Smooth - Interview

/ Interview - écrit par juro, le 22/09/2005

Tags : smooth europa interview jazz adj with your

Interview de Smooth

Après avoir raté Smooth lors de leur concert au New Morning, nous avons décidé de leur proposer de nous répondre lors d'une interview par mail car ils nous avaient réellement impressionnés lors de leur set. Une interview qui mérite le détour !

Bonjour, pouvez-vous vous présenter pour les derniers qui ne vous connaissent pas ?
Bonjour, SMOOTH, ce sont trois musiciens nantais: David Darricarrère (chant, claviers, guitare), Nicolas Berrivin (basse, sampleur) et Christophe Declercq (batterie, sampleur).

Comment est né Smooth et d'où vient le nom du groupe ?
SMOOTH est né en 2002 sur les cendres d'un précédent groupe dans lequel officiaient David et Christophe. Il nous est venu l'envie de créer un style qui puisse rendre hommage à toutes nos influences. Le terme SMOOTH vient à la base, du skateboard. Dans ce sport, quelqu'un de « Smooth » est « souple comme un chat ».

Comment qualifiez-vous votre musique ?
C'est une musique de fans. En effet, nous sommes en admiration devant le travail accompli par des artistes des années 60 aux années 70. Notre bible est là, mais nous sommes aussi très à même d'apprécier l'expérience de groupes comme les Troublemakers, The Herbaliser ou encore The Roots qui sont plus actuels, voir aussi l'approche de certains producteurs comme DJ Shadow ou DJ Vadim.

Quelle est l'influence de la blacksploitation sur votre musique ? C'est par nostalgie que vous y faîtes référence dans Son of the seventies ?
Nous aimons la classe et l'énergie maîtrisée de la blacksploitation. Les arrangements, le groove et la sueur qu'elle inspire nous charme à chaque écoute. Nous l'interprétons comme un véritable hymne à la liberté artistique et humaine. Nous aimons aussi le côté transe qu'elle développe. Son of the 70's est un hommage à cette période où la grosse industrie musicale prêtait encore attention à la magie et à la liberté des artistes. La permissivité et l'innovation étaient encore de mise. The Pink Floyd auraient-ils eu autant de succès s'ils avaient été développés de nos jours ? Et puis n'oublions pas que nous avons été physiquement fabriqués dans cette vibe ! Nous sommes des enfants des années 70 et je suis fier que mes parents m'aient conçu sur Riders on the storm des Doors.

Comment vous est venu l'idée de mélanger funk, soul, pop et électro ?
C'est juste afin de rendre hommage à toutes nos influences. Nous voulions, sans prétention, faire LE disque qui manquait à notre discothèque. C'est égoïste comme démarche artistique et tant mieux... Au moins, ce disque, c'est nous.

Les échos de vos concerts ont commencé à se multiplier après les 1e parties que vous avez livré lors des concerts de Sinclair notamment, ce retour du public vous l'avez rapidement ressenti ?
Les gens sont surpris par notre approche en live. L'énergie et la sueur y sont beaucoup plus présentent que sur le disque qui est plus « lay back ». Nous voulions trancher et ne surtout ne pas refaire l'Album sur scène. Bien entendu, on y retrouve les titres de l'opus, mais ils sont réarrangés et adaptés au live. Ainsi, le retour du public est bon car il considère notre approche comme complémentaire. C'est aussi le premier projet musical dans lequel nous approchons, en tant que musiciens, aussi près ce que nous avons envie d'entendre. Il y a très peu de place laissé à la concession au sein de SMOOTH, ainsi, chacun de nous prend véritablement du plaisir à jouer nos morceaux. C'est capital si l'on veut partager efficacement avec le Public. Les choses se font naturellement même si nous nous adressons très peu (par pudeur et par simple fait de vouloir casser le stéréotype du « chanteur et son groupe ») au public.

A travers quelques samples, notamment un de l'abbé Pierre sur The march, vous voulez faire passer un message ?
C'est un message de tolérance et de quête du bien être qui berce les propos de SMOOTH. Nous sommes convaincus que si nous voulons être à l'écoute des autres et pouvoir prendre soin d'autrui (et c'est nécessaire), cela passe d'abord par la quête de la paix intérieur. Pour bien savoir s'occuper des autres, il faut d'abord savoir s'occuper de soit. De véritables changements de comportements ne pourront se faire que si nous atteignons tous cette paix intérieure. SMOOTH n'est pas un antidote mais essaie juste de souligner ce point. Après, chacun est libre de choisir sa manière de trouver du plaisir dans le but de pouvoir aider les autres, nous c'est la musique, et si un morceau comme The March dans lequel nous nous éclatons artistiquement peut sensibiliser l'auditeur sur l'exclusion, nous sommes ravis.

Le dernier titre (morceau caché) rend un hommage vibrant aux Beatles. Peut-on dire que cet album est éclectique ?
Complètement. Même si ce morceau est avant tout un hommage à la mère de David, c'est aussi un clin d'oeil évident au Beatles et leur sens de la mélodie. C'est un des groupes de référence pour nous. Mais il y en a tellement d'autres plus ou moins connus. Nous n'aurions pas assez de cet article pour tous les énumérer. Profitons en pour saluer le travail de Frank Bougier (trompette/trombone) pour ses arrangements de cuivres entre autres sur ce morceau.

Que représente la pochette de l'album ? Qui en est l'auteur ?
Jérôme Héno a fait la pochette. C'est assez simple, nous lui envoyons les morceaux à Londres où il travaille, il nous fait la pochette et c'est spontanément que son travail nous plait. La couverture représente un visage hermaphrodite auquel nous avons retiré l'oeil droit (celui qui dirige et nous guide pour appréhender notre entourage) pour le remplacer par le troisième oeil plus « spirituel ». Les couleurs sont inspirées de la blacksploitation et les courbes matérialisent les fréquences sonores.

L'inévitable question du téléchargement : votre dernier album est disponible sur Internet, qu'est-ce que cela provoque comme réactions chez vous ?
C'est un grand débat qui fait rage aujourd'hui. Nous sommes, comme beaucoup de groupe concernés par ce sujet délicat. Mais nous sommes convaincus que cela ne peut pas véritablement nous nuire au stade où nous en sommes. Notre ingénieur du son (live et studio) Florian Chauvet a une explication qui nous convient parfaitement. Nous avons besoin que notre musique circule vers le plus grand nombre d'auditeurs afin de se faire connaître. Le téléchargement illégal de musique nuit beaucoup plus aux projets « kleenex ». En effet, les artistes qui n'ont que la vente de disques pour vivre ou encore la Sacem peuvent être acculés par ce phénomène. Dans le cadre d'artistes éphémères dont les maisons de disques se servent pour faire des « coups », aucunes tournées et développement à long terme ne sont mis en place. Ainsi, ils n'ont pas l'occasion de défendre leur musique sur scène et le tube de l'été sur TF1 « doit » vendre en peu de temps. Dans notre cas, un internaute qui télécharge notre album illégalement nous fait du tort à court terme, mais si l'album lui plait, les 14 euros qu'il n'aura pas mis dans un disque, il les investira dans une place de concert lorsque l'on passera près de chez lui. D'autre part, un véritable amoureux de la musique ne peut pas se contenter d'avoir des milliers de morceaux dans un lecteur MP3 ou sur des disques gravés. Même si la technologie permet de copier et d'imprimer des livrets, cela ne sera jamais la même chose que l'original. J'ai personnellement été choqué d'être invité à Limoges chez un programmateur de musique (un mec sensé être passionné donc) et qui se ventait d'avoir deux ordinateurs qui téléchargeaient en continu des centaines d'albums... Quel plaisir peut-on avoir à écouter des albums sans avoir dans les mains un livret, une pochette en bref l'âme d'un artiste ? Je compare ces mecs aux clients de Mac Donald ou de Quick... Ils consomment facilement et ils jettent, mais en aucun cas ils ne pourront être assimilés à de fins gourmets. Bien entendu, cela nous arrive aussi d'aller chez Mac Do, mais une fois tous les deux mois, pour ne pas être malade... Après, c'est aussi aux artistes de trouver « LA » pochette que l'on a envie d'avoir et aux acteurs de cette industrie de trouver une formule pour que le disque coûte moins cher.

Parlons de votre site Internet très sympa, sur lequel on peut écouter un morceau. Proposer une bande son inédite sur le site pour un groupe qui a signé avec une major, c'est une bonne idée, comment vous est-elle venue ?
En fait, nous avons mis à disposition, d'un commun accord avec Ministrong et Wagram, des morceaux issus du live. Comme je l'expliquais ci-dessus, l'approche live est différente sur scène que sur disque. Sur www.smooth.fr, il y a aussi des vidéos libres de droits et d'autres surprises à venir d'ici la fin de l'année.

An electro soul experience prend toute sa signification en live. Sur la vidéo de votre concert à l'Elysée Montmartre, on voit le public révérencieux, ce qui crée une ambiance intimiste. C'est plaisant sur scène de voir un public émerveillé et totalement acquis à votre cause ?
Nous avons tous joués avant dans des groupes où il fallait aller « chercher » le public, le motiver et l'haranguer. C'est souvent le chanteur qui s'occupe de cette tâche. Nous avons pris le parti de ne pas mettre de chanteur en avant. Donc, naturellement, aucun de nous trois n'est habilité à « chauffer » le public. Ainsi, nous nous efforçons à nous appliquer pour ambiancer nos morceaux et inviter le public à voyager avec nous. Après, il est libre d'interpréter son « trip » comme il le souhaite, en dansant ou simplement en fermant les yeux.

A l'inverse, j'ai assisté au concert au New Morning, l'ambiance était radicalement différente, beaucoup plus festive, vous avez même invité le public à venir danser devant la scène. Partager votre musique avec un public comme celui-ci, ça vous donne quels sentiments ?
Il ne me semble pas que nous ayons demandé au public de venir danser mais je crois (peut-être que je me plante) que nous avons simplement demandé à ce qu'il se rapproche de nous. Nous étions flippés de jouer dans ce que nous considérons comme le temple du Jazz à Paris et de savoir les gens si loin de nous ne nous mettait pas à l'aise. Après, le Public a répondu de suite et nous lui en sommes encore reconnaissant.

Aller au Jazz festival de Nice avec tous les grands noms présents, vous l'avez vécu comment ?
Nous ne sommes pas un groupe de Jazz. Notre technicité et notre approche ne nous permettent pas de le revendiquer même si nous aimons cette musique. Etre programmé à Jazz à Nice est un véritable challenge même s'il n'y avait pas de groupes de Jazz à proprement parler ce soir là. L'accueil du Public a été merveilleux et nous avons pris beaucoup de plaisir.

Votre meilleur souvenir sur scène ?
Il y en a beaucoup. L'Olympia inévitablement, le New Morning, mais nous ne sommes jamais sorti d'un concert avec la satisfaction d'avoir été des bêtes de scène. Nous sommes très exigeants et il nous reste encore beaucoup de travail si l'on veut atteindre le niveau de nos idoles. Tout va très vite depuis ces trois dernières années et ce grâce à notre manager Eric Delamare, notre tourneur Eric Laporte et à notre label.

Des projets pour bientôt ?
Une tournée cet automne dans toute la France, un deuxième album dont l'enregistrement débutera en Janvier 2006, des projets de collaborations. Nous sommes aussi très envieux d'avoir l'occasion de travailler sur des musiques de films ou des spectacles de danse... A voir.


Merci au groupe, à Natacha Campana, et à Emilie pour sa participation non active.