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titre: "Nirvana - Kurt Cobain : 15 ans déjà"
description: "Quinze ans déjà que Kurt Cobain s'est suicidé. Retour sur un groupe qui a toujours divisé la critique."
rubrique: "Musique"
type: "Dossier"
auteurs: ["nazonfly"]
date_publication: 2009-04-03
date_maj: 2009-04-04
note_lecteurs: "3.0/5 (219 votes)"
oeuvre: "Nirvana - Nevermind"
fiche_oeuvre: https://musique.krinein.com/oc/14320-nirvana-nevermind.md
url: https://musique.krinein.com/nirvana-kurt-cobain-15-ans-deja/
editeur: Krinein (https://www.krinein.com)
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# Nirvana - Kurt Cobain : 15 ans déjà

Quinze ans déjà que Kurt Cobain s'est suicidé. Retour sur un groupe qui a toujours divisé la critique.

Comme on célèbre plus souvent les morts que les vivants, Krinein n'échappe pas à la règle et vous propose, pour le quinzième anniversaire de la mort de Kurt Cobain, un dossier spécial Nirvana.

## **Depuis les rives boueuses de la Wishkah**

Aberdeen. Petite ville de 15000 âmes de l'Etat de Washington, quelque part au nord-ouest des Etats Unis. Une ville de « bûcherons beaufs » où les sapins verts et noirs côtoient d'un côté un ciel bas et nuageux et de l'autre des chemises à carreaux rouges et noires. C'est pourtant dans cette ville qu'une des dernières icônes rock va voir le jour : Kurt Donald Cobain le 20 février 1967.

Le premier virage dans la vie du jeune Cobain est sans doute le divorce de ses parents à l'aube de ses 8 ans. Dans ses interviews*, il donnera souvent cet événement comme la fin de la période réellement heureuse de sa vie. Et c'est aussi à cet âge-là que débutent ses premières attaques dépressives. Quelques mois avant sa mort, Kurt en voulait toujours à son père qui a abandonné son rôle de père, de modèle.

![Dumb, maybe just happy](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-nevermind-1.jpg) Dumb, maybe just happyPetit à petit, Kurt s'éloigne des autres enfants d'Aberdeen. Nerveux et compulsif, il souffre de scoliose et surtout de ces maux d'estomac qui le suivront toute sa vie. Son aspect chétif (un de ses auto-portrait de l'époque le représente en squelette), ses attitudes étranges pour les autres gamins le conduisent à être considéré comme un paria, quand il ne se fait pas battre. C'est ainsi qu'il se lie d'amitié avec un homosexuel, peut-être le seul à comprendre Cobain : être différent dans une communauté de bucherons n'est sans doute pas facile à vivre. C'est sûrement pendant cette période, au milieu de ces conducteurs de pickup, stupides et machos, que son aversion pour les gens en général s'est développée : dans *Dive*, il dit qu'il est vraiment très bon pour haïr. Sa vie décolle au lycée de Montesano. Il découvre le punk-rock et rencontre Buzz des Melvins, un groupe qu'il soutiendra au long de sa vie. Mais surtout c'est là qu'il rencontre Chris Novoselic, d'origine Croate, avec qui il monte Nirvana en 1986.

A la sortie de l'école, Kurt se lance dans quelques petits boulots qu'il ne conserve jamais longtemps, étant, de ses propres dires, une personne extrêmement paresseuse. Pendant cette période, il dort ici et là, sur des canapés, voire sous un pont à côté de la rivière Wishkah qui donnera son nom au live posthume.

## **Sous-pop délavée**

Son goût de la musique lui vient certainement de sa tante Mary qui lui offre sa première guitare, son premier ampli et des disques des Beatles à l'âge de 8-10 ans. Cette influence se mélangera ensuite à Black Sabbath ou au punk pour donner corps à la musique de Nirvana.

![Bleach](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-kurt-cobain-15-ans-deja-1.jpg) I'm so ugly cause today I shaved my headKurt déménage d'Aberdeen à Olympia, une ville avec une vraie scène rock, où les gens sont tournés vers la communauté et où tout le monde joue pour tout le monde. Pendant cette période, Kurt sorti avec Tracy, le genre de fille qui aime materner son petit copain : l'idéal pour Kurt. Il écrira pour elle la chanson *About a girl* et c'est elle qui prendra la photo de *Bleach.* C'est aussi l'époque où Nirvana, qui change souvent de batteur (Aaron Burckhard, Dale Crover puis Dave Foster ont tenu les fûts pour Nirvana, avant que Chad Channing ne s'installe plus durablement), commence à démarcher des labels et à envoyer cassettes et démos un peu partout, notamment à Touch and Go sur lequel se trouvaient tous les groupes préférés de Kurt : SST, Scratch Acid ou Butthole surfers. Mais c'est finalement le label Sub Pop qui accueille Nirvana et qui sort le single *Love Buzz/Cheese*. Un véritable choc pour le chanteur quand il l'entend à la radio ! D'après Kurt, Nirvana n'a, en effet, rien de spécial et véhicule la même rage que les autres groupes de la scène de Seattle. Le groupe a seulement réussi à être là au bon moment et à être sous le feu des projecteurs. Sur les conseils de Sub Pop, ils développent un son plus pop, moins en adéquation avec la scène mais plus dans ce que veut réellement Nirvana. Pourtant on ne peut pas dire que leur premier album, *Bleach*, sonne franchement pop. Certes les mélodies y sont présentes, comme sur *About a girl*, *Blew* ou *Scoff*, les riffs entêtants comme sur *Love Buzz*, reprise de Shocking blue (accessoirement auteurs de l'ultra hit *Venus*). Mais l'ensemble de l'album camoufle l'aspect pop sous des guitares crades comme sur *School* ou sur le démentiel *Negative creep*, et sous une voix crissante, rugissante (*Paper cuts*). On sent déjà les éléments qui constitueront Nirvana, mais la production fait passer, délibérément ou non, le punk devant la pop mélodique.  Au final, *Bleach* est un album plutôt jouissif, le pendant musical d'un film de zombie où les boyaux et le sang volent dans tous les sens. Un album qui vient directement des tripes du groupe et qui prend son auditoire au même endroit. Le petit groupe qui ne pensait jamais dépasser le stade de la démo s'engage sur une voix royale et destructrice.

## **Ca sent comme l'esprit de l'adolescence**

Après la sortie de *Bleach*, les majors feront les yeux doux au groupe de Seattle, bien qu'il ne se veuille pas se reconnaître de cette scène. Nirvana signe avec Geffen et Kurt entame la pire période de sa vie, souffrant de douleurs chroniques à l'estomac, notamment pendant la tournée européenne. D'après Cobain, c'est à cette période qu'il aurait commencé l'héroïne, pour calmer ses maux d'estomac.

![Nevermind](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-nevermind-2.jpg) I feel stupid and contagiousSous la tutelle de Geffen, Nirvana s'associe à Butch Vig (qui jouera plus tard dans Garbage) qui lissera le son de Nirvana, lui donnant une puissance médiatique que n'aurait jamais pu atteindre *Bleach* : *Nevermind* sort dans les bacs le 24 septembre 1991. Au cours de l'enregistrement, Nirvana change une nouvelle fois de batteur : Dale Foster joue une nouvelle fois les bouche-trous avant de laisser la place à Dave Grohl. La première chanson issue de l'album devient vite LA chanson de Nirvana, celle qui passe en boucle sur les ondes, celle que le public attend à tous les concerts, à tel point que Kurt en aura assez de la jouer, années après années. Qui peut oublier ce riff logé dans toutes les têtes, et ce clip où des *cheerleaders* au justaucorps frappé du signe de l'anarchie dansent tandis qu'un homme fait le ménage et que la foule des *teenagers* headbangue, slamme et pogote à tout va. Ce missile crée un raz de marée inarrêtable. D'autant plus qu'il s'accompagne quelques mois plus tard d'une deuxième salve  au refrain mémorable : *Come as you are* assoit Nirvana comme le groupe du début des années 90 et comme « l'illustration subliminale d'une société qui s'est foutue en l'air ». selon Kurt Le clip de *Come as you are*, le troisième de *Nevermind*, nous montre un Kurt aux cheveux rouges en train de se balancer sur un lustre, mais surtout reprend le thème de l'album avec un flingue qui flotte entre deux eaux, un billet au bout d'un hameçon et surtout des images d'ovules, de spermatozoïdes et de bébés.  L'enfantement : un thème cher à Cobain, que ce soit en musique, en peintures ou  en sculptures Est-ce à cause du côté crade de l'enfantement, comme le suggère Tracy, ou y a-t-il une raison plus profonde ? Peut-être que le regard qu'il a quand il parle de sa fille Frances est une piste de réponse. Mais ne sautons pas les étapes. Dans ce début des années 90, *Smells like Teen spirit* et *Come as you are* permettent à *Nevermind* d'entrer rapidement dans le classement des meilleurs albums de tous les temps même si la critique l'a parfois décrié : trop pop, trop punk... L'album est en fait tout simplement rempli de hits imparables : *In bloom* (dont le sujet est son meilleur pote Dylan du groupe Earth), *Lithium, ...* sont autant de bombes qui ne demandent qu'à exploser et symbolisent ce savant mélange punk/pop que les alchimistes de Nirvana ont réussi à créer. Mais l'aspect crade de *Bleach* n'a pas complètement disparu sous les doigts de Butch Vig : *Breed*, *Territorial pissings* ou la chanson cachée  (souvent appelée *Endless nameless*) qui clôt l'album retrouvent l'âpreté et la rugosité du premier album.

## **Elle continue de m'atteindre en plein coeur**

Kurt Cobain rencontre Courtney Love, dont le père est manager des Grateful Dead, à un concert à Portland. Pour le chanteur, elle est le type même de la fille punk, un véritable aimant qui attire les choses exceptionnelles. En 1992, il se marie avec Courtney Love et Nirvana lance *Incesticide*.

*![Incesticide](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-nevermind-3.jpg) I'm worse at what I do bestIncesticide* n'est pas un album à proprement parler puisqu'il s'agit d'une compilation de nouveaux titres (*Hairspray queen*, *Aero Zeppelin*), de reprises (*Molly's lips* et *Son of a gun*, reprises des Vaselines, ou *Turnaround* cover de Devo), d'enregistrements présents sur des singles (*Dive*, *Sliver*, *Stain*) ou des compilations (*Mexican seafood*, *Beeswax*). L'ensemble est d'une telle intensité qu'on a l'impression que Kurt n'a même pas le temps de reprendre son souffle : les reprises se voient passer au mixer punk. Seul le titre *Big long now* se démarque en imposant une sombre lourdeur qui n'est pas sans rappeler l'ambiance du meilleur du doom metal. S'il fallait un symbole à cet album, ce serait sûrement la chanson *Polly* issue de *Nevermind*, qui passe de trois à  moins de deux minutes avec un rythme très étonnant. A moins que *Son of a gun* des Vaselines qui se transforme en brûlot punk fasse office d'étendard de *lncesticide*. Pendant ce temps, la voix de Kurt râcle sur *Stain*, arrache les oreilles sur le très déstructuré *Hairspray queen* ou sombre dans le désespoir et la folie sur *Beeswax*. Après le son lissé, commercial (aïe le mot est lâché) de *Nevermind*, le groupe sort un album étonnant, sombre, violent et presque à l'opposé du précédent. Pourtant *Incesticide* est assez irrégulier puisque les hymnes (*Sliver*, *Dive*, *Aneurysm*) y côtoient des titres moins mémorables (*Mexican seafood*).

## **Je ne suis pas comme eux, mais je peux faire semblant**

*In utero*, troisième réel album de Nirvana, aurait dû s'appeler *I hate myself and I want to die*. L'ambiance est posée d'entrée. Cet album est peut-être celui qui reflète le plus les pensées de Kurt Cobain. Ainsi *Frances Farmer will have her revenge in Seattle* est un titre sur une des références de Cobain, une artiste des années 30/40 qui, trop en avance sur son temps, sera internée, violée et lobotomisée. Pour l'anecdote, Courtney Love portera une robe de l'artiste pour son mariage avec Kurt, et [Mylène Farmer](https://musique.krinein.com/biographie-mylene-farmer/) tient son pseudonyme de celle-ci.

![In utero](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-nevermind-4.jpg) I need an easy friendHanté par un article de *Vanity Fair*, Cobain se sent jugé 24h/24, notamment par les journalistes : les chansons *Radio friendly unit shifter*, *Serve the servants* et *Rape me* semblent avoir été créées en réaction aux rumeurs et commentaires des journalistes. *Pennyroyal tea* est à la fois une référence à la boisson aux vertues abortives et à la drogue. Musicalement l'album recèle quelques unes des plus belles réussites de Nirvana : *Rape me*, *Dumb*, *All apologies* ou encore *Heart-shaped box* dont le clip est l'un des plus aboutis du groupe. Réalisé par Anton Corbjin, photographe de nombres d'artistes de la scène rock et réalisateur du film [*Control*](https://cinema.krinein.com/oc/9606-control/) sur la vie de Ian Curtis de Joy Division, le clip présente une série d'images marquantes : un vieillard au bonnet de Père Noël (que Kurt aurait aimé voir jouer par Richard Burroughs) est cloué à une croix tandis qu'une petite fille en blanc et un ange obscène tentent d'attraper des foetus avec un filet à papillon. *In utero* se termine sur *All apologies*, autre morceau phare, mais qui résonne aujourd'hui comme les derniers mots de Cobain. Sur ce titre, il se pose la question de qui il aurait dû être et présente ses excuses.

Le 8 avril 1994, un électricien découvrit le corps de Kurt Cobain, un fusil sur la poitrine et une lettre d'adieu glissée sous un pot de fleurs. La police conclut à un suicide après l'absorption d'une forte dose d'héroïne. La date de la mort fut estimée au 4 avril 1994. Ainsi Kurt Donald Cobain rejoignit au firmament des rockeurs disparus trop tôt Jimi Hendrix et Jim Morrison.

## **Nirvana débranché**

La mort de Cobain bouleversera les choses, et notamment les rapports entre les autres membres du groupe et Courtney : il n'est jamais facile de gérer la succession d'un groupe au succès commercial aussi important.

![Unplugged](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-nevermind-5.jpg) My heart is broke, I have some glueQuelques albums posthumes connaissent la joie d'être édités en CD. Peu de temps après la mort du chanteur, c'est le célèbre *MTV Unplugged in New York*, enregistré en novembre 1993, qui atteint les bacs. L'idée de voir, et d'entendre, Nirvana en acoustique, et sur MTV qui plus est, peut sembler saugrenue. Pourtant l'aspect pop, voire folk de Nirvana ressort particulièrement sur cet album, sans doute l'un des meilleurs du groupe. La guitare et la batterie se placent en retrait de la voix de Cobain, troublante d'émotion et de sincérité. Chaque titre est complètement revisité, magnifié par le dénuement musical : *Come as you are*, *Dumb* ou *All apologies* touchent l'auditeur au plus profond de son coeur. Les clips accompagnant cet album montrent d'ailleurs le chanteur fragile, d'une sensibilité à fleur de peau.. Cet album est aussi pour Nirvana l'occasion de rendre hommage à quelques influences du groupe : David Bowie sur *The man who sold the world*, Meat Puppets sur *Plateau*, *Oh me* et *Lake of fire*, The Vaselines sur *Jesus doesn't want me for a sunbeam* ainsi que Leadbelly sur *Where did you sleep last night*, des chansons qui deviennent toutes magnifiques sous la patte de Nirvana. Bizarrement, ce *MTV Unplugged in New York* est le plus beau des témoignages que pouvait laisser le groupe, et montre, mais était-il besoin de le prouver, que Nirvana était un groupe extraordinaire.

![Muddy banks](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-nevermind-6.jpg) I love myself better than youDeux ans après l'Unplugged, c'est une toute autre facette du groupe qui est abordée avec le live *From the muddy banks of the wishkah*. Là où le précédent album faisait la part belle aux mélodies, à la douceur et à la sensibilité, le live est un condensé de rage, comme pouvait l'être le groupe sur scène. L'album débute d'ailleurs avec un hurlement de Cobain. Et s'il faut s'en convaincre, les deux versions très différentes de *Polly* montrent les deux côtés du groupe, entre pop et punk. L'album contient bien sûr tous les "tubes" du groupe, de *Smells like Teen Spirit* à *Heart-shaped box* en passant par *Negative creep* ou *Aneurysm*. Il est étonnant de voir que les deux facettes de Nirvana se complètent aussi bien et que le public a pu accueillir aussi facilement deux albums finalement très différents.

En 2002, sortira le *best of Nirvana*, sobrement doté d'une pochette noire barrée par un Nirvana argenté. Reprenant en 15 chansons la carrière de Nirvana, cet album sans originalité est peut-être une façon de mettre un pied dans l'univers du groupe. Mais après un album acoustique et un live, *Nirvana* n'apporte franchement rien au fan, si ce n'est un inédit dispensable (*You know you're right -* lire la [critique](https://musique.krinein.com/nirvana-nirvana/) de Val Lazare) .

![With the lights out](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-nevermind-7.jpg) I know a dirty wordDeux ans plus tard, nouvelle sortie avec *With the lights out* un coffret comprenant des démos, des versions rares et des enregistrements live du groupe.Cette box sera suivie en 2005 par *Sliver : the best of the box*, qui est, comme c'est indiqué, le meilleur du coffret de 2004, plus des inédits comme souvent. En 2006, Courtney Love vendra une partie de ses droits sur la musique de Nirvana en assurant que la mémoire du chanteur serait respectée. A ce jour, deux DVD sont sortis : *Live ! Tonight ! Sold out !!* et une version uncut de l'Unplugged à MTV. Mais, d'après les dires de Krist Novoselic, le marché ne devrait pas être inondé par une foule de raretés, d'inédits, et autres choses dispensables, puisque le groupe garde un droit de vision sur ce qui sort.

Courtney Love dévoile aussi [*Le journal de Kurt Cobain*](https://livres.krinein.com/journal-kurt-cobain/), un acte qui sera considéré par une certaine partie des fans du chanteur comme un viol postmortem perpétré par une veuve à la dèche. Certains iront même accuser Courtney d'avoir fait tuer Kurt, voire simplement de l'avoir poussé au suicide par de subtiles manipulations quotidiennes, alors qu'ils étaient en pleine procédure de divorce. Le reportage [*Kurt and Courtney*](https://cinema.krinein.com/kurt-courtney/) de Nick Broomfield tente difficilement de faire la part des choses sur ces rumeurs en interrogeant, entre autres, le père de Courtney Love, l'ex-petite amie de Kurt, son meilleur ami. Comme les morts d'Elvis Presley ou de Marilyn Monroe, la mort de Cobain restera sans doute l'objet de nombreuses théories, plus ou moins farfelues. Ce reportage peut-être complété par le film [*Kurt Cobain : About a son*](https://cinema.krinein.com/kurt-cobain-about-a/), réalisé par AJ Schnack et basé sur des entretiens qui ont eu lien entre Michael Azerrad et le chanteur entre décembre 1992 et mars 1993. Kurt Cobain y expose sa vie, ses espoirs et ses peurs comme rarement, même si la phrase d'ouverture comme de fermeture du film est : « Les gens n'ont pas besoin de tout savoir sur moi ».

Enfin il est important de mentionner [*Last days*](https://cinema.krinein.com/last-days/) de Gus Van Sant, qui suit d'une manière lente chère au réalisateur de [*Elephant*](https://cinema.krinein.com/elephant/) et *Gerry*, la vie d'un rockeur marginal et déboussolé. Un film inspiré par la vie de Cobain sans que le nom du chanteur y soit associé une seule fois. Une oeuvre bien étrange qu'on pourra trouver géniale ou chiante à mourir, sans avoir tort ou raison.

![Dave Grohl avec les Foo Fighters](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-nevermind-8.jpg) Dave Grohl avec les Foo FightersAprès la mort de Kurt Cobain, le groupe s'est forcément séparé avec des destinées particulières pour chacun d'entre eux. Dave Grohl est sans doute celui qui s'en est le mieux sorti puisqu'il y a monté Foo Fighters dans lequel le batteur de Nirvana s'est transformé en guitariste/chanteur. Il est aussi apparu en guest sur les albums de Nine Inch Nails, Queens of the Stone Age ou encore Killing Joke.

De son côté, Krist Novoselic a lui aussi continué sa carrière musicale avec moins de succès que Dave Grohl. Ses groupes Sweet 75, Eyes Adrift, No WTO Combo n'ont pas rencontré le succès commercial des Foo Fighters. Mais surtout il s'est surtout lancé dans la politique, un sujet qui le tient à coeur depuis de nombreuses années.

Courtney Love a sorti plusieurs albums avec Hole, *Pretty on the inside* (1991), le magnifique *Live through this* (1994), *My body, the hand grenade* (1997) et *Celebrity skin* (1998), ainsi que deux albums solo : [*America's sweetheart*](https://musique.krinein.com/love-america-sweetheart/)(2004) et *Nobody's daughter* (2009). Elle s'est lancée de façon éphémère dans le cinéma en jouant aux côtés de [Woody Harrelson](https://cinema.krinein.com/biographie-woody-harrelson/) dans *Larry Flint* (1996) de Milos Forman et de [Jim Carrey](https://cinema.krinein.com/biographie-jim-carrey/) dans *Man on the moon* (1999) toujours de Forman.

## **Tous seuls, nous ne sommes que tous seuls**

![Smile](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-nevermind-9.jpg) It's fun to lose and to pretendLa vie de Kurt Cobain semble être un gigantesque paradoxe, un mélange d'antagonismes. Dès son plus jeune âge, Kurt Cobain espérait devenir quelqu'un de connu quand il était très jeune, et il parvint de fait à devenir l'une des premières icônes MTV, l'embryon d'un Pete Doherty. Et pourtant dans le même temps il tentait de refuser toute compromission, de rejeter le *star system* sans parvenir à y réussir. Ce jeune garçon fauché, qui ne parvient pas à apparaître heureux même s'il l'est et qui dormait sous les ponts, finit par défiler en limousine. On peut imaginer que ce constant tiraillement entre les deux côtés de sa personnalité était plutôt difficile à vivre : Cobain ne digéra jamais le *« sucksess »*. Sa vie se termina de la même façon paradoxale : alors qu'il semblait émerveillé par la vision de sa petite fille, Frances, qu'il déclarait qu'il ne voulait pas l'abandonner comme il avait été abandonné par son père, il se suicide, délaissant sa petite fille. Il faut dire que les journalistes n'ont pas été tendres avec le couple Cobain/Love, accusant notamment cette dernière d'avoir consommé de la drogue pendant sa grossesse. Cobain a même plusieurs fois envisagé de tout abandonner sous la pression des journalistes, voire de se venger d'eux. Ce sujet semble avoir particulièrement marqué le chanteur qui considère les journalistes comme «* the most bitter people* », qui rebaptise le magazine NME en *« enemic »* et MTV en *« eMptyTV »*. Finalement, Kurt Cobain était comme ces tortues dont il était obsédé au point de faire de grands bacs à sable au milieu de son appartement : on les croit solides parce qu'elles ont une carapace, mais en vérité leur carapace ne les protège pas beaucoup, les encombre énormémement et elles ne peuvent vivre sans cette carapace.

Le paradoxe de la vie de Cobain se retrouve dans la musique de Nirvana qu'il qualifiait d'heavy metal rock mâtiné de punk, mais dont les influences pop sont indéniables. « Nirvana n'arrive pas à savoir s'il veut être punk ou R.E.M. » sera même écrit dans Le journal de Kurt Cobain. Cet antagonisme se retrouve dans l'enchaînement des albums. Au son crade de *Bleach* succède le plus accessible *Nevermind*, à *Incesticide* succède *In utero*, et au live acoustique pour MTV succède un live représentant peut-être plus la réalité du groupe, entre hurlements et destruction des instruments. Nirvana sera décrié par certaines, adulé par d'autres pour cette attitude punk qui peut paraître feinte. Le débat sur le groupe se poursuit toujours dans les cercles musicaux : Cobain était-il un piètre guitariste grattant des guitares japonaises de mauvaise qualité, ou réussissait-il, au contraire, à faire passer une émotion avec un jeu pas forcément développé ? D'après Krist Novoselic, Kurt Cobain, le gaucher, n'a jamais su jouer plus de 10 chansons qui n'étaient pas les siennes, mais avait cette capacité de faire des choses originales parce qu'il était en dehors de la boîte. Finalement le débat sur la musique de Cobain et Nirvana rejoint les questionnements philosophiques sur l'art et la technique. Cobain était un artiste, dans tous les sens du terme.

![Un rebelle à la Nouvelle Star](https://imagesarticles.krinein.com/small/8686-nirvana-kurt-cobain-15-ans-deja-1.jpg) Un rebelle à la Nouvelle StarL'influence du groupe, par contre, est indéniable. Une génération de gamins a grandi sur les accords de *Smells like Teen Spirit*, une génération qui, d'après Cobain, n'était plus aussi innocente que les précédentes à cause de la télévision. Mais les gamins n'ont pas été les seuls touchés par la musique de Nirvana. Ainsi on a pu découvrir des artistes aussi importants que Patti Smith, Tricky, Fear Factory ou Tori Amos reprendre des titres du groupe de Seattle : quelle fabuleuse reprise que celle de *Smells like Teen Spirit* par la voix douce et le piano mélancolique de la fabuleuse rousse.

Nirvana est aujourd'hui intégré, avalé par la culture populaire, à tel point qu'on en voit même des reprises à la [*Star Academy*](https://television.krinein.com/star-academy-8/) ou à la [*Nouvelle Star*](https://television.krinein.com/nouvelle-star-2008/), par des rebelles à mèche. Cobain voulait intégrer la machine pour la faire exploser de l'intérieur, mais c'est finalement la machine qui l'a avalé, détruisant son âme pour ne garder que l'apparence.

## **Notation détaillée**

*Bleach* : 8/10 *Nevermind* : 9,5/10 *Incesticide* : 7/10 *In utero* : 9/10 *MTV Unplugged in New York* : 9/10 *From the muddy banks of the wishkah* : 7/10 *Nirvana* : 5/10 *With the lights out* : non noté *Sliver : The best of the box* : non noté

## **Discographie**

*Bleach (1989)*

01\. Blew 02. Floyd the barber 03. About a girl 04. School 05. Love buzz 06. Paper cuts 07. Negative creep 08. Scoff 09. Swap meet 10. Mr. Moustache 11. Sifting 12. Big cheese 13. Downer

*Nevermind (1991)* 01. Smells like Teen Spirit 02. In bloom 03. Come as you are 04. Breed 05. Lithium 06. Polly 07. Territorial pissings 08. Drain you 09. Lounge act 10. Stay away 11. On a plain 12. Something in the way

*Incesticide (1992)* 01. Dive 02. Sliver 03. Stain 04. Been a Son 05. Turnaround 06. Molly's Lips 07. Son of a Gun 08. (New Wave) Polly 09. Beeswax 10. Downer 11. Mexican Seafood 12. Hairspray Queen 13. Aero Zeppelin 14. Big Long Now 15. Aneurysm

*In utero (1993)* 01. Serve the Servants 02. Scentless Apprentice 03. Heart-Shaped Box 04. Rape me 05. Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle 06. Dumb 07. Very Ape 08. Milk It 09. Pennyroyal Tea 10. Radio friendly unit shifter 11. Tourette's 12. All Apologies 13. Gallons of Rubbing Alcohol Flow Through the Strip

*MTV Unplugged in New York (1994)* 01. About A Girl 02. Come As You Are 03. Jesus Doesn't Want Me For A Sunbeam 04. The Man Who Sold The World 05. Pennyroyal Tea 06. Dumb 07. Polly 08. On A Plain 09. Something On The Way 10. Plateau 11. Oh Me 12. Lake Of Fire 13. All Apologies 14. Where Did You Sleep Last Night

*From the muddy banks of the wishkah (1996)* 01. Intro 02. School 03. Drain you 04. Aneurysm 05. Smells Like Teen Spirit 06. Been a Son 07. Lithium 08. Sliver 09. Spank Thru 10. Scentless Apprentice 11. Heart-Shaped Box 12. Milk It 13. Negative Creep 14. Polly 15. Breed 16. Tourette's 17. Blew

*Nirvana (2002)* 01. You Know You're Right 02. About a Girl 03. Been a Son 04. Sliver 05. Smells Like Teen Spirit 06. Come as You Are 07. Lithium 08. In Bloom 09. Heart-Shaped Box 10. Pennyroyal Tea 11. Rape Me 12. Dumb 13. All Apologies 14. The Man Who Sold the World 15. Where Did You Sleep Last Night (Unplugged)

*With the lights out (2004)* Disc 1 01. Heartbreaker 02. Anorexorcist 03. White Lace and Strange 04. Help Me, I'm Hungry (aka Vendettagainst) 05. Mrs. Butterworth 06. If You Must 07. Pen Cap Chew 08. Downer 09. Floyd the Barber 10. Raunchola (aka Erectum)/ Moby Dick 11. Beans 12. Don't Want it All (aka Seed) 13. Clean Up Before She Comes 14. Polly 15. About a Girl 16. Blandest 17. Dive 18. They Hung Him on a Cross 19. Grey Goose 20. Ain't It a Shame 21. Token Eastern Song 22. Even in His Youth 23. Polly

Disc 2 01. Opinion 02. Lithium 03. Been a Son 04. Sliver 05. Where Did You Sleep Last Night 06. Pay to Play (early version of Stay Away) 07. Here She Comes Now 08. Drain You 09. Aneurysm 10. Smells Like Teen Spirit 11. Breed 12. Verse Chorus Verse 13. Old Age 14. Endless, Nameless 15. Dumb 16. D-7 17. Oh, the Guilt 18. Curmudgeon 19. Return of the Rat 20. Smells Like Teen Spirit

Disc 3 01. Rape Me 02. Rape Me 03. Scentless Apprentice 04. Heart-Shaped Box 05. I Hate Myself and Want to Die 06. Milk It 07. Moist Vagina (aka. MV) 08. Gallons of Rubbing Alcohol Flow Through the Strip 09. The Other Improv 10. Serve the Servants 11. Very Ape 12. Pennyroyal Tea 13. Marigold 14. Sappy 15. Jesus Doesn't Want Me for a Sunbeam 16. Do Re Mi 17. You Know You're Right 18. All Apologies

Disc 4: DVD 01. Love Buzz 02. Scoff 03. About a Girl 04. Big Long Now 05. Immigrant Song 06. Spank Thru 07. Hairspray Queen 08. School 09. Mr. Moustache 10. Big Cheese 11. Sappy 12. In Bloom 13. School 14. Love Buzz 15. Pennyroyal Tea 16. Smells Like Teen Spirit 17. Territorial Pissings 18. Jesus Doesn't Want Me for a Sunbeam 19. Talk to Me 20. Seasons in the Sun

*Sliver : the best of the box (2006)* 01. Spank Thru 02. Heartbreaker 03. Mrs. Butterworth 04. Floyd the Barber 05. Clean Up Before She Comes 06. About a Girl 07. Blandest 08. Ain't It a Shame 09. Sappy 10. Opinion 11. Lithium 12. Sliver 13. Smells Like Teen Spirit 14. Come as You Are 15. Old Age 16. Oh, the Guilt 17. Rape Me 18. Rape Me 19. Heart-Shaped Box 20. Do Re Mi 21. You Know You're Right 22. All Apologies - 3:33

\* Cette rétrospective s'appuie en partie sur le documentaire *Kurt and Courtney* (1998) de Nick Broomfield, sur le film *About a son* (2008) de AJ Schnack et sur le livre *Le journal de Kurt Cobain*.

## Fiche technique : Nirvana - Nevermind

- Groupe : Nirvana
- Musiciens : Kurt Cobain, Dave Grohl, Chris Novoselic
- Maison de disques : Geffen
- Producteurs : Butch Vig, Andy Wallace
- Durée : 60 minutes
- Style : Grunge
- Genre : Rock
- Date de sortie : 24/09/1991
- Fiche de l'œuvre sur Krinein : https://musique.krinein.com/oc/14320-nirvana-nevermind.md

## Liens

- [Critique livre : Le journal de Kurt Cobain](https://livres.krinein.com/journal-kurt-cobain/)
- [Critique cinéma : Kurt & Courtney](https://cinema.krinein.com/kurt-courtney/)
- [Critique BD : Godspeed, une vie de Kurt Cobain](https://bd.krinein.com/godspeed-vie-kurt-cobain/)
- [Critique cinéma : Kurt Cobain, about a son](https://cinema.krinein.com/kurt-cobain-about-a/)
- [Critique cinéma : Last days](https://cinema.krinein.com/last-days/)
- [Réédition de Nevermind pour le 20ème anniversaire de sa sortie](https://musique.krinein.com/reedition-nevermind-20eme-anniversaire-sortie/)
- [Nirvana - Live at Reading](https://musique.krinein.com/nirvana-live-at-reading/)
- [Nirvana - Nirvana](https://musique.krinein.com/nirvana-nirvana/)

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*Dossier publié par Krinein, magazine culturel francophone. Version HTML : https://musique.krinein.com/nirvana-kurt-cobain-15-ans-deja/*
