7.5/10R;Zatz - Will We Cross The Line ?

/ Critique - écrit par Dat', le 21/02/2008
Notre verdict : 7.5/10 - Line View Point (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 5 minute(s) - 1 réaction

Câbles. Des câbles. R;Zatz a passé une décennie derrière les machines, étranglée par les câbles. Etre ingénieur du son chez un label comme Jarring Effects, cela vous forge. Une maison qui accueille des artistes aussi éclectiques, passant des têtes de listes High Tone et Ez3kiel au son hargneux de Picore, de l'étouffant Scorn au génial melting-pot de Filastine, doit donner du fil à retordre à pas mal de ses techniciens. R;Zatz, au lieu de perdre la tête, semble avoir choisi d'avaler, d'absorber chaque millième de seconde travaillée dans le studio lyonnais. Engranger, apprendre, construire. Puis sauter le pas. Tenter de plonger dans le gouffre, si profond soit-il.

R;Zatz rejoint donc la famille Jarring Effects avec un premier disque, tout faisant partie intégrante de l'aventure depuis ses prémices. On pourra au moins dire qu'elle n'est pas arrivée là par hasard. A regarder les autres, à apprendre d'eux, on peut forcément se prévaloir d'une certaine légitimité, à l'heure où certains sortent des disques en ayant à peine sucé le micro 3 minutes devant une camera. (Message au meilleur restau kebab de ma ville : dans 5 ans, je reprends ton commerce, je commence à bien connaître à force d'y bouffer)

Par contre, il était clairement facile d'imaginer l'album de quelqu'un ayant baigné dans la potion Jarring Effects pendant un bail : Pas mal de Dub, des samples world, un peu de digressions hip-hop, de l'électro cradingue, et hop emballé c'est pesé, on fait un album qui risque de plaire aux amateurs de Jfx, sans prendre une once de risque. Et c'est là où le projet de R;Zatz prend tout son intérêt, car le résultat final de Will We Cross The Line est bien loin d'un schéma aussi téléphoné...

 

Dialogues

L'angoisse. Ce sentiment n'est jamais aussi frappant qu'après avoir été plongé dans une atmosphère doucereuse, entêtante, rassurante. Le premier gros titre du disque, Nothing Still Something, cristallise le concept à la perfection. Si l'on début sur un amas de bruits non identifiés, notre musicienne du jour va rapidement nous balancer dans un rock lancinant de haute volée, avec une batterie implacable et une guitare aux accords distillant une mélodie sublime. La voix, plaintive, obsédante, transporte. Cajole presque. Mais le tout prend de l'ampleur. Des semblants de dialogues enivrent le tout. Puis submergent le morceau. Avalent la structure. La guitare se mue en alarme affolée. La rythmique se perd. Des mains nous étranglent. On lâche prise, on panique, on étouffe. Calme plat, on se retrouve con, comme tabassé au fond d'une ruelle glauque. Oui, c'est tout à fait ça, ce titre est un passage à tabac pervers, nous faisant passer de la simple tape amicale dans le dos au rouage de coups désordonné.

R;Zatz
R;Zatz
All Communications Are Dead
nous dirait le mec en sang, le nez pété, les dents durement ramassées à même le sol. Outre la douleur persistante, la sensation de sa tête proche de l'explosion, encore embrouillée dans une semi conscience, est insupportable. Tout comme ce bruit strident parasitant tout le début de ce titre. Carillonnant comme un putain d'acouphène. Qu'une envie, sauter jusqu'au prochain port. Mais l'horrible stridence se dérobe, pour nous laisser choir sur une jolie complainte saccadée. Derrière les monstruosités se cachent parfois les plus beaux havres de paix.

Vous allez me traiter de Menteurs, à affabuler sur de possibles petites perles bien cachées derrière des cathédrales cauchemardesque ? Certes. Mais que dire cette énorme phase de scratch, sur la dubesque et planante quatrième piste ? Qu'elle vous fait énormément penser aux premières salves d'High Tone ? Clairement. Que l'on ne sait pas trop où R;Zatz veut nous emmener ? Pour sur. Mais l'on arpente son chemin en lui tenant la main avec plaisir.

 

Subway

Il va falloir trancher avec ces débuts nauséeux. Instaurer le calme, la relation de confiance. R;Zatz va inviter l'une des Nipporn-star du groupe Azian Z, Takeshi Yoshimura. Et loin des sautillantes élucubrations de ces derniers, on va découvrir avec Hikari No Kioku une sublime ballade traditionnallo-japonaise, avec un texte déroulé en spoken-word apaisant,des cordes cristallines qui résonnent et un chant lointain qui se pose en organisateur de ce moment de recueillement. D'autant plus étonnant que la fureur reprend ses droits, d'une façon inégalée jusqu'à lors, avec Finalement, sorte de traumatisme hardcore, fresque brève horrible noyée sous des cris de terreurs, des hurlements semblant sortir d'une demoiselle torturée. A glacer le sang. Mais peut faire son petit effet lors d'un dîner aux chandelles.

Même combat pour Love To Death, qui pourrait ressembler à un Tribute to Atari Teenage Riot, du nom lui même à la rythmique hardcore bien appuyée (moins épileptique tout de même), en passant par le chant éraillé-hystéro d'une certaine Gabrielle Culand, avec la voix filtrée façon haut-parleur. "Never forget the riot" qu'ils disaient.

Reste que l'on préfère quand la demoiselle tente de nous replonger dans les teintes enfumées et phobiques du début de galette, et la conclusion du disque va nous en donner pour notre argent. Les trois derniers titres sont même ce qui nous donne le plus envie de traverser cette fameuse ligne. On plonge dans l'expérimental le plus opaque, sombre et crasseux en diable. I Want To Be Your Housewife déclame R;Zatz, en étant convaincue que pas mal de prétendants prendront la poudre d'escampette au vu de cette piste aride, presque désertique, un dub pour cimetière, à peine égayé par sa discrète touche orientale. Mais c'est bien Travelling Civilization qui risque d'en faire flipper plus d'un : Parcouru d'un son métallique ultra strident, usine en fin de vie, agonisante, le morceau va rapidement basculer dans un obscur vase World, superbe, touchant, fragile, à l'opposé de l'agression latente qui pouvait percer les tympans. Un chant s'élève au loin, des plaintes fantomatiques se faufilent, et l'on peut presque observer un désert immaculé le sourire aux lèvres.

Parfait pont pour la conclusion Flash Forward, Soul décharnée, où Marilou Divita va laisser sa voix vagabonder sur un très discret accompagnement. Comme si les hurlements de machines les crissements en tout genre, les digressions industrielles se taisaient pour aller à l'essentiel. Une voix, deux accords et toujours cette chape de plomb, ce « tunnel sonore » enveloppant la composition, donnant l'impression d'avoir été enregistrée à 3 heures du matin entre les stations Vaise et Gorge de loup, profitant de la nuit pour investir les trouées désertes d'un métro bien trop calme, abandonné aux divagations musicales d'une dame tourmentée.

 

On ne s'attendait pas vraiment à ça. Pas à un objet aussi expérimental, jusqu'au-boutiste dans sa manière de poser sur musique ses idées les plus noires, écrasées par ces dialogues, souvent présents au grès des pistes, et toujours oppressants. L'idée d'un Best-of condensé du label m'avait un peu effleuré le cortex après avoir vu qu'une ingénieur du son nourrie au biberon JFX, invitant des potes du label, allait sortir son premier opus. On en est loin.

 

A moins d'imaginer, à la rigueur, d'écouter le catalogue Jarring Effects avec la tête directement insérée dans un réacteur d'avion paré au décollage.

Pour oreilles averties et aventureuses seulement.

 

R ;Zatz - Will We Cross the Line ?
01. Effeuillage
02. Nothing's Still Something
03. All Communications Are Dead
04. Menteurs
05. Hikari No Kioku
06. Finalement
07. Love To Death
08. Not An Angel
09. Crash Me Down
10. Kane Yamaken
11. I Want To Be Your Housewife
12. Travelling Civilization
13. Flash Forward

 

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