Kaly Live Dub - Interview du 25 avril 2008

/ Interview - écrit par Dat', le 29/04/2008

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Kaly Live Dub en interview. L'occasion de  parler Dub, improvisations, Truffaz, films HK et rythmiques vrillées.

Une quinzaine de jours après la sortie du nouvel album de Kaly Live Dub, « fragments », et à l'aube d'une tournée de quelques  mois, Stéphane « Uzul », le machiniste du groupe, et Thibault, aux claviers, ont accepté de répondre à quelques questions.  L'occasion de parler Dub, improvisations, Truffaz, films HK et rythmiques vrillées.

 

Dat': Alors cette sortie de «Fragments», le 7 avril 08, elle a été ressentie comment?

Thibault : Ben en fait c'était une journée comme les autres (rires).

Stéphane : On n'a pas encore trop réalisé le fait qu'il soit sorti. La tournée n'est pas encore entamée. L'effet "sortie" du disque n'est donc pas encore amorcé. Mais avec les 3 ou 4 dates que l'on va faire par semaine, ça va parler de l'album. On s'en rendra un peu plus compte.

Thibault : Après quand tu parlais de ressenti par rapport à l'album, on a pas mal mâté les commentaires sur Deezer.com, Myspace, et généralement c'est assez positif. On nous dit que c'est plus sombre, mais les gens sont assez enthousiastes, il y a un ressenti sur une certaine fracture avec ce que l'on faisait avant.

Stéphane : Bon en plus, Thibault, au clavier, est arrivé sur le dernier disque, Répercussions. Même s'il s'est rapidement intégré humainement parlant, pour le coup il est clairement rentré dans le groupe, il y a quelque chose de plus que sur Repercussions, d'un point de vu "osmose musicale". Plus de maturité, la digestion d'une nouvelle formation de groupe. Surtout qu'il gère le tout d'un point de vu mélodique, et que cela influe beaucoup dans une "petite" formation comme la nôtre. On a aussi digéré pleins de nouveaux styles de musique.

Thibault  : En gros, on pourra plus facilement répondre à cette question dans six mois...

 

Quelle est l'idée principale à imprimer sur le disque? vous aviez une cible précise quand vous avez commencé à aborder sa création?

Thibault  : La façon de travailler a influencé l'album. On a pas mal travaillé en ateliers, avec des morceaux qui ont été créé en groupe, mais aussi juste à deux ou trois. Des idées principales naissent, mais elles n'étaient pas réellement dirigées, c'était plus à l'envie, au ressenti.

Stéphane : Par contre il y avait des choses que l'on ne voulait PAS faire. On ne voulait pas retomber dans les stéréotypes de Kaly. C'est assez facile de partir dans un dub, et de rentrer dans un cercle où tu reproduis certains détails d'une façon inconsciente. On a essayé de coupler les éléments autrement, de les allier, les construire d'une façon différente. Changer un peu sans tout bousculer. Je me suis carrément calmé sur les samples Ethniques aussi. Il y en a beaucoup moins. Ca teinte excellemment bien la musique, mais il faut parfois changer un peu.

 

Petit retour sur le début de la formation avec votre premier album, Electric Kool Aid alien étonnant dans la masse de disques dub qui commençaient à pulluler. Pas mal de monde avaient été étonné par la structure du premier disque, avec un gros quart d'heure de musique en ouverture, un changement de style parfois prononcé entre les morceaux...

Kaly Live Dub
Kaly Live Dub
Stéphane : Le coup des 12 minutes de musique pour ouvrir l'album, c'était volontaire. Le producteur qui a sorti notre album, nous a même dit « écoutez les gars, le coup des 12 minutes, c'est chaud à sortir là » (rires). On partage une idée de la musique que pouvaient avoir des groupes comme Pink Floyd : des morceaux méritent de durer 10 ou 15 minutes, car il y a des éléments super bien, qui doivent prendre leur temps. Pour ce morceau là, j'avais créé une intro au sample, et au final je me retrouvais avec les guidons enfoncés sur le clavier, à balancer tous les sons ensemble... Tu n'as pas envie de stopper le déroulement. Après, un premier disque, c'est une vraie digestion de choses qui s'étalent sur cinq ans, depuis la création d'un groupe. Les autres albums, c'est plus sur une période resserrée de deux ans, donc forcément plus efficace. Mais on avait déjà développé ce que Kaly appelle des morceaux  "à tiroirs", structure que l'on a toujours voulu garder. Plaquer 4 lignes de basses différentes, pour que le mec qui écoute le morceau se prenne le tout dans la gueule, soit toujours surpris.

 

Même chose pour le deuxième album, là ou le dub commençait à tourner électro, ou commençait à flirter avec le Rock, Hydrophonic était étonnamment « Dub », presque simple, loin des grand huit de High Tone and co. C'est important cette base Dub toujours bien présent ?

Stéphane : C'est vraiment notre guitariste qui est à fond dans le Dub roots, à la Jamaïcaine, notamment avec son Soundsystem Dub Addict. Résultat : il y a quand même des attachements forts avec cette musique. Notre bassiste aussi aime beaucoup les musiques affiliées au dub, même rythmiquement. Quand tu écoutes du Trip hop au final, c'est assez proche du dub, dans les basses, dans le tempo.

Thibault : C'est vraiment ancré dans chacun de nous, ce Dub Roots, c'est la base au final, tout cela part du reggae.  Même si il y a eu pas mal de changement en évoluant dans notre musique.

 

Stéphane, Le projet Uzul Prod, avec un des membres de Picore, c'était un besoin de s'affranchir un peu du groupe de faire autre chose ? De pousser le coup du sample ethnique à fond ?

Stéphane : A la base, le projet Uzul prod, c'était vraiment quand j'étais chez moi, la journée finie, à prendre du plaisir devant mes machines. Apres les teintes, j'adore vraiment les samples ethnique, et Uzul prod, c'était le moyen pour moi d'en mettre beaucoup, et d'arriver à des mélanges hyper précis, hyper mélodiques.

 

C'est vrai que Uzul prod au final, c'est presque du "fan service" pour ceux qui aiment le dub électro pour ses teintes ethniques, cette musique World écrasée par l'électronique !

Stéphane : La suite d'Uzul, c'est un nouveau cd en préparation, toujours ethnique, mais avec une musique plus rampante et lourde que dans Kaly. Je le vois dans ma tête avec des énormes distorsions. Des choses super fortes, je joue sur le granulaire plus que l'organique, je veux que cela fasse vibrer le corps. Avec Kaly, on est quand même plus doux, plus calme.

 

Et la rencontre avec Erik Truffaz ? Elle a influencé un peu ce nouveau disque ?

Thibault : On avait préparé des compos, dans l'idée de travailler avec Truffaz. Et lui il est venu à la fin, il s'est posé dessus. A l'ancienne, presque comme un Jam. En Live, c'est principalement de l'improvisation, avec un thème précis pour encadrer le tout. Pour la progression harmonique en live, personnellement, j'étais en freestyle total, l'aventure quoi (rires) ! Il fallait suivre Truffaz, se rattraper alors qu'il te sort des accords sortis de nulle part. On n'avait pas l'habitude de faire ça. Indirectement, cela nous a ouvert un peu. Cela se ressent sur Sample's Squall, un peu plus jazzy, presque Amon tobin. A la base, il y avait une rythmique assez basique, qui s'est transformée en jouant, en testant. Truffaz nous a un peu décoincé de ce coté là.

Stéphane : Il y a aussi l'idée de faire la place, de l'espace dans la musique. Quand on se
 produisait avec lui, on lançait une partie et lui son solo, et tant qu'il ne reculait pas dans le noir, qu'il ne baissait pas sa trompette, on continuait à jouer. Perso j'envoyais des effets pendant deux heures, des petits samples, la totale. Et quand tu penses que cela se termine, tu le regardes, et hop, il repart pour un tour. Dans Kaly, à la base, on est plus précis, on partait moins en vrille comme ça, il n'y avait pas beaucoup d'impro.

Thibault : On a quelques morceaux sur le disque qui permettent justement ça en live.

 

Histoire de repartir sur le nouveau disque, quelque chose est réellement marquant, c'est cette notion d'espace, d'immensité sur les morceaux. On a l'impression d'être dans un Hall avec 300 enceintes autour de nous.

Stéphane : ça c'est Fred ! On a fait appelle à Fred Norguet, le producteur de Fragments. Il a mixé pour Ez3kiel, Lofofora... Il a de la bouteille, et une grosse maîtrise là-dessus.

 

Il y a deux morceaux étonnants sur ce disques, qui détonnent avec ce que l'on avait pu entendre de vous jusqu'à lors : Le superbe morceau façon pop-postrock Magnetic Dust et le Breakcore ahurissant de Ravmone.exe...

Sebastien : on l'a fait tous les deux Magnetic Dust ! En fait, comme dit précédemment, on a fait des ateliers, et pour le coup, là on était tous les deux.

Thibault : Pour Ravmone.exe, on aime bien ces trucs là. Je suis un grand fan de Venetian Snares ou Squarepusher.

Stéphane : Matthieu, notre batteur, il aime beaucoup aussi, il en fait depuis dix ans sur son ordinateur, à découper des bouts de batteries. Son père lui a appris avec un Atari à faire de la programmation de son. Il adore faire des "frisées de batterie". Parfois Paul qui fait du reggae aime ça aussi, avec des samples, des saturations. Ils aiment bien les structures et les sons tout décalés.

Paul (en passant): C'est du Breakbeat !

Thibault : C'est vrai qu'on est plus Breakbeat que Drum'n Bass. On a toujours aimé ça, donc ça transparaît un peu dans notre musique.

 

Et comment procédez-vous sur la recherche de sample, élément à part entière de votre musique ?

Stéphane : Pour moi dans la recherche, il y a un peu plus de restrictions avec le temps qui passe, vu que l'on a voulu freiner le coté ethnique. Moi j'adore ça, j'achète pleins de vinyles aux puces, j'en récupère à droite à gauche. J'aime bien les retourner, foutre des distos dessus, les transformer. Apres, les samples c'est souvent un coup de bol, on tombe sur le bon un peu par hasard. Sinon j'ai pris pas mal de films étrangers, des bouts de dialogues. Je travaille beaucoup avec les vidéos, les samples de films. C'est un peu plus crade, un peu plus brut avec la vidéo, je traite le son après. C'est moins facile et plus drôle qu'avec un cd où tu as deux heures de flûte chinoise, et où tu n'as plus qu'à te servir.

 

Je me suis peut être trompé, c'est un sample de Naruto, le dialogue en jap sur la 6eme piste? On trouve pas mal de samples asiatiques dans le dub...

Stéphane : Je ne suis pas sûr pour Naruto, il faudrait que je vérifie. Je ne suis pas super fan des mangas. Je suis par contre gros amateur de films japonais, ou HK, avec leurs sons super amplifiés, leurs musiques. Si tu regardes des films HK, tu vas en reconnaître des samples de Kaly. Les dialogues avec des mecs qui sont jetés par la fenêtre avec des samouraïs, des ninjas, genre YAAAAYYAAAH ! (rires). J'aime les films asiat', ils ont des effets spéciaux sur les sons, se tapent des bons délires en passant de grosses reverbs sur les voix. Les français ne font pas ça, les américains un peu. Mais les films HK, des qu'il y a une scène de combat, il y a des reverbs de partout, des sons de phaser... J'aime vraiment utiliser ça.

 

 Pour les futurs lives  c'est assez proche du disque ? On a vu que Brain Damage allait réadapter totalement son dernier album pour la scène...

Stéphane : Non, on a  des morceaux que nous avons réadaptés pour la scène. Quand tu digères un disque que tu viens de boucler, il y a toujours des moments où tu te dis que telle ou telle partie pourrait être plus longue, plus profonde. Donc en live, on tente de le faire.

Thibault : Genre Ravmone.exe, on est en plein dessus là. Il est complexe, on ne l'a pas joué pour le moment, mais il va être bon.

Kaly Live...en Live.
Kaly Live...en Live.
Stéphane : Ce coté Venetian Snares, c'est pas très dansant. Le problème, c'est qu'en concert, les gens ont envie de danser, surtout à la fin d'un set, et là c'est trop rapide. Donc on essaie d'adapter pour que les morceaux soient dansants, qu'ils groovent, mais qu'il y ait quand même du Break. On a aussi See No Sense, qui part en Techno à la fin, on l'a bien réadapté. On essaie de réarranger certains morceaux, on rallonge les parties quand c'est bon, pour garder les poils levés plus longtemps ! (rires)

 

Vous allez tourner un peu à l'étranger ?

Stéphane : Là on va en Suède, à Montréal, et en Bosnie en Juillet. On a peut être aussi des échanges qui vont se faire avec des anglais. Et on a déjà surtout fait les coins Ouest de l'Europe, Belgique, Hollande, Allemagne, Suisse...

 

Le dub d'aujourd'hui, vous le voyez comment ?

Thibault : Niveau dub français ? Il a toujours eu la possibilité de s'ouvrir vers d'autre horizon. Mélanger les styles. C'est intéressant, mais il faut faire attention de ne pas trop se disperser et tomber dans une musique Patchwork, pour garder un peu l'identité du dub français. On ne pourra pas faire mieux que le mec qui fait du Rock depuis 15 ans. Il faut faire la musique que l'on sait faire et tâtonner vers d'autres gens dans le même temps.

Stéphane : Mais après, sur Kaly on n'a pas trop de barrières, juste que notre spécialité est d'avoir ce coté Dub. C'est ce qui fait l'identité Kaly. Mais on se mélange avec tout, on est hyper ouvert, on veut vraiment tester de nouvelles choses. La MAO par exemple. On a tous des Side-project très différents, et cela nourrit clairement la musique de Kaly, et sa diversité. On n'a donc jamais fait de disque trop uniforme, sauf sur Hydrophonic, mais c'était volontaire. On voulait faire un pavé un peu Dub-dark sur celui là.

 

La Question qui fâche : Quand on parle de "Dub", on est maintenant obligé de mettre "Step" après ? Que pensez-vous de la place prépondérante du Dubstep depuis deux ans ?

Thibault : Le Dubstep est assez régénérateur. Je trouve ça cool. Il y a une syncope nouvelle, une conception qui n'est pas propre au dub. Le problème, c'est justement que l'on commence à nous en servir à toutes les sauces. C'est la nouvelle Drum'n Bass en fait. Il y a 10 ans, il y avait des soirées Drum'n Bass de partout, et au bout d'un moment, cela devenait super rébarbatif, toujours pareil, toujours les mêmes lignes rytmiques. Il ne faudrait pas que le Dubstep tombe là dedans. C'est un système musical qui fonctionne super bien, mais la recette commence à être un peu trop déclinée. Enfin, c'est comme dans toutes les musiques, à partir du moment ou le mec se prend la tête pour sortir un univers personnel, ce sera toujours quelque chose d'intéressant.

 

Pour finir, un disque de Dub à conseiller, pour ceux qui ne connaissent pas forcément le genre ?

Stéphane : Pour ne pas avoir de racine Reggae, pour moi c'est vraiment Barbary de Ez3kiel. Il y a aussi un disque que j'aime beaucoup, c'est le disque Megaton Dub de Lee Perry, qui a une profondeur énorme.

Thibault : Moi je pense qu'il y a un album Dub qui a marqué beaucoup de groupe sur Lyon, c'est le Massive Attack remixé par Mad Professor, No Protection. Celui là, tu l'écoutes, tu prends pas mal de disques Dub, et tu te rends contre qu'il y a une vraie filiation. La scène Dub de Lyon s'est prise ce disque en pleine gueule. Tu le replaces avant notre premier disque, ou l'Opus Incertum de High Tone ; tu comprends pas mal de choses... Mad Professor a fait pas mal de trucs aux kilomètres, mais celui là, il est vraiment énorme...

Stéphane : Sinon pour parler dans un domaine plus large, il y a le Dummy de Portishead. Les rythmes lents lourds ne sont pas si éloignés du Dub. Le nouveau sort enfin d'ailleurs, j'ai écouté Machine gun, ce morceau est monumental.

 

Merci à Kaly Live Dub et Clair de 4Promo. "Fragments" sorti le 07 avril 2008.

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