Emilie Simon est une grande personne maintenant. Bon d'accord elle n'a que 24 ans et une voix de petite fille qui a pourtant produit, réalisé, interprété (et tant qu'à faire elle est aussi à l'origine de la pochette du CD) un superbe album éponyme. D'ailleurs sa passion pour la musique ne date pas de la dernière campagne de recrutement pour Star'Ac : elle a écrit la piste Vu d'ici (une de mes préférées soit dit en passant) au doux âge de 15 ans, et traîne sur les bancs d'écoles de musique (dont ceux de l'IRCAM) depuis l'âge de 7 ans.
Je dois dire que j'ais eu beaucoup de mal à commencer cette critique. Je n'arrivais pas à trouver de qualificatif pour la musique de mademoiselle Simon. Electro-pop est le premier mot qui vient à l'esprit mais ne convient pas vraiment... Le plus facile pour la qualifier serait de dire que nous sommes en présence d'une version française de Björk ou d'une version apaisée de Les Elles. Mais ce ne serait pas faire justice à Emilie Simon que de ne la définir que par rapport à d'autres artistes, d'autres styles. La miss ne se laisse pas réduire aussi facilement. Car c'est dans son monde qu'elle vous entraîne : le sien, bien à elle. Alors bien sûr on pourrait jouer à relever les influences (Björk bien sûr, Kate Bush aussi sans doute) mais si l'album s'appelle Emilie Simon, qu'elle est en photo dessus et qu'elle a presque tout fait (sauf une reprise d'Iggy Pop et des Stooges), il ne faut pas croire à une attaque mégalomaniaque de sa part. Elle ne fait qu'annoncer la couleur : cet album c'est elle un point c'est tout. Plus une reconnaissance en maternité (hé oui pourquoi la reconnaissance de paternité serait elle limitée aux hommes ?) qu'autre chose.
Alors comment vous parler de cette musique qui ne se laisse pas comparer comme ça ? Commençons par le plus simple : l'ambiance des pistes Vu d'ici et Chanson de toile me rappelle irrésistiblement celle des chansons The anchor song et Come to me de Björk dans l'album Debut. Une sorte de nostalgie puissante mais sans tristesse excessive. Il y a là un mélange étonnant de douceur et de détermination qui vous prend en tenaille et vous laisse sans défense, vous n'avez d'autres choix que de vous rendre et la quiétude vous envahit. Dans une certaine mesure To the dancers in the rain appartient aussi à cette catégorie bien que cette dernière soit plus lointaine : le ton reste le même, et elle est magnifique elle aussi, mais pour une raison que je n'arrive pas à m'expliquer je me sens nettement moins impliqué par cette chanson.
De la même manière qu'alternent chansons en français et en anglais, l'électro se fait souvent discrète et passe au second plan derrière des instruments plus "traditionnels" (violon, guitare). Le seul fil rouge de cet album est la voix acidulée et immédiatement reconnaissable de la chanteuse. Elle fait partie de ces artistes immanquablement identifiables une fois que vous les avez entendus. Il y a aussi quelque chose d'indéfinissable dans cet album, une ambiance, un parfum qui flotte entre les différentes plages et qui contribue à ce monde imaginaire dans lequel Emilie Simon vous entraîne inéluctablement. Cet album n'est pas fait pour danser, être disséqué voire fredonné. Non il est juste fait pour être écouté parce qu'il est beau, qu'il vous apaise. Si vous cherchez un havre de paix dans un monde de fous...
Kassad []

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