A la Fête de l'Huma 2026, de la poussière et du son
La Fête de l'Huma, édition 2026 s'est terminée ce weekend. L'occasion de revenir, tête reposée, sur trois jours de concerts.
C'est bon, nous sommes bien rentrés, les cheveux lavés et les vêtements enfin débarrassés de ces tonnes de poussière accumulées au cours de ces trois derniers jours, il est temps de revenir sur cette fête de l'Huma. La première pour l'auteur de ces lignes qui a pu découvrir les (très) nombreux stands, mais aussi des lieux de conférence passionnants. Mais ici, nous allons avant tout parler des concerts.
Commençons par le vendredi où les différents trains, RER, navettes et interminables files d'attente ont eu raison d'une bonne partie de la journée. Mais nous avons tout de même pu assister à ce qui était certainement le meilleur concert de ces trois jours : Kneecap.
Un vendredi vert-blanc-orange
Les rappeurs irlandais aux sonorités très électro avaient provoqué malgré eux une polémique il y a quelques mois, lorsque leur soutien affiché à la cause palestinienne n'avait pas été appréciée par la région Île-de-France, ce qui avait valu un coup sur les doigts à Rock-en-Seine.
Ici, à l'Huma, ils étaient en terrain conquis, et leur show a été marqué par de nombreuses prises de parole très politiques, et même d'une intervention d'une membre de l'association Maison de la Palestine.
Côté musique, les premiers morceaux déjà très engageants n'étaient rien par rapport à ce qui nous a été réservés pour la fin. Le trio a commencé assez doucement avec Eire go Deo, puis Smugglers & Scholars, deux morceaux qui ouvrent leur dernier album, Fenian, paru quelques mois auparavant.
Puis les titres se sont enchaînés dans une ambiance toujours plus folle, et le public a rapidement compris que Kneecap n'était pas là pour trier les lentilles. Un Mo Chara déchaîné a hurlé au public d'ouvrir la fosse au milieu "OUVREZ LE PIT" criait-il dans un français approximatif, ou en anglais avec un accent à couper au couteau.
Sur Liars Tale, Fenian ou Big Bad Mo, les pogos se sont enchaînés dans une ambiance folle, jusqu'à ce que DJ Próvaí, puis Mo Chara lui-même, descendent dans le public devant le regard médusé du service de sécurité.
Kneecap n'aura pas déçu avec un concert explosif et pourtant sans artifices car l'ensemble du show reposait sur la performance du trio, investi à 200 % pour un public qu'ils savaient acquis à leur cause.
Une fois la poussière retombée, il est temps de reprendre ses esprits, de vérifier si ces douleurs sur tout le corps ne sont que des bleus, et d'aller jeter un oeil à l'autre concert de la soirée : Danyl. Faisons vite, le show n'était pas passionnant et ce n'est qu'au dernier morceau, le tube Brouillon, que le public a commencé à se réveiller. A croire que beaucoup n'étaient venus que pour ce titre. N'étant pas connaisseur du bonhomme, mieux vaut réserver son énergie pour la journée du samedi.
Samedi, entre rap et punk
Le lendemain a commencé de manière avec un concert d'Oxmo Puccino. Le "rappeur de l'amour" a fourni un show solide, avec certains de ses tubes comme 365 jours ou Plus loin que soi. Le temps d'une chanson, Ne pas m'aimer, il a même fait venir son comparse MC Solaar pour notre plus grand plaisir.
Vêtu d'un costume blanc et d'un chapeau, le rappeur respire la classe. Lors de ses parfois longues prises de paroles entre deux morceaux, à la limite du discours de prêcheur, tout le public est suspendu à ses lèvres et à sa voix caverneuse et inimitable.
Toujours dans cette idée de classe infinie, Oxmo a passé un long moment à présenter ses musiciens, son équipe, y compris les techniciens, et a laissé faire son DJ, MrViktor, nous proposer un set impressionnant fait de scratchs et de samples à n'en plus finir.
Nous ressortons le sourire aux lèvres, avec un grand bol d'optimisme en l'humanité, idéal pour cette fête qui se veut avant tout rassembleuse.

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En revanche, le reste de la journée fut beaucoup plus vitaminée avec la grande découverte de ce festival : Théa. Découverte pour les vieilles personnes trentenaires comme l'auteur de ces lignes, mais pas pour une grande partie du public. Devant plusieurs dizaines de milliers de personnes, la jeune femme arrive en hurlant, saute partout et déploie une énergie impressionnante qui ne semble jamais pouvoir se tarir.
Avec Anxiolitiques ou Guillotine, elle enflamme le public qui, pour une bonne partie, connaît ses refrains par cœur. Si les chansons tournent souvent autour d'histoires d'amour, de sexe et de drogue, d'autres sont bien plus engagées et bien adaptées à l'événement. Entre l'énorme drapeau trans déployé, les appels à défendre les Palestiniens et les champs anti-fascistes, Théa sait parfaitement où elle met les pieds (dans la gueule, oui), et elle le revendique.
Elle déclenche même plusieurs pogos devant la scène dans une énergie communicative qui fait du bien. Ceux qui attendaient une Avril Lavigne bis, avec du rose flashy, du noir et des paillettes seront bien déçus, car Théa a beau apprécier le vocoder et les beats électros, c'est avant tout un concert de gros punk mâtiné de métal auquel nous assistons.
Rebeka Warrior, connue notamment pour Sexy Suhi, montera sur scène avec elle le temps de deux chansons. Et après une courte accalmie, le public passe le reste du concert à pogoter et à danser devant une chanteuse déchaînée, sacrément contente d'être là et qui donne tout.
Avouons-le, le reste de la journée fut moins assidû malgré les stars présentes. Arrivés à la fin du concert d'UB40, le Falling in love with you semble s'éteindre dans l'indifférence générale, puis c'est au tour de Suzanne. Un show millimétré, avec beaucoup d'effets de lumières et des projections, des danseurs. Le tout est pratique à suivre de loin sur les grands écrans, mais malgré les tubes entraînants Champagne ou Virile, rien de bien palpitant à se mettre sous la dent. Peut-être que la chanteuse serait à découvrir dans un autre contexte.
En revanche, la suite est plus dynamique avec Kill the princess. Un groupe de punk composé uniquement de femmes qui s'amusent à foutre un joyeux bordel avec des morceaux courts et percutants. La voix rauque de la chanteuse s'accorde parfaitement avec une musique un peu à l'ancienne, faite de riffs bien gras et de rythmes entraînants. Devant la scène Inter 92, plus petite que les autres, c'est une belle ambiance enfiévrée qui se déploie. Parfait pour finir la journée bien rincés !
Un dimanche avec le roi
Malheureusement, des impératifs nous obligent à écourter la journée du dimanche, et nous ne verrons donc ni Louane, ni Soprano, les deux têtes d'affiche. Le chagrin n'est, avouons-le, pas vraiment là, car ils sont remplacés par bien mieux : les Wampas, qui vont tenter de répondre à la question : peut-on s'éclater sur du punk dansant en début d'après-midi après trois jours de festival ?
La réponse est évidemment oui. En effet, les détracteurs diront qu'ils font la même chose depuis les années 80, que leurs chansons sont quasi-toutes interchangeables, que la voix de Didier Wampas est horrible, et que la totalité de leurs morceaux tiennent en trois accords. Ce à quoi les défenseurs répondront : oui. Et alors ?

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Pour Didier Wampas (qui est évidemment le roi), comme à son habitude, le concept de scène est bien abstrait, puisqu'il passera la quasi totalité du set dans le public. Soit assis sur une chaise porté par les spectateurs, soit en gambadant gaiement, un tuyau d'arrosage à la main, soit dans la fosse devant la scène à grimper partout. Le service d'ordre avait l'air d'accepter cet état de fait, comme la plupart des gens dans le public, en tout cas pour ceux qui avaient déjà vu l'énergumène.
Côté chanson, on retiendra les tubes comme Manu Chao, Les bottes rouges, ou même le tendre et magnifique Rimini. On se sera bien éclaté dans les pogos en riant et sans se poser de questions. Même si les Wampas n'oublient pas où ils sont : avec Ouvrier, ils rappellent leurs origines modestes. Et Didier dira même du public après un pogo dantesque : "vous êtes supers, mieux qu'au Hellfest. Y a moins de fachos."
Il est malheureusement temps de quitter la Fête de l'Huma, non sans avoir fait un détour chez un groupe qui résume à lui seul l'esprit du festival : Planète Boom Boom. Si vous avez déjà chanté et dansé en manif, vous apprécierez l'électro dément qui emprunte beaucoup aux slogans contestataires. Avantage : vous n'avez qu'à écouter 30 secondes pour pouvoir scander les refrains en cœur. Inconvénient : ça s'agite pas mal en toute fin de festival et il faut déjà partir. Mais à refaire une prochaine fois évidemment !





