8/10Nosfell - Concert au centre Pompidou - 09/12/2006

/ Compte-rendu de concert - écrit par arth, le 14/12/2006
Notre verdict : 8/10 - Envoûtant (Ecrivez votre critique)

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Fort d'une tournée provinciale pour présenter son nouvel album, Nosfell s'est installé pour deux soirs au centre Pompidou pour deux concerts, deux épreuves face au public parisien. Mais quand on voit l'enthousiasme des critiques depuis deux ans autour de ce jeune homme perché très haut dans l'espace, doit-on encore croire qu'il a quelque chose à prouver?

A peine arrivé, les lumières de la salle s'éteignent et Pierre LeBourgeois, l'acolyte de toujours, entame ses premières notes de violoncelle. Un grand silence envahit la salle, une atmosphère religieuse s'impose pour fêter l'arrivée du messie. Incompris tant par ses paroles que par sa folie musicale, Labyala Fela da Jawid Fel dit Nosfell est un étranger venu d'un pays qui n'existe pas (encore) dans les manuels scolaires. Et pourtant il suffit de quelques secondes pour s'y croire.

Entre chaque chanson, Nosfell nous conte les mésaventures de personnages vivant dans ses contrés, à la fois drôles et émouvantes. Terriblement timide et atteint quand il parle, la crédibilité des Contes prend aux tripes et on sent presque une nostalgie dans sa voix, comme si il était triste de ne pas pouvoir réellement repartir là-bas. Le paradoxe chez Nosfell c'est cette timidité bouffante quand il s'adresse au public en contradiction avec l'ampleur baroque et brillante que peut prendre sa voix lorsqu'il se met à chanter. Concernant la musique, Nosfell est aussi un extraterrestre. D'abord sous la forme d'un duo avec son violoncelliste, un batteur vient se coller à la formation de départ, puis un pianiste, un saxophoniste (complètement fou), pour finir sur une formation de huit musiciens avec deux violonistes et un guitariste. Evidemment ces mouvements sur scène influent sur l'intensité des morceaux et des murs sonores qu'ils franchissent. Mais que ce soit dans une version intimiste ou semi-orchestrale, des frissons ne cessent de parcourir mes joues. C'est beau, tout simplement. Les mélodies sont somptueuses et variées.

Techniquement parlant, on ne peut que s'ébahir devant une telle maitrise. Que ce soit la voix, le beatbox, leurs techniques de jeux ou la précision avec laquelle ils manient leurs pédales d'effet et la désormais culte "boîte magique" rendue célèbre par l'autre timbrée du paysage français: Camille, on ne doute pas un instant du talent des protagonistes.

Ajoutez à cela une des plus belles mises en scène de l'année pour moi: des toiles blanches bougent dans les airs, créant de véritables espaces, rouges, parfois vertes, jaunes, violettes, en adéquation totale avec l'esprit du morceau joué. En plus d'être un musicien hors pair, Nosfell est un danseur contemporain doué, il tourne, son corps se plie sur sa propre musique, en transe par moment, sa sincérité touche en plein coeur. Libéré. Un système video en décalé reflète ses mouvements sur une toile en ombre chinoise. Son élégance arrache au public des larmes de bonheur face à tant de beauté. La rage sur des morceaux comme Blewkhz Gowz est poignante, juste. Si la comparaison devait être obligatoire, accordons à Nosfell la grace d'un Jeff Buckley, la spontanéité d'un Keziah Jones, la classe guturrale d'un Mark Lanegan et la beauté chorégraphique d'un Patrice Dupond sous champignons.

Autant dire que Nosfell m'a totalement conquis, et même plus qu'un simple coup de coeur musical, son univers m'a capturé, comme si pendant deux heures, la Grande Salle du Centre Georges Pompidou était devenu le théatre de ses vallées qu'il a tant aimé. Véritable songe poétique, Nosfell, originaire de Klokochazia, même pas 30 ans, a prouvé qu'il n'est pas nécessaire de vivre la tête plongée dans la réalité pour rester heureux.

NB: pour ceux qui auraient manqué le voyage, le prochain départ pour les parisiens aura lieu le 6 février au Bataclan, et un peu partout en France au mois de Mars.

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