8.5/10The Streets - The Hardest Way to Make an Easy Living

/ Critique - écrit par Kassad, le 04/05/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Memento Mori (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 1 réaction

Rien qu'en regardant les pochettes des albums successifs des Streets, il est possible de suivre l'ascension sociale de Mike Skinner. De la cage à lapin de banlieue à la cadillac en passant par l'arrêt de bus, Skinner continue de nous parler de sa vie. Elle a bien changée cette vie : entre ses galères et maintenant se tiennent à peu près 3 millions d'albums. La question est : est ce qu'un rappeur qui s'embourgeoise peut continuer à prendre la posture du rebelle avec une certaine crédibilité ?

La réponse, Skinner la rend avec ses armes favorites : un flot inimitable, un stoïcisme constant, un humour féroce et une ironie décapante. Memento Mori (textuellement "rappelle toi que nous allons tous mourir") est la piste par excellence qui combine tous ces éléments : cette critique de l'hyper-consommation est hilarante et en même temps d'une finesse incroyable en proposant plusieurs niveaux de lecture. D'ailleurs si cet humour noir n'était pas constemment présent cet album ne serait qu'une daube de plus où l'artiste pleurniche sur la difficulté de la vie de star. When you wasn't famous par exemeple commence par Skinner se lamentant sur les téléphones portables qui l'empèchent de se faire une ligne tranquille, tout est dit en quelques vers...

Prangin out, le premier titre de The hardest way to make an easy leaving montre une fois de plus que Skinner est un artiste au sens premier du terme. La chanson n'est peut être pas facile à écouter mais elle rend vraiment ce qu'elle est censée donner : la chute toujours plus grande dans la paranoïa due à ses excès de cocaïne. C'est aussi un rappel de la dernière chanson (une sorte de boucle temporelle comme dans de nombreux films, épanadiplose est le terme technique mais bon...). Hotel expressionism enterre le rock and roll par le rap and roll : ou comment on peut faire de l'"art" dans sa chambre d'hôtel en utilisant les éléments du mobilier. C'est les frêres Galagher qui vont faire la gueule quand ils entendront cette chanson.

L'alternance avec des pistes plus légères, voire purement comiques, souligne une fois de plus la signature de The streets. Can't con an honest john est la version rap de Snatch et me fait attendre le premier script de Skinner avec impatience. War of the sexes est la nouvelle version de Fit but you know it de l'album précédent.

En termes musicaux, The hardest way to make an easy leaving se rapproche plus d'Original Pirate Material que de A grand don't come for free. En un mot il est plus festif, plus foufou que le précédent opus. Avec Never Went to Church, Mike Skinner fait une fois de plus l'étalage de son talent pour écrire des balades hiphop. La première écoute de All goes out the window fait inévitablement penser à une version soul Blinded by the lights. Parler d'évolution plutôt que de révolution serait bienvenue.

The hardest way to make an easy living n'est pas le joyau qu'est A grand don't come for free. Il est plus léger (juste 40 min pour 11 pistes) et la première écoute semble indiquer un produit bien marquetté mais un peu vide. Pourtant plus je l'écoute et étudie ses textes plus je suis frappé de la profondeur d'écriture de Skinner. Et si tout n'était pas aussi simple qu'on le pensait ? En considérant l'intégrale de l'oeuvre de The Streets j'ai le sentiment de me trouver devant un énorme concept qui s'étale sur plusieurs années et albums. Mais peut être est-ce du à une ingestion massive de... non je ne vous en dirai pas plus, achetez les trois albums et faites vous votre propre opinion.

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