Tamino - Concert à La Belle Électrique - 17/04/2019

/ Compte-rendu de concert - écrit par nazonfly (), le 20/04/2019

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Quoi ? me demande la foule des Krinautes un peu exaspérée. Encore un article sur Tamino ? Oui, répond le rédacteur, toujours autant sous le charme de l’artiste belge. Quand on aime, on ne compte pas.

Quand on est certain qu’un musicien est de l’étoffe des plus grands, on ne peut s’empêcher d’en parler autour de soi, dans le but un peu de vain de se dire : « Hey, tu as vu, c’est moi qui te l’ai fait découvrir ». Encore plus quand on se dit rédacteur.

Une fois le contexte de cette chronique posée, il est temps de poser quelques mots sur le concert en lui-même qui se déroule à la Belle Électrique, une très belle salle grenobloise. Belle par son cadre extérieur : posée sur une esplanade où quelques joueurs de pétanque lancent leurs boules, elle est entourée de montagnes, même si, à Grenoble, il faut reconnaître que c’est relativement facile. Belle par son aspect extérieur : un ensemble chaleureux de verre et de bois. Belle aussi à l’intérieur avec des gradins d’un rouge contrastant parfaitement avec le noir de la scène, du plafond et de la fosse. Michel Pastoureau, dans son travail sur les couleurs, avait remarqué qu’au Moyen Âge, il existait trois couleurs fondamentales : le rouge, le noir et le blanc. Nous ne sommes plus au Moyen-Âge, pourtant la soirée semble respecter ces couleurs puisqu’au noir et au rouge de la salle répond la blancheur de la tenue d’Élia qui fait l’ouverture de Tamino pendant la tournée française du Belge. La scène est ultra-dépouillée puisqu’Élia ne s’accompagne que d’un synthétiseur et d’un ordinateur pour développer sa musique. La première chanson nous séduit largement avec un bel ensemble piano/voix, tout en délicatesse et en douceur. Et quand Élia nous annonce que Barbara est l’une de ses influences, on croirait presque un instant découvrir une autre artiste dans la lignée de Pomme. Il n’en sera malheureusement rien et la référence remarquable serait plutôt Christine and the Queen avec une musique finalement largement tournée vers une electro-pop assez inattendue apès le premier titre. Élia n’est cependant pas dénuée de talent : sa voix, on revient toujours à la voix, peut se faire cajoleuse ou puissante et est à deux doigts de nous embarquer, même si parfois elle nous perd un peu comme sur cet étonnant passage rappé. Le public semble, lui, avoir apprécié Élia à sa juste mesure et elle est applaudie à tout rompre quand elle laisse la place à Tamino qui se laisse un peu désirer lors d’un changement de scène qui aurait pu être ultra-rapide.

Peut-être l’artiste belge était-il en train de faire de son mieux pour préparer sa voix : il faut dire que, deux jours plutôt, Tamino avait perdu celle-ci et avait dû reporter son concert à Toulouse. Le concert de Grenoble est longtemps resté sur la sellette et l’annulation a été plus que proche. Par chance, il a pu se tenir… dans des conditions qui rendront ce concert très spécial (oui, niveau teasing, sur Krinein, on sait faire plus fort que Game of thrones).


© Claire Desfrançois

 

Sur scène, outre le micro du chanteur, se tiennent un clavier et une batterie. Au contraire du concert à Gleizé où Tamino occupait seul la scène avec sa guitare, il s’agit ici de la version groupe entrevue pendant quelques courtes minutes l'été passé à Fourvière : les « spectacular », comme il les nommera à la fin de son set, Ruben Vanhoutte et Vik Hardy vont tout faire pour soutenir le fabuleux chanteur dans la délicate traversée d’un concert où la voix peut défaillir à tout moment. On ne devra pas attendre longtemps puisque, dès les envolées de Sun may shine, la voix de Tamino se brise au grand désespoir, semble-t-il, du chanteur. Tout au long du concert, Tamino fera de son mieux pour pousser sa voix et donner la pleine mesure de sa tessiture mais, dès qu’il s’agit de monter un peu trop haut comme sur Habibi ou Persephone, il sera trahi par celle-ci. Mais, étrangement, cette fêlure entre parfaitement en résonance avec la musique et les paroles qui sont justement faites de dépouillement, de cassure et de mise à nu. Et, au final, Tamino n’en apparaît que plus sensible, plus fragile. En ce qui concerne la musique en elle-même, en oubliant le côté émotionnel de l'oeuvre, dans cette formation groupe, Tamino peut compter sur la présence de ses musiciens qui vont parfois venir l’épauler vocalement mais surtout qui donnent une autre direction, plus rock, plus brut à ses chansons comme sur l’étonnant So it goes qui s’étire longuement et part dans un long voyage instrumental. Sur certains morceaux (Each time, w.o.t.h.), on gagne largement en puissance ce que l’on perd en délicatesse. Mais Tamino sait quand même se réserver des instants en solo, en communion totale avec son public, sur les magnifiques Verses, Persephone ou Indigo night, ainsi que sur la superbe reprise de My kind of woman de Mac Demarco qu’il fera en rappel.

Malgré une voix défaillante, Tamino a tout fait pour assurer son concert communiquant largement avec le public, au contraire des deux concerts précédents que nous avons vus. Même si sa musique suffit en général à tisser un lien particulier entre l’artiste et son audience, même si le concert de Gleizé restera pour nous indépassable, il y aura eu un partage particulier ce soir à Grenoble, un partage symbolisé sans doute par la très attendue Habibi où la brisure de la voix sera compensée par la vague d’amour sincèrement envoyée par un public compréhensif et en communion avec l’artiste.

Merci à Claire Desfrançois (@rocknpictures sur Twitter) pour la très belle photo qui illustre cet article !

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