7.5/10The Watanabes - There Are Ghosts Around Here

/ Critique - écrit par Dat', le 02/07/2009
Notre verdict : 7.5/10 - Everyone I Went to High School With is Dead (Ecrivez votre critique)

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Les Watanabes reviennent avec un nouvel EP, croquant la vie de gaijin à Tokyo à l'aide de mélodies naturelles et refrains imparables. Pop anglaise noyée dans la mégalopole nippone.

Gaijin. Celui qui se tient, raide comme un piquet, sur la droite d’un escalator. Qui reste planté devant une carte du métro pendant des heures. Qui achète de la lessive en pensant prendre un paquet de gâteau. Qui salope les rues de Roppongi en rendant ses derniers litres de bière. Qui change de restaurant jusqu’à trouver un menu avec des images. Qui tente de mener une vie tranquille, installé et intégré depuis 10 ans dans le même quartier. Un mot, une boutade, une caresse, un compliment, une insulte, une définition qui en englobe mille.

Le paysage musical japonais, et particulièrement tokyoïte, ne se limite pas aux Koda Kumi aguicheuses, aux groupes de hardcore hystériques et aux expérimentations merzbow-iennes. Car des étrangers débarquent souvent dans la mégalopole avec un tout autre objectif que de s’enfiler du sushi au kilomètre. Une guitare à la main, un sampler dans l’autre. Il est facile de jouer en live à Tokyo. De trouver une salle, de se confronter au public, de se bruler la rétine face à un projecteur. Des concerts dans toutes les rues, des brochettes de groupes prêts à en découdre 7 jours sur 7. On est loin de la nécrose effarante s’emparant des villes françaises. Les gaijins, après s’être délicieusement perdus dans Tokyo, se cherchent, se croisent, et tissent des liens avec leurs congénères.

Les Watanabes se sont trouvés il y quelques années, brassage de nationalités, entre Anglais, Neo-zélandais, Suédois et Belge. Apres un premier album sympathique mais encore bancal, Ils ont bourlingué de petites salles en petites salles, de zones crades de Shinjuku aux lumières frénétiques de Shibuya, entre deux formations japonaises.  Ca trime dur pour finir par se faire repérer par la BBC, et être sélectionné, par deux fois, par l’une des deux principales parutions anglophones du pays, Japanzine, histoire de préfigurer dans leurs compilations Gaijin Sounds. Logique, les Watanabes font du rock de Gaijin.

I want to go inside the molecule girl of a rainbow girl

2 ans pour rouler leur bosse et affiner la production, c’est ce qu’il a surement fallu  à photo : Selwyn Walsh
photo : Aaron Jenkin
la formation pour sortir un nouvel EP, enrichi de la présence d’un clavier et d’une guitare électrique beaucoup plus présente. Mais les membres sont toujours perdus dans ce brouillard inhérent à la vie tokyoïte, entre découvertes, incompréhensions, émerveillement, mélancolie. Et toujours cette présence de l’absente, de l’amour annihilé mais impossible à oublier, semblant parasiter gestes et pensées du quotidien. La dame fantôme qui se trouvait être le fil rouge du premier album, et qui semble toujours tirer le groupe dans une même direction.

Hot Water Hills est d’ailleurs la chanson la plus réussie de cet EP (le magazine suscité ne s’y est pas trompé) : parfait petit morceau pop, entre lignes de guitares limpides, chant posé et nappes de synthés ambiant. Mais c’est surtout dans la science de la mélodie et des refrains que les Watanabes se démarquent. Pondre un truc qui va se chanter sous la douche, se siffler au boulot, se fredonner en attendant de croiser la belle demoiselle saillant le rayon légumes tous les jours, à la même heure. Le meilleur des ingrédients restant ces notes de gratte cristallines, lâchées tout au long du morceau, et portant complètement ce dernier. On pense à des groupes comme Travis, construisant une mélodie imparable avec pas grand chose, sans grandiloquence ni pleurnicherie.

L’autre côté de cet EP est à l'image du plus frontal et amusant Love Princess, qui traine sur le web depuis déjà quelques temps (mais heureusement entièrement refaite pour l'occasion). Plus fédérateur aussi, il s’adresse à deux publics : les gaijins eux même, en jouant avec le registre des étrangers perdus dans la campagne japonaise, permettant à tous ceux ayant posé un pied là-bas de s’identifier facilement aux situations décrites ; de l'autre, faire marrer les japonais, évidemment, en exposant ces gaffes presque inévitables. "When I arrived in my town they said : There’s a super down the road ansd it’s not too far. / It took 2 hours by train, another hour by car"  "And now i can read a menu / well at least the first page / And now i understand that people don’t mean to be dicks when they say with a patronising smile that i’m good with chopsticks / I have grown to love the love princess / I just wish i had more success / with the opposite sex / Or if i was gay, with the same sex." Le groupe s’essaye même au chant japonais sur Ikebana With Kana, avec le même succès sur la clarté du tout, très pop anglaise, couplée avec le découpage particulier du parler nippon.

Photo : Selwyn Walsh
Photo : Marcus Lovitt
Le seul grief que l’on pourrait trouver à ces compositions (si l‘on adhère évidemment au style), c’est de rester sur terre. Les mélopées sont là, sont belles, sont incontestables, mais n’ont parfois pas la place de s’éteindre, de nous enjôler, de nous transporter. Elles nous effleurent, puis se retirent. Le parfait exemple pour illustrer cela, c’est justement dans le meilleur titre du groupe qu’on le trouve. On aurait aimé entendre, dans ce Hot Water Hills, la guitare partir seule, la litanie se dérouler. Aguicher la colonne vertébrale, tenter l’ascension, flirter avec les nuages. La mélodie est là, le boulot était fait, il suffisait juste de l’étendre, de la déployer, de lui octroyer quelques minutes de plus. On aurait aimé entendre un violon perler, des chœurs habiller le tout. Espérons qu’après leur petite tournée en Angleterre, ils s'autoriserons à expérimenter dans la voie de la belle mélodie virale.

En attendant, le groupe va surement poursuivre son développement (le fossé est déjà énorme entre le premier album et ce nouvel EP), égratigner les salles tokyoites, entre deux restaurant de ramens, regardant du coin de l’œil des mini-jupes virevoltantes en pensant à un amour perdu. S’étouffer dans des métros bondés, s’enrichir au grès des rencontres... et surtout, continuer de se perdre dans cette ville gargantuesque. Tout cela semble etre la formule magique pour accoucher d'une pop anglo-japonaise aux chansons s'agrippant au cortex toute une journée.

 

The Watanabes - There Are Ghosts Around Here
1. Hot Water Hills
2. Love Princess
3. Katsudon
4. Ikebana With Kana

 

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