La guitare et la batterie résonnent encore entre mes oreilles et pourtant les deux artistes qui viennent de délivrer un morceau ultra énergique ne sont pas les White Stripes. Si la comparaison peut tenir sur ce point, il n'en existe aucune autre mis à part le bonheur procuré à l'écoute... The Black Keys sont deux : Dan Auerbach à la basse qui propose aussi son chant rauque et Patrick Carney à la batterie. C'est à Akron, dans l'Ohio, que les deux hommes d'une vingtaine d'années vont répéter pour offrir un magnifique spectacle à quiconque est en recherche d'un son rock blues minimaliste mais fabuleux. Auteurs de deux albums, The Black Keys sont avant tout des performers sur scène qui délivrent des prestations pleines d'énergie et de débordements suintants, souvent dans de petites salles. Dès les premiers instants, on regarde la pochette pour se demander si ce sont bien des petits « djeunz » qui sont à l'origine de ce son brillant et surtout cette voix particulière. Non ? Et pourtant c'est de l'authentique or en barre...
Un blues qui prend la clef des champs
Loin du blues classique, The Black Keys apportent une petite touche de nouveauté, ma foi fort agréable, dans un style qui a connu son heure de gloire durant les 60's. Première salve avec The Big Come Up composée de treize titres passés totalement inaperçus mais qui mériterait mieux. Les surprises vont bon train sur cet opus, tout en commençant par Busted, un titre rock blues énervé dégageant une super énergie et constituant une bonne entrée en matière même s'il manque un peu de consistance. Dans la continuité, Do the rump propose un blues sympathique avec une voix un brin retenue, bien que marquée par quelques onomatopées pas timides.
The Black Keys sont tellement authentiques qu'ils se précipitent un peu trop parfois. Les prises de I'll be your man n'ont pas dû être nombreuses en studio d'où un son assez rocailleux. Par contre, Countdown s'amuse à nous surprendre avec une rupture totale par rapport aux précédentes. Ca reste gentil et résonne un peu comme un morceau de country parfois... une impression pas désagréable mais pas super non plus.
L'intro de Breaks annonce un morceau très blues surtout qu'avec la voix trafiquée de Auerbach ceci passe fort bien. D'autant plus que le trio guitare/batterie/voix prend forme comme on le verra par la suite avec son refrain particulièrement accrocheur. Run me down est sans doute l'un des meilleurs morceaux de l'album offrant une grande place à l'instrumental. Leavin' trunk poursuit cette montée en puissance.
Heavy soul, avec l'intro tonitruante en batterie de Carney et son riff entre les paroles, marque un peu plus la très bonne symbiose existante entre les deux hommes. Cette folie douce se poursuit sur She said, she said. Impulsif au départ, Them eyes est un morceau maîtrisé ensuite, déchaîné pendant le refrain... Excellent ! Surtout quand la guitare répond à la batterie. A partir de cet instant c'est de la folie jusqu'à la fin...
Yearnin' c'est le tube de ce premier album ! Une véritable bombe qui montre de quoi sont vraiment capables les deux hommes. Dopés aux vitamines, les deux artistes se déchaînent à tous les niveaux pour offrir un titre bourré d'énergie bluesy. Enfin, emportés par cette tempête, ils finissent par Brooklyn Bound et 240 years before your time.
Album d'expérimentation où beaucoup de styles différents sont utilisés sans dégager de vraies trames, The Big Come Up montre l'émergence d'un groupe au talent certain mais pas encore totalement concrétisé. Cependant, il faut croire que l'expérience se gagne vite car c'est le cas dès le second album, Thickfreakness...
The Big Come Up
01. Busted
02. Do the rump
03. I'll be your man
04. Countdown
05. Breaks
06. Run me down
07. Leavin' trunk
08. Heavy soul
09. She said, she said
10. Them eyes
11. Yearnin'
12. Brooklyn bound
13. 240 years before your time
La réussite à la clef
Après la réussite critique du premier opus, The Black Keys devait nécessairement réussir à pondre un second album encore meilleur et c'est donc Thickfreakness qui le fut. Plus concis (onze titres) mais pétri de qualité, le pari est réussi, et ce dès le premier morceau au titre éponyme. La longue intro instrumentale avec un riff sympathique donne un bon morceau de blues mais le meilleur arrive déjà avec Hard row qui est sûrement le titre le plus abouti des Black Keys. La symbiose guitare/batterie/voix entrevue dans le premier album est parfaitement retranscrite jusqu'à devenir la marque de fabrique de l'album. Les emportements phoniques douloureux de Auerbach ne sont que pur plaisir et la touche blues reste persistante. Le refrain instrumental avec un gros riff et un final de feu ne peut que laisser suggérer un grand spectacle pour la suite.
Et Set you free ne dément pas à la règle. Accrocheur, ça part très vite, les accords sont plus constants et le « I wanna set you free » tel qu'il est délivré par le chanteur est incroyable après une telle débauche d'énergie, avant de finir sur une grosse batterie qui emporte tout sur son passage... Un feu d'artifice qui illustre bien pourquoi le groupe est présent sur de nombreuses BO de qualité comme celle de Rock Academy.
Midnight in her eyes constitue encore un grand moment de blues rock avec encore une histoire d'amour... Quels romantiques ! Et ça se finit toujours aussi mal dans le texte... Have love with travel repart sur les mêmes bases que Hard Row en un peu plus confus au niveau de l'instrumentation mais toujours aussi bon au émotionnellement, surtout quand Carney tape à tout va... et toujours Auerbach qui s'écorche, lui reste-t-il seulement un peu de voix pour s'exprimer à la fin d'un concert ?
Hurt like mine prend une trame plus classique et apparaît avec moins d'énergie, comme un intermède de bien courte durée au milieu de cette furie qui reprend inexorablement avec Everywhere I go. Son tambourin, son riff de guitare et son intro purement blues restent minimalistes. Cependant, la voix d'Auerbach poussée dans ses retranchements s'adapte bien et chamboule tout. Peu de paroles mais les plaintes douloureuses sont hautement perceptibles. No trust est un morceau basé uniquement sur un refrain dans lequel la batterie reste bien calme, Auerbach prend la vedette, le tout en maîtrise comme pour If you see me.
Hold me in your arms commence doucement pour s'accélérer progressivement. Arquée sur un refrain où la symbiose guitare/batterie est obtenue, une plus large place est donnée à l'instrumental d'une puissance extraordinaire et entraînante. I cry alone finit avec une place accordée au texte et à l'interprétation qui s'emporte peu à peu sur cette histoire d'amour avant que la guitare n'intervienne pour donner une touche encore un peu plus mélancolique et revoilà le chanteur qui n'en finit plus de s'époumonner... Que du bon !
Thickfreakness
01. Thickfreakness
02. Hard row
03. Set you free
04. Midnight in her eyes
05. Have love with travel
06. Hurt like mine
07. Everywhere I go
08. No trust
09. If you see me
10. Hold me in your arms
11. I cry alone
Si proche mais pourtant si loin des Whites Stripes, un petit groupe de blues rock commence à se faire un nom. Ils restent forcément à suivre car si leur musique ne cesse de s'améliorer, on ne pourra qu'en entendre parler plus. Tenez-vous prêt à ouvrir à nouveau la porte car un troisième album est en cours pour The Black Keys...
juro []

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