8/10La Canaille, le temps est à l'orage

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 09/03/2011
Notre verdict : 8/10 - Petit canaillou ! (Ecrivez votre critique)

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Par temps de rage est la chronique d'un rappeur sans cravate, ni paillettes qui cherche son indépendance en passant volontairement par l'autoproduction, ce qui permet au groupe de proposer un très bon album en ne tenant pas compte des frontières musicales.

Nous vous parlions, il y a peu, de cette étonnante rencontre entre le rock de Zone Libre et le rap de Casey avec Hamé ou B.James (voir les critiques de L'angle mort et de Les contes du chaos sur Krinein). Hasard du calendrier, voici le nouvel album de La Canaille, Par temps de rage, qui joue dans la même cour en osant sortir des sentiers musicaux battus et rebattus du rap commercial.

Salle des fêtes musicale

La musique de La Canaille est difficilement réductible à un seul et unique
Crédit photo : Louis David Najar
qualificatif. Elle bouge et change d'un titre à l'autre, épousant parfaitement les textes pour créer une multitude d'univers imbriqués les uns dans les autres. Les guitares sont certes très présentes, mais dans leurs envolées, elles croisent des scratchs, une contrebasse, une trompette et même une vielle à roue ! C'est ainsi que La Canaille se veut plutôt groovy sur J'ai faim, planant sur Le soulèvement aura lieu, plus incisif et abrasif sur Trop facile ou vaguement hindou-dub sur Salle des fêtes. On peut évoquer le Yann Tiersen d'Amélie Poulain sur La colère ! Et la meilleure chanson de l'album, Le dragon, montre que même une musique simple, quand elle est de qualité, peut se révéler indispensable à un titre où déjà le phrasé et les lyrics sont d'une grande qualité. Chaque titre, chaque texte est ainsi magnifié par ces écrins sonores.

Le soulèvement a déjà eu lieu

Il faut reconnaître un autre talent à La Canaille, celui d'écrire des textes qui font
Crédit photo : Louis David Najar
mouche, qu'ils évoquent l'histoire d'une femme abandonnée au dragon de la drogue ou qu'ils appellent au soulèvement des ventres creux, de ces bâtards, de ces rebuts, de ces déchets qu'on ne considère pas (Le soulèvement aura lieu). Évidemment, cette revendication, cette envie de soulèvement se cache en filigrane tout au long de Par temps de rage. La poésie de La Canaille est là pour rentrer dans le lard (Ma poésie ne se lave pas), mais pas seulement face à un gouvernement cible habituelle de toutes les critiques : La Canaille se bat aussi contre les personnes qui se réclament d'idéaux sans les suivre (Trop facile). Des personnes qui se réclament d'une identité au même titre que le gouvernement qu'elles critiquent : pour La Canaille, comme auparavant pour Brassens, les racines sont souvent plus synonyme d'immobilité que de liberté (L'eau monte). Sans se laisser aller à La colère, La Canaille sait prendre position !

Par temps de rage est la chronique d'une génération trentenaire, sans repères (La mise en je), mais surtout celle d'un rappeur sans cravate, ni paillettes (Ma ligne de mire) qui cherche son indépendance, quitte à jouer dans des Salles des fêtes. Une indépendance qui passe par l'autoproduction pour une fois choisie et qui permet au groupe de proposer un très bon album en dépassant les frontières.

La Canaille – Par temps de rage
01. J'ai faim
02. Le soulèvement aura lieu
03. Ma poésie ne se lave pas
04. Salle des fêtes
05. La mise en je
06. Le dragon
07. Trop facile
08. L'eau monte
09. Ma ligne de mire
10. Rapper en paix
11. Trois lettres
12. La colère

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