Daft Punk ou l'art du contre-pied. Au départ, on attendait rien : le groupe nous sort un disque coup de poing, un véritable pavé dans la mare avec le monumental Homework, révolutionnaire pour l'électro française, autant d'un point de vue commercial que sonore d'ailleurs... Quelques années après, le monde est pendu aux lèvres des deux musiciens (qui se transforment en robots pour le coup) attendant un autre petit chef d'œuvre de techno crade : raté, ils nous sortent un album de disco pop house super propre, qui choquera tous les fans de la première heure. Puis calquent ce dernier sur un film d'animation japonais spécialement créé pour l'occasion. Les Daft Punk font le tour du monde, deviennent les musiciens français les plus célèbres de notre petite planète. On attend un album gigantesque, ambitieux, histoire d'asseoir leur suprématie : Il nous refourguent un album terne que l'on croirait enregistré dans un garage.
Apres dix ans d'arrêt, le groupe reprend les lives et sillonne le globe avec des concerts dantesques, de véritables fresques pyrotechniques, impressionnant autant les yeux que les oreilles. Tout le monde attend un dvd : on aura "simplement" un live sur disque, avec un livret photo censé pallier le manque d'image.
On a donc beau attendre le groupe quelque part, on le retrouvera toujours du coté opposé, pour le meilleur ou pour le pire. Pour Alive 2007, on ne pourra pas leur reprocher la qualité extreme du packaging dans sa version collector, superbe. Au milieu de deux disques, une trentaine de pages avec de très belles photos (c'est assez rare pour être signalé) orne ce boîtier qui épouse la forme d'un mini livre. Appréciable.
Tempovision

Daft Punk en liveLe live en lui même ? Il part d'une idée de base toute simple, et pourtant assez géniale en soi : les deux français ont pris tous les morceaux émaillant leur carrière, pour les désosser, les décortiquer, extraire les voix à gauche, empiler les lignes de claviers à droite, et laisser les rythmiques au milieu. Et devant ce joyeux foutoir, on reprend les éléments à pleine main, on les mélange, et on les empile comme des Legos, en essayant de faire cohabiter le rythme d'une piste du premier album avec les gimmicks du troisième. Une sorte de partouze jouissive entre Homework, Discovery et Human After All. Un bootleg fratricide, un best of passé au mixer. Le tout surplombé par les réactions du public qui se prend ça en pleine figure, en pleine liesse, renversé de voir cohabiter le tube Around The World avec le non moins marquant Harder Better Faster Stronger...
La grande surprise, qui était aussi la principale crainte de bon nombre de personnes, c'est que même des morceaux innommables comme Robot Rock se voient traiter d'une manière bien plus efficace, plus directe et plus jouissive, tout simplement. Là où ce dernier tirait dans la répétition et l'austérité désespérante sur l'album, il se retrouve en live bien dynamité et plus punchy entouré du sauvageon Oh Yeah. Le contraste est presque saisissant, même si ce titre n'est pas la transformation la plus flagrante que l'on pourra trouver dans cette galette.
Car s'il y a bien un moment qui illustre le concept à la perfection, c'est lors du collage Around The World - Harder Better Faster Stronger, le tout couvert par un clavier sorti dont ne sait où, qui donne un morceau absolument gigantesque (et judicieusement choisi pour accompagner la sortie de ce disque). Il faut le savoir, Around The World a pour moi toujours été le titre le plus fatiguant de Daft Punk, avec son sample joué en boucle jusqu'à overdose, pour un titre original très long (7 minutes !) loin de la convenue version Radio Edit. Mais ici, le premier gros tube des deux frenchies est transformé en véritable machine de guerre, doté d'une mélodie imparable et d'un son ultra fat, à faire trembler un immeuble entier. Imparable.
Autre refonte tenant presque du miracle : le couple Too Long - Steam Machine. Car transformer le popisant Too Long en morceau techno ravageur, il fallait le faire. Le synthé bien massif prend tout son temps pour se déplier, pilonné par les beats de Steam Machine et surplombé de la voix irrésistible de Romanthony. L'explosion qui survient après le long break planant est vécue comme une vraie libération, et l'on a qu'une envie, chavirer conjointement avec le public, qui nous nargue de ses hurlements à chaque grand moment. On prend un pied monumental avec ce titre, qui arrive à supplanter sans mal les versions originales. Et Too Long se tapera encore l'incruste, d'une façon plus légère, plus house, pour fricoter avec Burnin', a.k.a. LE meilleur titre des Daft pour moi, grâce à son rythme venu d'ailleurs, créant l'un des titres les plus entraînants de la musique électronique. Les grandes zébrures bruitistes de Burnin' sont aussi de la partie, histoire de nous faire comprendre que la vie, c'est quand même drôlement chouette, même si elle aurait été encore plus chouette si l'on avait pu vivre ça en direct.

Daft PunkIl ne sera alors même pas utile de préciser que le mélange entre One More Time (qui apparaît plusieurs fois au cours du live) et Aerodynamic, les deux cartons de Discovery, donnent un résultat dansant comme la mort, la guitare psyché du deuxième fracassant la house bubble-gum du premier. Quand au archi utilisé Da Funk, toujours aussi bandant malgré ses 12 ans d'âge (pas de blague douteuse, et Dieu sait que ce n'est pourtant pas l'envie qui m'en manque), se retrouve ici bien plus saccagé en étant accompagné du titre Daftendirekt. Inutile de souligner l'indispensable et traumatisant marathon du disque, sur plus de dix minutes, qui superpose et/ou enchaîne Prime Time of Your Life, Rollin&Scratchin, Brainwasher et Alive. Rave On.
House Music
Ceux qui ont eu la chance d'assister au live des Daft à Bercy le répètent à longueur de journée, LE moment du spectacle, c'était le rappel. Et ce rappel, cela tombe bien, est présent dans la version collector et seulement dans cette dernière, sur le deuxième disque. Ce rappel a surtout le bon goût, outre le fait de replâtrer à l'envie le slogan de One More Time, d'intégrer deux morceaux de la sphère « Daftpunkienne » : Together, de Thomas Bangalter, et le désormais incontournable Music Sound Better With You de Stardust, un groupe formé par Bangalter également (titre le plus vendu de l'electro frenchy avec Flat Beat de Mr Oizo). Et c'est là que pointe le seul défaut de cet Alive 2007. Ce rappel est géant, jouissif en diable, choisissant d'opérer façon grosse montée en puissance. Mais il manque une seule chose : le titre de Stardust n'est présent qu'en version instrumentale, et l'on n'aura pas l'orgasme d'entendre le fameux « OOOOUUUUUUUHHH BAAAAABBBYYY » libérateur, qui aurait fait littéralement chavirer la foule et poussé la moitié de la salle au suicide collectif. Impardonnable. Hérésie. Sacrilège.
Daft Punk a donc le bon goût de ne pas proposer un simple collier de morceaux sans passion. Même si le show semble très cadré, ne laissant que peu d'espace à l'improvisation, on s'amuse, on créé, on module à l'envie, on mélange et l'on découvre des facettes toutes nouvelles de certains morceaux. Pour le coup, Ableton Live fait des merveilles. Même les morceaux les plus fatigants du groupe se retrouvent secoués de la meilleure des manières. On se plait même à créer de nouveaux slogans en superposant les morceaux, entrelaçant leurs gimmicks pour accoucher de mini dialogues, façon « One more time - together - we're gonna celebrate » ou « Television rules the nation - Around the world »
Et c'est sur cette formidable propension à mélanger ses morceaux, à en tirer la substantielle sève, la plus jouissive, à effacer les accrocs pour n'en voler que le meilleur, afin de faire partouzer musicalement les meilleurs « bouts » de 30 de leurs morceaux que ce disque impressionne le plus. Car il en faut, du talent, de l'imagination, pour recréer de toute pièce des tubes à partir de hits parfois vieux de plus de dix ans, de morceaux cloués dans le patrimoine électronique mondial. La recette marche toujours autant : le live n'est qu'une succession de moments de bravoures, jamais redondant, toujours surprenant.
Les Daft Punk prouvent ici qu'ils sont toujours hors catégorie, en prenant pourtant le risque insensé de décocher, encore et toujours, les mêmes cartouches depuis le début de leur carrière. Car au final, même si l'on peut râler sur les directions de plus en plus opaques prisent par le groupe (un nouvel album n'est pas près d'arriver), si l'on peut pester de devoir bouffer, encore et encore, du Around The World, du Da Funk ou du One More Time, il y a un point où tout le monde devrait s'accorder, même pour les réfractaires du duo français :
On a là l'un des meilleurs live électronique qui puisse exister, dans sa forme, dans le traitement du son, dans sa manière d'agencer sa playlist et surtout dans son insupportable propension à nous rendre envieux, jaloux et agressifs envers ceux qui ont eut l'incroyable chance de voir tout ça en live à Bercy : Ils seront donc tués jusqu'au dernier.
Alive 2007 ? Un intelligent best of live bien jouissif.
Daft Punk - Alive 2007 CD 1
01. Robot Rock / Oh Yeah
02. Touch It (Busta Rhymes) / Technologic
03. Television Rules the Nation / Crescendolls
04. Too Long / Steam Machine
05. Around the World / Harder Better Faster Stronger
06. Burnin' / Too Long
07. Face To Face / Short Circuit
08. One More Time / Aerodynamic
09. Aerodynamic / Forget About the World (Gabrielle)
10. Prime Time of Your Life / Brainwasher / Rollin' & Scratchin' / Alive
11. Da Funk / Daftendirekt
12. Superheroes / Human After All / Rock'n Roll
Daft Punk - Alive 2007 CD 2
01. Human after All / Together (Bangalter & Falcon) / One More Time / Music Sounds Better With You (Stardust)
Dat' []

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