendant les festivals. On discutait de tout et de rien. Et puis on s'est retrouvés à Paris pour une bonne cause : contre la guerre en Irak. Il y a eu un concert d'improvisé au Zénith. C'était la première fois que je faisais un truc avec lui vraiment sur scène. J'ai chanté avec lui Non, non, non, je ne suis plus saoul. Et tout le Zénith a bien réagi. Miossec jouait de la guitare sèche à côté, c'était assez décalé. On se rencontrait de manière conventionnelle pendant les festivals mais cette manifestation nous a rapprochés sur un plan idéologique, militant presque. Elle a rapproché nos amitiés. Ensuite, il y a eu "Act up" et tout plein d'autres choses qui se sont enchaînées.
S : (à Mouss) Ensuite, t'as fait pas mal de concerts avec lui...
M : Il m'appelait de temps en temps. Il me disait : "Allez, vas-y, viens faire le con avec moi sur scène. On va reprendre Non, non, non. Ce sera plus rock." C'est d'ailleurs pour ça qu'on a repris Non, non, non sur cet album. Pour le remercier. S'il n'y avait pas eu ce duo sur Non, non, non, peut-être qu'il n'y aurait pas eu cette collaboration artistique au niveau des paroles, de l'écriture. C'est quelqu'un qui compte beaucoup pour Mass Hysteria et qui est hyper présent.
S : Et puis comme on savait qu'il écrivait à droite à gauche...
M : Ils me disaient : "Demande-lui." Alors je lui demandais... Et puis il m'a répondu, en nous pondant cinq textes.

Justement, qu'a-t-il apporté au groupe d'après vous, en dehors de ses textes ?
S : Alors, il faut savoir qu'on lui avait amené des idées musicales, donc il n'est pas parti de rien. Et puis il s'est vachement imprégné de ce qu'on faisait avant. Il n'a pas écrit des textes pour n'importe qui. Et quand j'ai vu les textes, ça m'a vraiment surpris. Je croyais que c'était Mouss qui les avait écrits. Il y a eu ces évènements - la guerre en Irak, le 21 avril 2002 (ndlr : le passage de Le Pen au second tour des présidentielles) -, qui l'ont beaucoup choqué et qui, donc, nous causaient directement.

Donc, on peut dire que ça a été relativement facile de s'approprier ses textes. Vous ne vous êtes jamais dit : "Qu'a-t-il voulu dire par là ?"
M : À ce niveau-là, ça allait. J'avais ma propre interprétation. Je connaissais à chaque fois la double interprétation qu'on pouvait faire de ses textes, qui n'appartiennent qu'à Miossec et que je ne peux pas dévoiler. Il y a vraiment eu du travail de ce côté-là. Sur certaines maquettes, quand je posais les voix pour la première fois, je me disais : "C'est vraiment bien". Et au fur et à mesure, quand on répétait, j'ajoutais de nouvelles choses. Et lui était là, derrière, et me disait : "C'est bien que tu aies fait ça. T'as eu raison d'ajouter ça. Sur la maquette, c'était un peu plat." Je manquais de nuances dans l'interprétation. Les maquettes étaient là pour nous aider à nous améliorer, pour nous montrer qu'on pouvait vraiment faire mieux à chaque fois. C'était super intéressant.

C'était la première collaboration de ce genre pour Mass Hysteria, n'est-ce pas ?
M : Oui, oui. C'était la première collaboration pour le groupe.

Et est-ce que vous avez apporté des modifications aux textes de Miossec ?
M : Sur ses cinq textes, il y en a deux qu'on n'a pas touché. Les trois autres, on les a co-écrit.

On peut également parler de l'évolution musicale, avec des jeux de guitare beaucoup plus travaillés, plus recherchés que sur les précédents albums, en particulier Contraddiction. Les critiques parlent d'un disque plus calme, plus posé. Est-ce que vous concordez avec cette analyse ?
M : Je pense que les gens confondent la production et les compos. Là, ce n'est pas la même prod. Evidemment, c'est moins "à donf" que Contraddiction, mais parcontre, je ne comprends pas trop les gens qui disent qu'on s'est calmés sur cet album. Musicalement, je veux bien comprendre. Si tu t'arrêtes à ça, tu as certainement raison. Mais c'est que tu n'as pas écouté les paroles, qui sont beaucoup plus violentes que sur les trois autres albums. Beaucoup plus réalistes, engagées. Beaucoup plus crues. Cet album-là parle à l'intime de chacun, alors que les autres parlaient au coeur et au mental. Les autres albums sont là pour se remuer avec une pointe d'intelligence. Cet album-là te retourne plus qu'il te remue.

On sait votre réputation de groupe de scène. Beaucoup de personnes vous considèrent comme les meilleurs en France à ce niveau-là. Comment est-ce que vous comptez aborder ce changement de style quand vous serez face à votre public ? Vous allez reprendre des anciens titres pour le remuer ?
M : Oui, oui. Mais on ne peut pas imposer un album entier. Ou alors on prévient avant (rires). Les gens viennent nous voir pour Mass Hysteria. Mass Hysteria, c'est quatre albums, donc il faut qu'on représente ces quatre périodes.

En parlant de scène, à quand la sortie d'un DVD ?
M : Il est prévu d'en sortir un mais on ne peut pas te dire encore quand. On n'est pas des rapides avec ça. Il y a un problème qui se rajoute : c'est qu'on vient tout juste de quitter Sony et qu'on n'a pas encore récupéré nos droits pour les anciens morceaux. Et puis on est aussi super perfectionnistes : on n'a pas envie de faire un DVD "à l'arrache". On a envie de faire ça bien. On veut choisir la date et l'endroit.

Et ce changement de label explique aussi le fait que votre site web ne soit pas mis à jour pour le moment ?
M : Oui, c'est ça. Le site est encore hébergé chez Sony. Il faut qu'on récupère un contrat, qu'ils nous rendent le site et le nom. C'est pratiquement réglé, puisqu'ils sont d'accord. Mais bon, ça va encore prendre quelques semaines. On aurait pu s'y prendre plus tôt, mais c'est vrai qu'on s'est plutôt concentrés sur notre musique. A côté de ça, tu as d'autres sites comme "sur la brèche", qui ont pris le relais.
Y : On s'est un peu reposés sur les épaules de fans.

En tant qu'artistes, vous êtes au coeur de la tourmente. Sachant qu'on représente un site Internet, vous n'y couperez pas. On aimerait avoir votre avis au sujet de cette polémique du téléchargement...
(Les trois membres du groupe se regardent, c'est à qui osera prendra la parole le premier)
M : Je ne suis pas contre le téléchargement pour découvrir des trucs, je ne suis pas contre sur de gros artistes américains. Maintenant, télécharger des morceaux d'artistes français, je ne sais pas trop quoi en dire.
Y : Je ne suis pas sûr qu'il n'y ait que ça qui nuise au marché du disque. Faut voir aussi qu'il y a pas mal de "merdes" qui sortent.
M : Et puis un CD, je trouve ça encore beaucoup trop cher. Même nous qui sommes de gros consommateurs, on a réduit nos achats de disques... Il y a beaucoup de choses qui sortent, et ce ne sont pas toujours les meilleures qui sont exposées. Si tu n'es pas un minimum connaisseur, que tu ne fouilles pas, c'est difficile de trouver des musiques qui valent le coup. Après, chacun est juge de ça, sachant que ça peut aller de Radiohead à Deftones, en passant par Dionysos et le Peuple de l'Herbe. Mais ce ne sont pas les groupes qui sont toujours le mieux exposés. Donc, Internet vient un peu en réponse de cette non exposition de tous ces groupes. Via Internet, personne n'a le contrôle, donc tu peux avoir accès à tout. Et d'avoir accès à tout gratuitement, ça n'est pas vraiment une mauvaise chose en soi, mais il y a un prix à payer. Et là, c'est l'artiste qui paye. Il vend moins, parce qu'il est téléchargeable gratuitement. Mais j'espère que toute cette profusion de musique "gratos" profite à tous les artistes, que les gens s'intéressent davantage à la musique et qu'ils aient de nouveau cette démarche d'acheter ce qu'ils aiment vraiment. Comme disait Yann, c'est vrai que face à beaucoup de "merdes", Internet permet aux gens d'aller voir gratuitement ce qu'il y a de bon là-dedans. Tu peux faire tes choix, et te dire : "Maintenant, voilà, je sais quoi acheter". Il y a des gens qui n'ont pas acheté un disque de leur vie, qui n'écoutent que la radio. Et maintenant, ces gens-là téléchargent "gratos". Mais peut-être que ces gens-là auront un réflexe d'achat. J'espère que tout ça se rééquilibrera. Le téléchargement, eh bien c'est à chacun de faire preuve de déontologie, de ne pas en abuser. Mano Solo disait à ce propos que c'était un peu comme si tu laissais ta voiture avec les clés dessus. Ce n'est pas parce que tu laisses ta voiture avec les clés dessus qu'on a le droit de te la piquer. Mais si tu laisses ta voiture, je ne pense pas qu'elle reste une journée en place. Il y a une certaine moralité à avoir...
S : ... un certain civisme. Je suis assez d'accord avec Mouss. Quand tu vas dans les magasins spécialisés, tu trouves pas mal de points d'écoute. Si tu vas ailleurs, comment est-ce que tu peux écouter le CD ? Tu demandes au vendeur d'enlever le scotch ? C'était il y a vingt ans, ça, c'est terminé... T'arrives dans le magasin : est-ce que c'est placardé ? Oui, donc t'achètes parce que tu ne connais que ça. T'en as entendu parler à la radio. Internet sert aussi à aller découvrir les choses, qu'on ne diffuse ni à la radio, ni sur aucun autre support qu'Internet. C'est en se faisant une culture via Internet, en découvrant ce qu'ils aiment et ce qu'ils ont envie d'écouter, que les gens auront envie d'aller acheter les albums en entier. C'est quand même assez dur de charger un album en entier. Mais bon, tu peux toujours trouver des morceaux séparés. Maintenant, Internet, c'est une vitrine, un vecteur d'information. C'est impossible de cracher dessus.

Merci pour ces réponses. Pour finir, évoquons un peu vos projets. A court terme, j'imagine que ce sont les festivals cet été. A plus long terme, c'est peut-être la composition d'un nouvel album ? J'espère qu'on ne va pas devoir encore attendre quatre ans...
M : Quelques festivals, bien sûr. Ensuite, on est sur la route jusqu'à fin décembre. A partir de septembre, on commence à tourner. On passe à l'Olympia le 27 septembre. On commence à avoir un peu la pression. On aime bien ça.
Y : Niveau album, c'est sûr qu'on va essayer de ne pas remettre quatre ans pour recomposer. On va s'y remettre assez vite. Mais on n'a jamais su vraiment composer pendant qu'on était en tournée. On a plein de dates de prévues, un peu partout. Mais on va tout faire pour sortir un nouvel album assez rapidement.

A propos de ces tournées de festivals et de concerts, est ce que ça n'est pas trop difficile de gérer ces déplacements avec vos familles respectives ? On voit qu'elles vous accompagnent sur ce festival-ci.
M : Quand il y a "moyen", la famille, on l'emmène. Quand c'est propice, quand il fait beau, des espaces verts pour jouer. C'est clair qu'on n'emmène pas nos gamins quand on joue dans des salles de 2000 personnes, archi blindées, quand ça fume de partout...
Y : Bon là, c'est un peu exceptionnel. C'est rare qu'on ait une seule date, près de Paris. On part le matin, on revient chez nous le soir...
M : Quand c'est "rock'n'roll", on reste "rock'n'roll" entre nous (rires). Mais quand c'est plus champêtre, bucolique, comme ici (ndlr : Voisins le Bretonneux), il n'y a aucun problème.


Nous tenons à remercier Guillaume, de chez Wagram, Caroline de chez Kontshasso, ainsi que Charlotte, de chez Ephélide, qui ont participé à l'organisation de cette interview. Nous remercions évidemment Mouss, Yann et Stephan, pour nous l'avoir gracieusement accordée. Un grand merci aux Mass Hysteria, pour le concert qu'ils ont ensuite offert à ce festival, et dont on ne pouvait ressortir autrement qu'avec le sourire aux lèvres.

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