10/10Pink Floyd - The Wall

/ Critique - écrit par Jade, le 13/11/2005
Notre verdict : 10/10 - Un album en béton ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 7 minute(s) - 7 réactions

1979, une époque s'achève, dont les Pink Floyd ont fait partie. La culture hippie est moribonde, l'underground au sommet de la vague (et ne tardera pas à en redescendre), l'électro vient de naître, et le punk ne saurait tarder. C'est dans cette période de changements et d'instabilité aussi bien musicale que sociale (chocs pétroliers etc...) que sort The Wall, monument du monde de la musique s'il en est, chef-d'oeuvre du groupe au cochon rose, signifiant le sommet de leur gloire.

Certes, The Wall sera supplanté en terme de ventes par The Dark Side of The Moon, mais il s'agit bien là de leur album le plus marquant, accompagné par une tournée mythique à travers le monde. Si The Dark Side of The Moon est leur plus grand succès commercial, il ne fait aucun doute que The Wall est l'album que l'on retiendra des Pink Floyd, plus abouti dans tout les domaine, et bien plus marquant.

Pour les moins informés, The Wall, c'est avant tout une chanson, un refrain connu de tous : we-don't-need-no-education... Cette mélodie aux accents quelque peu nihiliste ne saurait traduire, loin s'en faut, la réelle portée de ce double CD. Avant d'être l'oeuvre d'un groupe, The Wall est l'oeuvre d'un homme, Roger Waters, dont l'hégémonie sur les trois autres membres de la formation s'est peu à peu affirmée depuis que Syd Barret les a quitté pour une carrière solo. Auteur des 26 chansons du CD à quelques exceptions près, c'est son génie créateur qui prédomine ici. On (les autres membres) lui reprochera plus tard d'avoir imposé son jeu pendant des années, ce que l'on constate en effet depuis Animals, leur dernier album. Cependant, force est de constater que le guitariste David Gilmour trouvera son mot à dire et apportera de manière notable sa patte à l'édifice.
La genèse de ce CD n'est pas très claire. De nombreuses anecdotes sont racontées à cet effet, mais dans les grandes lignes, ce serait suite à un malaise grandissant au sein du groupe miné par le succès que l'idée de The Wall a commencé à s'imposer. Roger Waters dirige le groupe d'une main de fer, et les conflits avec Richard Wright, clavièriste du groupe deviennent envahissants. Ce dernier préfère alors se mettre à l'écart et laisser à Waters l'entière responsabilité de la direction artistique de leur prochain CD. Aidé par David Gilmour, les textes et l'instrumentation sont rédigés assez vite, pour passer à un enregistrement semble t'il très tendu, ne serait-ce que par la peur du flop commercial qui menace le groupe depuis qu'ils ont atteint la reconnaissance mondiale.
Grâce à l'exploitation de Another Brick in the Wall Part 2 comme single, le succès est au rendez vous. The Wall se vend très bien, et ainsi commence l'une des plus légendaire tournée de concerts au monde, atteignant un statut mythique notamment grâce à la puissance des textes de Waters et Gilmour et d'une mise en scène dantesque.

The Wall raconte la jeunesse, la grandeur et la décadence de Pink, chanteur à succès, se laissant pourrir peu à peu par l'argent et la drogue (cet aspect sera bien plus développé dans le film d'Alan Parker). Divisé en 2 CDs, l'un racontant la chute du chanteur dans son propre ego, et le deuxième illustrant la stagnation, puis la délivrance, dans un final où le fantastique joue une part certaine. Pour symboliser les souffrances, les espoirs, les rêves du personnage, une allégorie puissante et simple : le mur. C'est ce mur qui le protège étant enfant, représenté par les bras de sa mère (Mother). C'est toujours ce mur qui l'empêche de communiquer avec tous ceux derrière ses briques, et qui, ultimement, l'emprisonne dans la solitude (Goodbye Cruel World). Mais c'est aussi ce mur qui lui permet de ne pas être transpercé du regard des autres (In The Flesh ?), protection et sensation de puissance comparable à celle que Pink ressent sur scène (In The Flesh), mais qui n'est qu'un bien maigre substitut à la compagnie recherchée (Waiting For The Worms).
Ce thème récurrent du mur, imposant et infranchissable, à travers la vie de Pink donne cette impression de prédestination, que c'est la vie même qui condamne le chanteur, une sensation profondément humaine que le simple fait d'exister le soumet à sa condition, soit la solitude la plus absolue et l'apprentissage perpétuel pour être condamné à oublier. Quoiqu'il arrive, le mur est présent du début à la fin, et se referme peu à peu sur lui-même, Pink au milieu (Another Brick in the Wall). Coincé dans le jeu de son égo, Pink ne perçoit pas la sortie pourtant clairement présente, l'alternative qui lui est constamment offerte, mais qu'il ne pourra saisir qu'un fois trop tard ("There must have been a door there in the wall When I came in", apprend-on dans The Trial, où la référence Kafkaïenne est presque trop facile).

Débutant sur une mélodie sibylline qui ne tarde pas à être submergée par un océan de guitares agressives, In The Flesh ? introduit l'histoire de Pink, tant par ses propos que par son final envahissant et presque violent. The Thin Ice continue dans la lignée avec des cordes infernales et transperçantes, la voix aigue de Roger prédisant la chute à venir de l'enfant qui tente de s'aventurer sur la fragile plaque de glace qu'est la vie. Résonnent ensuite les premières notes de Another Brick in the Wall, morceaux trois fois récurrent dans le CD, à chaque fois pour signifier une nouvelle étape dans la construction du mur, jusqu'à la fin du premier CD, où l'édifice est achevé. Goodbye Blue Sky est une complainte faisant écho à The Thin Ice en reprenant des phrases musicales de cette dernière, et où une guitare mélancolique accompagne le mur recouvrant le ciel, et symbolisant la fin de l'innocence. Ici commence à proprement parler la descente aux enfers de Pink, qui, une fois touché par le succès, perd tout repaire viable, et les six dernières pistes de ce premier CD sont un crescendo dans le désespoir, alors que le chanteur se retrouve seul au monde. Le CD s'achève sur un Goodbye Cruel World à peine murmuré pour sombrer ensuite dans le silence.
Ce premier CD touche énormément par les résonances qui s'opèrent entre les chansons, l'une ramenant à l'autre, l'autre annonçant l'une avec un génie assez frappant. Des textes profonds doublés de compositions fortes et envahissantes font que l'auditeur se retrouve pénétré par la chute progressive et inéluctable du chanteur. Pourtant, le plus beau reste encore à venir.

Le silence précédant Goodbye Cruel World se voit prolongé sur ce deuxième CD. Une première guitare émerge du vide sonore, jouant un rythme de cinq notes, très vite rejoint par une basse. Puis la voix de Roger Waters, aigue et pressante, interpelle et appelle à l'aide l'inconnu qui pourrait se trouver derrière le mur. Hey You est un crescendo de quatre minutes, où Waters, littéralement touché par la grâce, récite ses plus beaux textes, et où Gilmour reprend le thème de Another Brick in the Wall pour le transformer en un solo enragé. Crescendo inoubliable, se concluant sur six vers récités avec une poigne et une intensité que l'on ne retrouvera que rarement. Après cette divine première piste, le silence se fait avec Is There Anybody Out There, solo guitare calme et triste à souhait. Une apathie musicale dont nous ne sortirons qu'avec Comfortably Numb, en parfaite rupture avec le CD. Un lien implicite, par ailleurs explicité en tout bien tout honneur dans le film, avec la drogue peut être tracé dans cette chanson (au titre suggérant déjà pas mal de choses), mais c'est surtout un texte sur la nostalgie de l'enfance que Waters a écrit là, à nouveau en décalage complet avec les compositions tour à tour planantes puis complètement folles et dérangeantes dans les deux solos de Gilmour. Ces deux solos à la guitare font partie des plus beaux qu'il vous sera donné d'entendre dans votre vie, portant cette chanson aux sommets walhallesques de la composition musicale, transcendant des textes d'une qualité déjà incroyable. Par ailleurs, il est clair que l'axe Hey You/Comfortably Numb constitue le coeur de l'oeuvre, où c'est le désespoir le plus sombre, les ténèbres de la solitude humaine qui est représenté. Néanmoins, si vous vous attendiez à un atterrissage en douceur après cette extraordinaire sixième piste, détrompez-vous. The Show Must Go On, In The Flesh, Run Like Hell, Waiting For The Worms sont autant de pistes marquantes, annonçant une remontée en puissance que l'on aurait cru impossible après l'expérience musicale que constitue la première partie de ce deuxième CD. Stop, comme son nom l'indique met un terme net à l'escalade incontrôlable, pour céder la place à The Trial, où Pink se fait juger afin de connaître enfin la raison de son malheur. Une chanson qui relève de la comédie musicale, où le rationnel cède sa place aux émotions et à l'humour grotesque et boucle l'oeuvre de manière grandiose. Outside The Wall conclue ce CD en reprenant la mélodie de In The Flesh et des paroles très touchantes.

Un monument artistique sans précédent, voilà ce qu'est The Wall. Comparable au White Album des Beatles dans la texture qui s'en dégage, ce CD a l'étoffe des plus grandes oeuvres.


LISTE DES PISTES

CD1

1-In The Flesh?
2-The Thin Ice
3-Another Brick In The Wall Part 1
4-The Happiest Days Of Our Lives
5-Another Brick In The Wall Part 2
6-Mother
7-Goodbye Blue Sky
8-Empty Spaces
9-Young Lust
10-One Of My Turns
11-Don't Leave Me Now
12-Another Brick In The Wall Part 3
13-Goodbye Cruel World

CD2

1-Hey You
2-Is There Anybody Out There?
3-Nobody Home
4-Vera
5-Bring The Boys Back Home
6-Comfortably Numb
7-The Show Must Go On
8-In The Flesh
9-Run Like Hell
10-Waiting For The Worms
11-Stop
12-The Trial
13-Outside The Wall

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