8/10TTC - Bâtards sensibles

/ Critique - écrit par JC, le 29/03/2006
Notre verdict : 8/10 - Bâtards ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 6 réactions

En avance sur son temps et nostalgique. Salace et gracile. Dancefloor et intimiste. Pop et élitiste. Electro et hip-hop. Bâtard et sensible. Cet album est réussi... et réussi.

TTC, c'est trois MC's Tido, Tekilatex et Cuizinier, trois producteurs Tido (encore lui), Tacteel, ParaOne, et un dj Orgasmic. TTC c'est surtout un buzz assourdissant depuis 1999 et la sortie de leur premier EP Game Over. Pourquoi un tel bruit autour d'un groupe de rap, genre si banal et sclérosé, où les thèmes redondants sont dans le désordre : les meufs, la thune, et les berlines germaniques ?
Parce que TTC, c'est tout ça sans l'être...

Histoire d'un groupe de rap pas comme les autres

Fin des années 90, le jeune Teki Latex, son cousin Cuizinier et un ami Tido Berman décident de se lancer dans l'aventure hip-hop. C'est le temps de mixtapes comme L'Antre de la folie et des freestyles dans l'émission tv culte du net Grekfrites (disparue depuis). En 1999 arrive dans les bacs Game Over, un premier maxi atypique truffé de samples de sons de jeux vidéo nippons. L'année suivante, TTC en rajoute avec un deuxième EP Léguman, portrait délirant du super héros du potager créé par Roland Topor pour l'émission Téléchat.

Teki Latex, Orgasmic, Tido Berman, Cuizinier (© V2)
Teki Latex, Orgasmic, Tido Berman, Cuizinier
(© V2)
Dès 2002 et la sortie de leur premier album Ceci n'est pas un disque, titre en forme d'hommage à Magritte, le combo pose son rap comme le manifeste d'un surréalisme hip-hop assumé. Les clichés s'y disloquent au milieu d'instrus recherchées lorgnant du côté électro, de flows originaux (celui nasillard de Teki Latex notamment), et de textes pointus aux punchlines tranchantes. Si l'album est d'une grande profondeur et demande plusieurs écoutes (passer de la clique Secteur Ä à du hip-hop dadaïste n'est pas chose aisée), c'est la charge humoristique envers les jeunes de quartiers chics désirant devenir des lascars de banlieue, intitulée Pauvres riches, qui emporte l'adhésion mais cache les (nombreuses) autres qualités du disque.

Bien qu'au départ revendiquée, cette étiquette "rap surréaliste" va rapidement gratter la nuque des trublions de TTC. Ils proclament alors haut et fort pendant la promo d'avant sortie de leur deuxième opus Bâtards sensibles que "The game will neva be the same". Et en effet, le château de cartes du hip-hop français ne sera plus le même après une telle bourrasque.

"Bâââââââtaaaaaaard !" ©Teki Latex

Alors que Ceci n'est pas un disque jouait encore dans la cour du hip-hop "classique" empruntant quelques sonorités électro froides au label anglais Lex ou aux écuries américaines telles qu'Anticon ou Def Jux, Bâtards sensibles promet d'explorer l'opposé en piochant ses influences chez Bpitch control, label de la djette allemande Ellen Allien, dans la Crunk de Lil'Jon ou encore dans la très "hot" Booty Bass de Disco D ou DJ Assault.

Après quelques mois de gestation, le disque sort enfin, le 25 octobre 2004. Au fur et à mesure des écoutes, on comprend ce que veux TTC : devenir un oxymore vivant. Le titre Pauvres riches l'augurait, mais Bâtards sensibles enfonce le clou.
Entre "être ou ne pas être" le groupe a choisi les deux options. Soit. Mais est-ce réussi ? Dieu que oui ! La cohérence de la démarche du groupe se ressent à tout niveau : prods comme textes.

Concernant les productions, les petits gars de TTC ont fait très fort. Jamais le hip-hop français n'était parvenu à une telle synergie avec la musique électronique. On imagines déjà le dilemme des magasins pour la mise en rayon du CD : rap ? oui, mais... électro ? non, mais en même temps... Parmi Tacteel, Tido et ParaOne, on constate quand même que ce dernier sort du lot. De lui, on distinguera Le chant des hommes, hommage chanté (!) aux années 80s, l'hymne Dans le club, et surtout le schizophrène Bâtard sensible et son intru' électro digne d'un Aphex Twin sous amphet' où seuls les flows des MC's nous font repenser à cette chose qu'on nomme hip-hop.

Les thèmes des morceaux sont eux aussi totalement en phase avec l'esprit du titre du LP, toujours oscillant entre la bâtardise et la sensibilité. Ainsi le tube dancefloor Girlfriend, d'une rare vulgarité cathartique, se trouve suivi de Bâtard sensible, où les gangtazz miso' et en toc de la plage précédente montrent qu'ils possèdent un coeur d'or : "Quand l'amour ne sera plus témoin / De nos retrouvailles impossibles / Moi pour cesser d'être invisible / Je me ferai bâtard sensible". Outre cette problématique de l'identité masculine face aux filles tantôt "biatches" entre potes, tantôt princesses dans le coeur, le groupe offre un bouffée d'air frais thématique en optant pour des sujets rarement abordés par le rap en général : le Japon (Ebisu rendez-vous), les menstruations (!) (Du sang sur le dancefloor), l'insomnie (J'ai pas sommeil), la fuite du temps (Codéine), etc.

Comme la perfection n'existe pas, il est nécessaire de signaler que malgré certaines punchlines de "oufs malades", l'album pèche par ses couplets moins brillants que sur leur précédent opus. De plus, la vulgarité de plusieurs phases "bâtardes" n'est pas à laisser à la portée d'oreilles non averties de leur côté parodique...

C'est du bon ?

En avance sur son temps et nostalgique. Salace et gracile. Dancefloor et intimiste. Pop et élitiste. Electro et hip-hop. Bâtard et sensible. Cet album est réussi... et réussi. Composé de 12 tracks, il est même indispensable, non pas pour les fondus de hip-hop mais surtout pour les fanas d'expérimentations en tout genre. S'ils sont vraiment allergiques au flow rap et à ses avatars aussi talentueux soient-ils, ils se tourneront vers le CD instrumental bonus glissé dans la kitchissime pochette du disque. Et puis un titre hip-hop qui donne envie de faire du pogo (Catalogue), depuis les Beastie Boys, c'est assez rare nan ?


TTC - Bâtards sensibles
01. Ebisu rendez-vous
02. Dans le club
03. Le chant des hommes
04. Du sang sur le dancefloor
05. Catalogue
06. J'ai pas sommeil
07. Rap jeu
08. Latest dance craze
09. Girlfriend
10. Bâtard sensible
11. Codéine
12. Meet the new boss

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