On parlait de dubstep il y a peu, avec le splendide Burial sorti en novembre. Mais le pape du genre, celui qui lui donné ses lettres de noblesse au genre, n'est autre que Scorn, anglais ayant sorti plus d'une dizaine de disque depuis 1991. Mais le monsieur interpellera plus avec son vrai nom, Mick Harris. Car ce monsieur fut un temps le batteur des mythiques Napalm Death, formation ayant, dans la conscience collective, popularisée le grindcore / death grind au cours des années 1990. Lassé par la direction du groupe, Mick Harris a choisi de tracer seul sa route avec son projet Scorn, bien loin des élucubrations des enragés Anglais, en façonnant peu à peu un son lent, oppressant, hypnotique, industriel. Le tout bourré d'effet d'échos, de reverb, rappelant de plus en plus le dub. Mais un dub tirant sa source dans la plus crade des usines, dans l'urbanisme industriel immodéré.
Selon votre degré de folie, avant d'insérer le disque, montez à fond votre caisson de basse, ou sortez vous préparer un sandwich mimolette. En sachant que la seconde option n'a strictement aucun intérêt et que vous avez choisi avec intelligence de tourner à fond la petite molette magique, il va falloir vous trouver d'urgence une chaise à cramponner. Parce que la basse qui déboule dès les premières secondes de Stripped Back Hinge risque de faire exploser votre double vitrage. Le tout habillé par cette ligne rugueuse en diable, vrombissant tel un monstre sortant de sa tanière, prêt à en découdre avec la peuplade un peu conne qui a eu l'excellente idée de planter le village juste devant l'antre accueillante. Un vrai cauchemar pour oreilles sensibles, un passage à tabac d'une brutalité et d'un aplomb rare.
Punition

Mike "Scorn" HarrisEt il en sera de même pour le reste du disque. Scorn créé un catalogue de colosses gigantesques fracassant la terre à chaque pas tombé des cieux, martyrisant toute oreille ayant eu le culot de se croire capable d'encaisser de telles attaques. Glugged en est sûrement le meilleur exemple, avec une ligne de beats absolument monstrueuse, faisant trembler mes vitres alors que la jauge de bass de mes enceintes n'est poussée qu'à moitié (véridique). Imaginez le bruit amplifié X 1000 d'un homme dans un hangar vide, tapant sur des blocs de glaces avec une énorme massue. Impressionnant. Pourtant, et cela est bien l'apanage du dubstep, rien est agressif. Tout est dans la méditation, la plénitude, le recueillement. Les prières sont remplacées par des rythmes pachydermiques, les nappes crades se substituant aux violons. On navigue dans une terre dévastée d'après chaos, les météorites tombant encore à espaces réguliers, pour nous rappeler que tout est encore bien proche d'une nouvelle explosion. Mais si extrême et hermétique que soit la musique de Scorn, elle brasse pourtant une myriade d'influences, ou plutôt s'amuse à les concasser, les détruire pour les recracher, déshumanisées et froides comme la mort. On peut imaginer le flow d'un hip hopeur désincarné, balançant ses phases sur ce maelstrom métallique. Les expérimentations du duo LabWaste n'en sont pas si loin d'ailleurs. Entendre un chanteur de métal hurler sur ce lit de machines ne semble pas non plus incongru, Stealth pouvant presque être un disque de Napalm Death étiré et ralenti dans tous les sens.
A dire vrai, seule la dernière piste, 1,75tc ne va pas faire exploser votre Db meter en trois coups de beats, jouant avec des lignes ultra graves et un rythme plus en retrait (on passe de la destruction d'immeuble au « simple » coup de tonnerre ) qui aurait fait un terrain de jeu parfait pour un Aesop Rock en goguette. Enough To Hold Bottom, plus long titre du disque, virera lui dans l'expérimental industriel, avec une structure plus éclatée que les autres titres, et une nappe lugubre pour envelopper le tout.
Violently Dubby
Le seul problème du dubstep de Scorn, c'est que bien d'autres sont passés par là depuis quelques mois. Stealth est prenant, impressionnant, massif, imposant, presque paralysant. Mais il est aussi extrêmement linéaire, hermétique et presque harassant. Le profane risque de partir en courant, atterré par ce lent pilonnage presque abrutissant, cassant tout repaire, vous plongeant la tête dans le plus noir des marécages et cela jusqu'à épuisement. Il est clair que Stealth est un très bon album de dubstep. Mais il semble moins prioritaire que les nouveaux bonhommes du genre, comme Distance qui a sorti un album, My Demons, indispensable pour les amateurs du genre et cela sans citer le petit chef d'œuvre de Burial, Untrue.
Scorn continue de s'enfermer, de construire son monde loin de toutes considérations d'accessibilité et d'ouverture, creusant encore et encore les fondements du genre, de la façon la plus radicale, là ou ses disciples s'efforcent de mélanger les genres, d'aérer la mixture. On ne pourra clairement pas le lui reprocher. Reste alors un disque profond, âpre, avec des basses gigantesques (c'est du rarement entendu à ce niveau là) et un esprit industriel intacte, annihilant tout espoir de survie.
Eprouvant, mais jouissif, écouter la musique de Scorn, c'est un peu comme se faire tabasser en plein malaise : Une pluie de coups d'une violence rare dans un univers cotonneux, brumeux, parallèle. Tétanisant.
Scorn - Stealth
01. Stripped Black Hinge
02. Rove
03. Glugged
04. Running Rig
05. Snag
06. The Palomar
07. Enough To Hold Bottom
08. 1,75 Tc
Dat' []

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