Ausgang - Concert aux Abattoirs de Bourgoin-Jallieu - 03/12/2021

/ Critique - écrit par nazonfly, le 19/12/2021

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Tags : bourgoin jallieu public lyon festival rock chant

Entre deux vagues covidiennes, Ausgang a réussi à se glisser sur scène. Chronique d'un concert chaud dans une froide atmosphère.

C’est incroyable comme le temps passe, comme le temps fuit, comme le temps disparaît sans presque laisser de traces. Dix ans, cela fait plus de dix ans que L’angle mort est sorti, collaboration entre le monde du rock et le monde du rap dans une fusion française qui m’avait mis à l’époque sur les genoux. Par l’intermédiaire de Zone Libre, je découvrais alors Casey, rappeuse d’excellence, personnage attirant par ce qu’elle est, par ce qu’elle dégage. C’est ainsi que je l’ai suivie de loin en loin, avec Zone Libre pour Les contes du chaos, en solo pour Libérez la bête ou avec son dernier projet Ausgang. J’ai pu la suivre sur les scènes stéphanoises, lyonnaises, belfortaines et la retrouver toujours avec cette même énergie, cette même rage et ce même sourire désarmant.

C’est incroyable comme le temps passe, comme le temps fuit, comme le temps disparaît sans presque laisser de traces. Et me voici en train de raconter un concert qui, déjà, s’est déroulé il y a quinze jours sur les terres froides berjaliennes, quelque part entre Lyon et Grenoble, aux Abattoirs. Dans la nuit froide ne se presse pas grand monde pour assister, masqué et pass-sanitarisé, à la première partie, Bleu russe, groupe grenoblois qui se présente par un « Bonjour, on est Ausgang ». Aha. À vrai dire, à part quelques photographes égarés, le public épars se pose à quelques mètres de la scène me laissant seul pour profiter des éructations électroniques et abrasives d’un duo crachant mots et musique comme on exulte, comme on éjacule, comme on vomit. On ne saura pas vraiment si leur attitude, mi-désabusée, mi-amusée est habituelle ou seulement la conséquence de ce public un peu mou du genou mais leur musique nous plonge dans un monde allumé, triste et désespérant où l’humour se dispute avec le dégoût.


Bleu russe DR.

C’est incroyable comme le temps passe, comme le temps fuit, comme le temps disparaît sans presque laisser de traces. Bleu russe à peine arrivé, les voilà déjà repartis. Pour l’album Gangrène, Casey s’était entourée de Marc Sens à la guitare, Sonny Troupé à la batterie et Manusound aux claviers et programmation. Cependant, pour ce concert, Marc Sens est absent et est remplacé… hé bien par je ne sais pas qui. En tout cas par un guitariste virtuose qui nous emmènera dans un long solo habité tout comme ManuSound le fera avec ses instruments et tout comme le fera, de façon magistrale et remarquée, Troupé à la batterie : ses baguettes créent un flux et un reflux musical ballottant l’auditeur. Portée par ce trio de feu, Casey revisite son répertoire le plus rock en chantant la hargneuse Purger ma peine ou encore la très sombre Chanson du mort-vivant, toutes deux issues de L’angle mort. Mais c’est évidemment Gangrène qui est mis à l’honneur et les morceaux comme Gangrène, Crapule ou Bâtard emmènent tout sur leur passage. La rappeuse saluera un instant « ses frères et sœurs » que l’on voit trop rarement en concert de rock. C’est tout le message véhiculé par le tube Chuck Berry entonné par un public enfin réveillé : « Oui je suis noire dans un monde blanc, C'est impossible que je le taise, Sur la guitare la batterie et la basse, Je viens casser l'ambiance et apporter la crasse ». Casey n’hésite pas à dire, à chanter ce qu’elle pense et le public est là aussi pour ça, à crier « Élite, élite, élite » ou « Cra, cra, cra-pule » avec elle dans un même élan énervé.


Ausgang DR.

 

C’est incroyable comme le temps passe, comme le temps fuit, comme le temps disparaît sans presque laisser de traces. Le concert est déjà terminé, simple parenthèse dans un monde confiné, déconfiné, reconfiné. Après la rage, après la hargne, il restera cependant dans les esprits le sourire final de Casey, un sourire timide, un sourire satisfait, un sourire parfait.

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