7/10Ez3kiel joue avec le feu

/ Critique - écrit par nazonfly, le 04/01/2022
Notre verdict : 7/10 - J'ai déjà dit déroutant ?

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Tags : kiel avec live album naphtaline concert musique

Ez3kiel est de retour dans les bacs après 8 ans sans album ! Pour l'heure, ils sortent La mémoire du feu, un album-concept plutôt déroutant

Ez3kiel aime surprendre son public depuis plusieurs années se posant ainsi comme un des groupes les plus intéressants de la scène. On se souvient ainsi de cette tournée avec le groupe de fusion angevin Hint ou encore du diptyque de feu et d’eau Naphtaline/Battlefield. En ce début d’année, Ez3kiel revient avec un concept-album surprenant à double titre. Surprenant évidemment par le concept : l’écrivain français de romans policiers Caryl Férey sort une nouvelle, La mémoire du feu, qui sert de squelette à l’album éponyme d’Ez3kiel. Surprenant ensuite parce ce nouvel opus s’éloigne grandement des habitudes du groupe en faisant la part belle aux voix de Benjamin Néro et Jessica Martin Maresco qui incarnent Duane et Diane, les deux personnages principaux de la sombre nouvelle. En réalité, seuls 3 titres (L’absolu, Serpent corail, Rouge sang) sont instrumentaux, sans doute une première dans l’univers d’Ez3kiel. Autant dire que l’auditeur est bousculé dans ses certitudes et qu’il lui faudra engager toute son attention pour oublier le passé d’Ez3kiel et s’ouvrir dans leur nouvelle direction.


DR.

 

Des voix chantées dans Ez3kiel ?!

Mettons-nous donc dans les bonnes dispositions pour critiquer un album de chanson française entrecoupé de quelques morceaux instrumentaux. Ce qu’il faut noter d’abord, c’est la voix de Benjamin Nérot, une forte voix grave qui n’est pas sans rappeler les parlers habités de Dominique A, de Bashung ou de Miossec : les mots rocailleux sont jetés comme à regret, presque retenus (Diaphane). Pour donner la réplique à cette voix écorchée, Jessica Martin Maresco offre sa voix de miel qui se fait parfois chuchotante (La chute infinie du vide, superbe titre au passage) ou subtilement éraillée (Les galions oubliés). Il faut aller passer par dessus les voix pour plonger dans une musique qui se révèle variée : sur Diaphane ou Serpent corail, par exemple, on va retrouver une electro planante qu’on aurait pu retrouver sur Naphtaline tandis que la magistralement percutante Rouge sang n’aurait pas dépareillé sur Battlefield, voire sur le Collision tour avec Hint. D’autres titres sont plus classiques (ou moins classiques venant d’Ez3kiel, on s’y perd) : la structure piano/voix de Les envies d’hiver n’est pas forcément d’une originalité folle mais elle fonctionne parfaitement bien.

Concept-album, mode d'emploi

Mélanger œuvre écrite et œuvre sonore est, comme on peut l’imaginer, une idée terriblement dangereuse. Il y a sans doute plusieurs façons de s’appuyer sur une œuvre écrite pour construire un album : l’écrit et l’audio doivent-ils être complètement indépendants ? Doivent-ils pouvoir être abordés facilement sans connaître l’autre moitié de l’œuvre ? Doivent-ils au contraire s’entremêler de façon à ce qu’il soit impossible de comprendre la totalité si l’on se contente de la moitié ? Il semblerait que, dans ce cas, ce soit la musique d’Ez3kiel qui soit venue se greffer sur le texte de Férey. La nouvelle est parfaitement compréhensible par elle-même. Au contraire, les paroles des différents titres de La mémoire du feu sont parfaitement mystérieuses si l’on ne connaît pas la nouvelle. Comment alors faut-il aborder cet étrange album ? Peut-être en lisant d’abord la nouvelle et en écoutant l’album dans un deuxième temps mais, plus probablement, en liant les deux. Après trois pages de texte, la nouvelle s’interrompt ainsi pour laisser une grande page noire où flottent les paroles de Diaphane, premier morceau de l’album. Les morceaux sont ainsi des respirations de la nouvelle, une façon de colorer légèrement le texte ou d’en proposer une interprétation.

Que penser finalement de cet album-concept ? Que l’art est sans doute plus difficile que la critique et qu’il nous faut reconnaître qu’Ez3kiel a pris une voie étonnante pour son dernier opus. Assurément Les mémoires du feu ne satisfera pas tout le monde mais le groupe angevin n’a pas perdu son talent en route. On attend de voir comment ils parviendront à passer à la scène cet étrange opus.

Point fort : l'originalité d'Ez3kiel bien sûr

Point faible : l'originalité d'Ez3kiel

La critique en 140 caractères : Un album, une nouvelle de Caryl Férey pour un mouvement à deux déroutant notamment pour les fans d’Ez3kiel

Ez3kiel - La mémoire du feu

01. Diaphane

02. Les amants d’antan

03. L’absolu

04. Les galions oubliés

05. Les envies d’hiver

06. Serpent corail

07. Les bras des torrents

08. Rouge sang

09. La chute infinie du vide

10. La mémoire du feu

11. Les spirales ascendantes

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