6/10Starving - Tout n'est pas rose.

/ Critique - écrit par Filipe, le 07/08/2005
Notre verdict : 6/10 - Sexy music (Ecrivez votre critique)

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On se contentait de gérer les vieilles icônes, Brel et compagnie. On manquait sans doute d'ambition, mais ce complexe venait aussi du public : un artiste belge n'était reconnu chez lui que s'il l'était déjà en France. Ainsi s'exprimait Damien Waselle (manager des ventes pour le label "Bang !") dans les colonnes de l'Express, il y a un peu plus d'un an. L'article portait sur le renouveau de la scène musicale belge, dont dEUS, Sharko, Girls in Hawaii, Ghinzu, Hollywood Porn Stars et Soulwax sont aujourd'hui les principaux représentants. Tous ces gens sont loin d'être de parfaits inconnus, si bien que l'on en vient à considérer la Belgique comme une terre de rock, au même titre que la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis. Les Britanniques, qui ont d'ordinaire du mal à écouter les rockers venus d'ailleurs, font la fête aux Belges, effarés par l'énergie et la qualité de leurs prestations. Les belges pratiquent un rock sans complexe et savent prendre des risques, en évitant les clichés du genre et en inventent leurs propres codes. Ce qui, globalement, est loin d'être le cas en France.

Ce qu'on peut dire à brûle-pourpoint au sujet du groupe Starving, c'est que ses six membres semblent partager ce même état d'esprit. Ils ont tous cette même envie d'en découdre : le choix du nom du groupe n'est d'ailleurs pas anodin, "starving" signifiant "affamé" en anglais. Basé à Dour, petite commune frontalière célèbre pour son festival annuel, le groupe enregistre ses premières démos de façon très artisanale. Leur aventure connaît un premier essor aux alentours de 1999, lorsque Fabrice Baudour (le guitariste du groupe) s'empare d'un ancien synthétiseur de type analogique, qui personnalise considérablement leur répertoire. Tout s'accélère lorsque le club des six remporte le concours des "Jeunes Talents", qui se tient en marge du festival "Verdur Rock" à Namur : organisation de plusieurs concerts au Québec, engagement avec le label "Anorak Supersport" puis enregistrement d'un premier maxi (comprenant les titres La plage et Enervé) et tournage d'un premier clip vidéo pour La plage, qui accroît sensiblement la notoriété du groupe. Leur premier album, Tout n'est pas rose, est édité en France aux alentours d'avril 2004 sous le patronage du label "Les Productions Spéciales".

L'album trouve en Enervé une introduction particulièrement énergique, qui propose un peu plus qu'une simple base "guitare basse batterie" : outre le déferlement de sonorités additionnelles assuré au clavier, il y a ce timbre de voix absolument irrésistible, que l'on assimilerait presque à celui d'une Emmanuelle Monet, ou bien d'une Julie Bonnie (la première se trouvant être l'égérie du groupe Dolly, et la seconde, son homologue au sein du groupe Cornu). D'autres oseraient presque la comparaison avec une certaine Gwen Stefani, c'est dire les qualités évidentes dont dispose cette Claudia Chiaramonte. La chanteuse, qui se fait un brin plus Allumeuse pour l'interprétation de son second titre (dont les paroles ne sauraient être plus explicites : As-tu l'esprit malsain, Pour oser m'aborder, Si oui, donne-moi faim, De tout ton corps entier... Je suis une allumeuse, Un vrai petit briquet, Quand je deviens fiévreuse, J'ai envie de baiser...). Je ne me fais aucun souci pour eux quant à leur avenir sur scène : il y a là de quoi faire tourner bien des têtes. Les deux titres qui suivent (La plage, Téléphone rose) exploitent ce même registre sulfureux. Toujours aussi provocateurs et libertins, mais toujours aussi irrésistibles, il faut bien l'admettre, les Starving revendiquent ouvertement leur penchant pour la "pop érotique" : Tous ces petits sourires, Qui font tellement souffrir, Désormais je m'en moque, Tant mieux si ça vous choque, Non je ne suis plus si sage, Je ne suis plus une image... Entre leurs guitares saturées (limite violentes) et leurs claviers "eighties", il y a bien du Blondie en eux. Du David Bowie.

Les trois titres qui suivent sont à l'image des précédents, à croire que ces belges-là persistent à voir la pop en rose : Macho, Pas facile et Entrain exploitent le registre des rapports hommes/femmes, les textes de ce dernier titre ayant de quoi vous désorienter. L'ordi explose ne présente pas un intérêt immédiat, si ce n'est qu'après nous avoir joué son numéro d'Allumeuse, la chanteuse trouve là une deuxième occasion de glisser "a few words in English". A mesure que l'on s'engouffre dans cet album, celui-ci perd de sa spontanéité et de ce charme d'antan qui en émanait jusque-là. Les textes perdent peu à peu de leur intérêt. Avec Cool, le groupe propose une interprétation un peu plus sage sur un air musical un peu moins débridé. Passe encore. La ligne éditoriale de l'album est clairement rompue lorsque ce même rythme lancinant se prolonge sur Mots doux, un morceau sur lequel il ne manquerait plus qu'une poignée d'instruments à cordes pour finir de nous apitoyer. Sur Coma Sutra, Starving ne se contente plus de lorgner vers la variété française : Claudia Chiaramonte se transforme en une Axelle Red (une Zazie, si vous préférez) : les instruments n'existent pratiquement plus, seule compte son interprétation, qui est loin d'être pertinente.

Type ex vient mettre un terme à cette déviance malencontreuse. Le titre en lui-même ne manque pas de surprendre, de par sa construction bien plus épurée (jugez plutôt, une guitare sèche et un micro, point), et son final qui vous laissera sans voix. Globalement, l'album ne manque pas d'entrain, si l'on fait l'impasse sur leurs quelques incartades (que l'on mettra sur le compte de leur jeunesse. Je ne crois pas que Starving ne soit que le coup d'un soir, une aventure sans lendemain. Laissez-vous tenter par sa "sexy music". Alors bien sûr, Tout n'est pas rose, mais Starving y travaille, à coup sûr.


01. Enervé
02. Allumeuse
03. La plage
04. Téléphone rose
05. Macho
06. Pas facile
07. Entrain
08. ?
09. L'ordi explose
10. Cool
11. Mots doux
12. Coma sutra
13. Type ex

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