9/10Vieilles Charrues - 23/07/2006

/ Critique - écrit par Filipe, le 07/10/2006
Notre verdict : 9/10 - Bon anniversaire ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 7 minute(s) - 1 réaction

Après trois jours de spectacles en tous genres, à mi-chemin entre rock et variété, cette quinzième édition des Vieilles Charrues nous réserve le meilleur pour la fin. Au programme : les Pixies, Dionysos, Olivia Ruiz, Julien Clerc, Bumcello, Tracy Chapman et bien d'autres encore. Il y a là matière à se dépenser. Les vacances ne sont plus très loin, le soleil est au rendez-vous, la bonne humeur est de mise.

Et sous une telle chaleur, rien de tel qu'un accueil au son du reggae. Aux manettes, Messieurs Winston McAnuff et Camille Bazbaz. La star et son plus grand fan. Leur complicité musicale ne fait aucun doute depuis bien longtemps. Le succès de leur album A Drop est là pour en témoigner. Sur scène, maître et disciple n'ont qu'une seule idée en tête, un seul maître mot : se faire plaisir. Et leur plaisir fait plaisir à voir. Ensemble, ils livrent un subtil mélange de reggae, de soul, de funk et de jazz. La vitalité dont Winston fait preuve est un ravissement pour le public. L'application dont fait preuve son cadet est tout aussi appréciable. Ces deux-là aiment la Musique et ne s'en cachent pas. Difficile de résister à une telle générosité, une telle chaleur humaine. Au milieu d'une foule qui enfle à vue d'oeil, nous sommes les témoins privilégiés de quelques belles scènes de joie. Leur prestation est applaudie à sa juste valeur.

La transition est rapide, pas le temps de souffler. Da Silva pose le pied sur Glenmor, la plus grande scène de ce Festival. Au même moment, les scandinoslaves de Primal Punks font leur apparition à l'autre bout du site. La chaleur nous incite à nous allonger calmement et à privilégier le set de Da Silva, qui sur le papier s'annonce moins éreintant. Avec ses musiciens, il exécute la quasi-intégralité de son disque, Décembre en été. L'amour y est décrit sous toutes ses formes. L'optimisme d'un Tout va pour le mieux ou d'un Eclaircie est immédiatement contrebalancé par la noirceur d'un Les Loges de la colère... Dans la vie de Da Silva, comme dans toute autre vie d'ailleurs, il y a des hauts et des bas ! A l'applaudimètre, L'Indécision et La Traversée s'imposent de la tête et des épaules, Avant de tester Peau Neuve, un inédit qu'il exhibe lors de chacune de ses sorties, Da Silva prévient : "Si vous voulez que cette chanson soit sur mon prochain album, vous applaudirez les bras en l'air, comme ça je saurai..." Le groupe est rodé, et le show s'en ressent. Les chansons sont expédiées en moins de temps qu'il n'en faut. Les transitions de l'artiste sont en tout point identiques à celles des Solidays. Dommage.

Il est loin le temps de la télé-réalité qui n'a pas véritablement révélé Olivia Ruiz. En deux albums et trois mouvements, la jeune carcassonnaise a su faire ravaler leurs sourires aux moqueurs. Aujourd'hui, Olivia Ruiz est une belle femme, avec une belle voix, et qui fait de belles chansons, qu'on se le dise ! D'ailleurs, elle annonce d'entrée la couleur avec le chaud bouillant Quijote, en se la jouant danseuse de flamenco. Et qu'importe si la tenue n'est pas des plus réglementaires, la scène, c'est son territoire à elle. Le public est immédiatement conquis, ensorcelé par ce petit bout de femme au regard acéré, hypnotisé par son timbre et ses mouvements incessants. Le set est une alternance de morceaux du premier et du second album, entrecoupée d'échanges éclairés avec le public. L'artiste ira jusqu'à lui confier son désir d'être mère, avant d'entonner I need a child, petit cadeau (en attendant mieux...) de Mathias Malzieu, alias Monsieur Dionysos. J'aime pas l'amour et La Femme Chocolat sont évidemment les plus applaudis. Disque après disque, concert après concert, Olivia Ruiz impose sa personnalité artistique, et c'est tant mieux pour la scène française !

Nous redoutons un peu le set suivant : une heure vingt-cinq de Julien Clerc, sous un soleil de plomb, dans une enceinte pleine à craquer, poussiéreuse au possible, tiendrons-nous la distance ? La réponse ne se fait pas attendre. Avec Ce n'est rien, Melissa, Laissons entrer le soleil, [...], avec de tels refrains en poche, un tel concentré de tubes, des succès qui ont (je l'ai lu quelque part) "largement contribué à maintenir le taux de natalité de ce pays", le public est vite attendri. Les femmes sont évidemment les plus gâtées avec les titres Elle voulait qu'on l'appelle Venise, Danse s'y, Femmes je vous aime, Ma préférence et consorts. Les compositions du parolier Etienne Roda-Gil, décédé l'an passé et auquel Julien Clerc dédie son spectacle, ont également la part belle : Utile, Le coeur volcan, La Californie. Les titres qui ont un peu vieilli (notamment Coeur de rocker et La fille aux bas nylons) sont habilement expédiés à l'occasion d'un "pow pouwi", "d'un médlé comme disent les Français". L'artiste à la gueule d'ange inaltérable s'en sort à merveille, et peut se targuer d'être parvenu à unir, le temps d'un concert, plusieurs générations de festivaliers.

La foule se disperse enfin pour se répartir à proximité des scènes Jack Kerouac et Xavier Grall, qui s'apprêtent à accueillir Bumcello et Monsieur Pantalon. Nous optons pour la paire Cyril Atef / Vincent Ségal, plus connus sous le sobriquet de "Bumcello", ce qui n'enlève rien au talent de leur concurrent. Le premier se dit percussionniste, le second, violoncelliste. Le résultat de cette union est une musique atypique, abstraite et sophistiquée. Sur scène, les deux zigotos font table rase du passé, reprennent tout depuis le début. Ensemble, ils donnent libre cours à leur imagination, s'amusent à faire dialoguer leurs instruments, échangent des regards, se concertent de temps à autre, prennent une pause à l'occasion, et repartent aussitôt à l'assaut de nouvelles rythmiques. Leur performance contient - c'est une certitude - une grande part d'improvisation. Ensemble, ils délivrent un set aux allures de boeuf géant, vaguement jazzy, d'une durée idéale (1h).

19h35 : Tracy Chapman entre sur scène, le sourire aux lèvres, visiblement émue d'avoir été conviée à cette grande messe de la Musique. Pour marquer le coup, elle introduit son spectacle par un Allelujah des plus vibrants, suivi de près par un premier inédit, Change. Qu'elle caresse les cordes de sa guitare ou s'essaie à l'harmonica, la reine du folk continue de faire l'unanimité lors de ses sorties. Pour des transitions, Tracy est aussi discrète qu'à l'accoutumée, mais question musique, elle ne chôme pas ! Le public l'écoute religieusement. Et lorsqu'en fin de concert, les premiers accords de Talking About a Revolution sont lancés, les aînés chavirent.

Place à Meteor Show Extended Vol 2. Sur scène, cela devient une manie, Rodolphe Burger est rejoint par une poignée d'acolytes, parmi lesquels Serge Teyssot-Gay (Noir Désir), Arnaud Dieterlen (Alain Bashung), Marco de Oliveira (Kat Onoma), Black Sifichi et David "Père Ubu" Thomas. Jacques Higelin devait être de la partie mais il ne montrera pas le bout de son nez. Peu importe. Ensemble, ils relisent attentivement d'anciens titres de Rodolphe Burger. Bien qu'issus d'univers radicalement opposés, tous ces musiciens s'entendent à la perfection. Le résultat est étonnant.

La faim l'emporte sur Soulwax. Tant pis pour nous.

N'en déplaise aux Bretons de Calico, nous préférons nous diriger vers la scène Glenmor pour assister à l'entrée en scène des Pixies. Ils sont les plus attendus de la soirée et les gens se sont déplacés en masse pour les voir de leurs propres yeux. 1986 - 2006 : cela fait maintenant vingt ans que l'on entend parler de Frank Black et des siens, de leurs moments de joie, de leurs moments de galère, de leurs moments de doute. Depuis 2004, le groupe multiplie les concerts pour le plus grand plaisir de leurs fans. De son côté, Frank confiait il y a peu à la presse qu'il n'y aurait jamais plus de titres inédits, ni de nouvel album, que le groupe n'existait plus. Ce n'est qu'une façade. Un simple pincement de corde suffit à raviver la flamme. Les Pixies sont bien en place et ne bougent pas d'un poil, comme à l'accoutumée. A vrai dire, si l'on excepte les quelques kilos en trop de certains ou les débuts de calvitie de certains autres, le concert ressemble comme deux gouttes d'eau à leurs prestations passées. Tous leurs grands tubes y passent : Velouria, Monkey gone to heaven, Here comes your man, sans oublier l'incontournable Where is my mind. Et même si le rappel est négligé, les spectateurs sont ravis.

En guise de bougie d'anniversaire, rien de tel qu'un gigantesque feu d'artifice pour clôturer le bal des Pixies. Nous n'aurons pas la force d'assister à la prestation du groupe Dionysos, un show qui, si je m'en réfère aux applaudissements de la foule, devait être équivalent à celui des Solidays. On peut ne pas aimer leurs chansons, mais on ne peut nier leur talent scénique...

Résultat des comptes. Quatre jours de festival. Près de 220 000 spectateurs. Une organisation sans faille. Un public heureux. Des bénévoles exemplaires. Cette quinzième édition des Vieilles Charrues est une franche réussite. Mais ce n'est plus vraiment une surprise, à vrai dire... A bientôt, Carhaix !

A découvrir
Whatfor
Whatfor
Miossec
Miossec
Dionysos - Western sous la neige
Dionysos - Western sous la neige