8.5/10Epica - The Phantom Agony

/ Critique - écrit par Danorah, le 09/02/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Use your illusion (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 4 réactions

Sans concessions, cohérent, fidèle au genre sans pour autant tomber dans la banalité, l'album est un régal pour tout amateur de metal atmosphérique.

Epica : un nom tout trouvé pour un groupe de metal atmosphérique aux consonances... épiques. Premier album du groupe, The Phantom Agony n'est pas pour autant une oeuvre de débutants, puisque le leader d'Epica n'est autre que Mark Jansen, anciennement membre d'After Forever. Si l'on ne peut passer à côté de la patte du guitariste/chanteur/hurleur/compositeur sur cet opus, Epica apparaît néanmoins comme une entité à part entière, dotée d'une véritable personnalité.

Une personnalité dont les contours se dessinent peu à peu, renforcés par les particularismes du groupe : un orchestre de chambre, un choeur, et une chanteuse. Oui, vous avez bien lu, il s'agit pourtant d'un groupe de metal ! Mais la musique est ainsi faite que des styles que tout oppose peuvent être mêlés sans vergogne, pour un résultat absolument magique. Entendons-nous bien : orchestre de chambre et choeurs ne se résument pas à des synthétiseurs, mais à de vrais être humains, jouant sur de vrais instruments. Violons, altos, violoncelles, contrebasse, tout y est - en nombre réduit certes, mais suffisant pour produire un son propre, élégant et bien mixé. De même, les choeurs ne sont pas cantonnés à trois vocalises par titres, mais se voient attribuer des parties de chant (avec des paroles, rare !) tout aussi importantes que celles de la chanteuse, Simone Simons, mezzo-soprano de son état. Une jeune chanteuse pas encore aguerrie, qui respire la fraîcheur (la diction demeure quelque peu approximative), et dotée d'une voix au timbre bien particulier, ce qui fait tout son intérêt.

Voilà donc pour le côté lumineux. Le metal atmosphérique se complaisant dans les antagonismes et autres dualités, on ne saurait décrire Epica sans mentionner son « chanteur » et le bon vieux combo guitare-basse-batterie-claviers qui sied à tout groupe de metal atmo qui se respecte. « Chanteur » est un bien grand mot pour qualifier Mark Jansen, qui grogne et rugit plutôt qu'il ne chante. Difficile à décrire, mais quoi qu'il fasse, il le fait bien, c'est le principal. Si les voix death à outrance demeurent (à mon humble avis) profondément rébarbatives, celle de Jansen, présente mais sans exagération, apporte un peu de piment à une musique qui aurait pu paraître trop lisse. Non pas que les musiciens soient mauvais, au contraire ! Les quelques soli de guitare sont bien exécutés, la batterie effectue un travail rythmique remarquable, et seule la basse peine à se faire entendre (et au milieu d'une telle densité sonore, on n'a aucun mal à le concevoir).

Troisième point fort de ce Phantom Agony : la couleur qui a été insufflée aux instruments et distillée dans tout l'album, jusque dans l'artwork. On ne peut s'empêcher de saisir des influences baroques dans les parties classiques (notamment les balades, Feint en premier lieu). Ce sont elles qui font toute la personnalité de cet album, par ailleurs excellemment servi par des compositions équilibrées, mêlant savamment musique classique, guitares pesantes, chant aérien et sons gutturaux. Visiblement attiré par les sonorités inhabituelles, Jansen s'est également entiché d'influences arabisantes (Seif Al Din) et profondément épiques (Cry For The Moon et The Phantom Agony, traditionnel morceau de bravoure de neuf minutes clôturant le disque). Les textes, plus recherchés et engagés que d'ordinaire, abordent le terrorisme (Façade Of Reality) ou des thèmes plus introspectifs avec une certaine dose de bon sens et de poésie (Run For A Fall, saisissant), s'offrant quelques passages en latin pour plus d'exotisme. Même les titres les plus classiques ne sont pas dépourvus d'intérêt, à l'image d'un Illusive Consensus dans lequel Simone fait preuve d'une excellente maîtrise vocale.

Le coup d'essai qu'était The Phantom Agony s'est donc soldé par un succès : sans concessions, cohérent, fidèle au genre sans pour autant tomber dans la banalité, l'album est un régal pour tout amateur de metal atmosphérique, genre qui n'en finit pas de m'émerveiller par sa complexité et par la richesse des mélanges qu'il peut engendrer. Un album à garder bien précieusement parmi les « CD qu'on ne peut pas s'empêcher de chanter à tue-tête dès qu'on en entend les trois premières notes », aux côtés des Nightwish, The Gathering et autres Within Temptation.


Epica - The Phantom Agony
1. Adyta (The Neverending Embrace)
2. Sensorium
3. Cry for the Moon (The Embrace That Smothers, Pt. 4)
4. Feint
5. Illusive Consensus
6. Façade of Reality (The Embrace That Smothers, Pt. 5)
7. Run for a Fall
8. Seif al Din (The Embrace That Smothers, Pt. 6)
9. The Phantom Agony

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