Considéré à juste titre comme l'un des "song writers" les plus inspirés de sa 
génération, Jude a connu un début de carrière en fanfare, en publiant coup sur coup deux albums encensés par la critique : 430 N. Harper Avenue et No One is Really Beautiful. Dépité par l'industrie du disque, qui l'a contraint à enregistrer un troisième album en ne tenant pas compte de ses recommandations d'artiste (King of Yesterday), Jude a ensuite connu quelques années de galère. Il revient à Paris avec un nouvel album sous le bras : autoproduit, il évoque sa relation en dents de scie avec une certaine Sarah, dont il est aujourd'hui séparé. Aux dires de certains, le disque s'inscrirait dans la continuité de son deuxième opus, No One is Really Beautiful. Je suis donc impatient de le voir interprété sur la scène de la Cigale...
J'arrive tout juste à temps pour entendre les dernières vocalises d'Alex Beaupain. Difficile me faire une idée du jeune homme et de sa musique, que l'on compare ici ou là à celle d'un Calogéro, d'un Alain Souchon, d'un Etienne Daho ou d'un Dominique A. De sacrées références, à vrai dire, pour l'évocation d'une voix 
sensuelle, de textes raffinés et de mélodies plutôt agiles. De quoi me laisser tenter par l'achat de son premier album, paru en juin dernier : Garçon d'Honneur.
La deuxième partie du concert est assurée par Kaki King, une jeune new-yorkaise originaire d'Atlanta, repérée au comptoir du Mercury Lounge, un des principaux viviers de jeunes artistes de la capitale. Pendant près d'une demi-heure, la jeune américaine prend un malin plaisir à triturer les cordes de sa guitare à deux mains et à se servir d'elle comme d'un instrument à percussions, produisant ainsi toutes sortes d'effets sonores plus ou moins fantaisistes. Même si ses dons de guitariste ne font absolument aucun doute, j'ai un peu de mal à m'imprégner de son univers musical pour le moins atypique. Paru en 2003 aux Etats-Unis, le premier album de Kaki King, Everybody Loves You, mais n'est disponible en France que depuis le 11 octobre dernier, ce qui n'empêche pas le public français de lui adresser un salut des plus prometteurs à sa sortie.
Jude entre alors à son tour et inaugure la troisième et dernière partie de cette soirée avec son incontournable I'm Sorry Now, extrait de son album fétiche No One is Really Beautiful ; sa manière à lui de nous souhaiter à tous la bienvenue : 
"Welcome to my world, Won't you please find a seat, There is no need to worry, I'm the only one to meet, I just wanted to express myself to you, Hey undiluted and with nobody else to confuse..." A sa gauche, smoking noir sur chemise claire, le bassiste. Derrière lui, ensemble jaune et cravate rouge, le batteur. Jude arbore un superbe costume blanc et une paire de vieilles baskets grises du plus bel effet. D'entrée de jeu, le trio exécute un premier inédit, Your Eyes, suivi de près par Indian Lover et Red Room, deux titres qui figurent sur son album maudit, King of Yesterday. Certains titres lui tiennent à coeur. Jude les interprète toujours avec autant d'enthousiasme, malgré tout ce qui s'est produit autour de ce disque. Le public réagit favorablement à ces balades "guitarisées", mais ne se lève pas pour autant. Certains extériorisent un peu plus leurs émotions, allant parfois jusqu'à d'accompagner le chanteur américain dans un anglais des plus douteux. Jude alterne les plaisirs, entre anciens et nouveaux titres, guitare sèche et électrique. Il entonne alors l'un de ses plus grands tubes, dernier titre de son deuxième album, The Asshole Song. Ses talents d'auteur, compositeur et interprète éclatent dès les premières mesures de ce morceau. Tout est là : des paroles d'une simplicité déconcertante, à mi-chemin entre poésie et journal intime, un rythme lancinant, conduit par un timbre de voix unique en son genre, vecteur d'émotions. A la fin de cette chanson, les gens se sont regardés, comme pour se convaincre qu'ils étaient bel et bien de retour à la Cigale.

A partir de là, le public s'égosille davantage. Jude propose un nouvel inédit, Money, qui redonne un peu plus d'élan au concert. Il interprète ensuite deux autres poids lourds extraits de son répertoire, I Know et I Do, entrecoupés d'un titre pour le moins prometteur, qui figure sur son dernier album en date, Perfect Plank. A mesure que les titres s'enchaînent et que la fin du concert approche, les spectateurs se font plus expressifs. La fête bat son plein sur Everything's Allright, lorsque le chanteur les sollicite de façon très humoristique en les invitant à interpréter de façon vocale la partition habituelle des cuivres, autrement dit à reprendre en choeur plusieurs séries de "pa-pa-pa-pa". Le morceau débouche sur Madonna et Your Love is Everything, deux nouveaux extraits de l'album Sarah. Entre temps, le titre King of Yesterday a également eu droit à son moment de gloire à la Cigale. Jude conclue alors le temps réglementaire par un titre maintes fois demandé par la foule au cours de la soirée : le "funkysant" Brad & Suzy.
Jude reviendra trois fois sur scène. L'histoire retiendra que le millier de spectateurs était debout pour couvrir ce temps additionnel. Une prouesse de plus à mettre à l'actif du "song writer" américain, salué comme il se doit. La partie finale du concert s'est révélée particulièrement remuante, en particulier grâce au scintillant On the Dancefloor, que Jude interprète sur scène depuis 2001 mais qui ne figure à ce jour sur aucun de ses albums. Voilà donc pour le retour de Jude, qui est parvenu à ensoleiller mon week-end. L'artiste lui-même semble avoir apprécié ce petit détour par la capitale et ces deux heures passées à la Cigale, si l'on s'en réfère à son journal de bord (http://www.judemusic.com). En espérant que l'expérience se reproduise l'an prochain !
Liste des morceaux figurant sur l'album Sarah, édité par Naïve le 19 avril dernier :
01 - Madonna
02 - Perfect Plank
03 - You and Me
04 - Crescent Heights
05 - Your Love Is Everything
06 - If You Need
07 - Living Together
08 - Black Superman
09 - Isn't It Over

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