10/10Amir de Tamino, un ange descendu sur Terre

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 27/10/2018
Notre verdict : 10/10 - La perfection a un nom, Tamino (Ecrivez votre critique)

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Entre ombre et lumière, Tamino nous offre un album d'une beauté somptueuse, peut-être la plus belle chose qui vous arrivera en 2018.

Découvrir un artiste, tomber éperdument amoureux de sa voix, écouter son EP en boucle, commander son album en avnt-première, constater qu’il sera sur Spotify avant de le recevoir, l’écouter en boucle, attendre, attendre et attendre.

Ouvrir sa boîte aux lettres, découvrir un paquet, le déballer délicatement, admirer la pochette, ôter le cellophane, approcher le livret de ses narines, le sentir, toucher la couverture, mettre la galette dans le lecteur et profiter, pleurer, aimer, se laisser aller, se laisser planer.

Et, enfin, tenter de faire passer dans une modeste critique toutes les émotions que peut nous apporter Tamino avec son album Amir, Amir : l’autre partie de son prénom, Tamino-Amir.

Ventre noué et yeux mouillés

Habibi, le titre par lequel il s’est fait connaître sur internet, débute l’album comme il débutait l’EP. Histoire sans doute de nous plonger directement dans son univers étincelant, douloureux et entêtant. Car la voix du jeune Belge charrie, avec une douceur à fleur de peau, un spleen, un mal être tellement poignant qu’il noue le ventre et mouille les yeux. La tristesse de cette voix est appuyée par un piano martelant délicatement le rythme et quand l’instrument décolle, c’est pour mieux coller avec les envolées majestueuses de cette voix qui flirte avec les pleurs des étoiles.


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Certes, on en fait encore trois tonnes sur ce titre mais il est tellement beau qu’il est impossible de ne pas y revenir encore et encore. Il nous reste heureusement un album à écouter, un album peuplé de petites pépites. Deux titres, peut-être, se détachent dans le mauvais sens : Chambers et w.o.t.h. (titre étrange qui semble signifier, si l’on en croit les paroles, will of this heart). Attention que l’on soit clair d’entrée, ces titres ne sont pas vraiment mauvais : ils sont juste un peu moins touchants. Sur une rythmique enlevée, w.o.t.h. exprime une urgence loin des lamentations égrainées au long de Amir. À côté, Chambers retrouve un peu de calme pour laisser la place à la voix chaude de Tamino mais le duo guitare/batterie pêche un peu par son académisme beaucoup moins percutant : en réalité, malgré quelques instrumentations intéressantes sur la fin, Chambers est terriblement classique.

Au contraire, un titre saute tout de suite aux oreilles : So it goes, par son ouverture très orientale, pour ne pas dire égyptienne, offre une belle atmosphère appuyée par les trémolos légèrement arabisants de Tamino. Cet aspect de la musique du Belge d’origine égyptienne est aussi particulièrement notable sur Habibi mais se glisse en réalité dans plusieurs titres comme le très violonneux Intervals, w.o.t.h. ou sur Each time qui nous emmène par instants loin de la grisaille, sous de frais murs recouverts d’arabesque.


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Entre Orient et Occident

Entre Orient et Occident, Tamino parvient à nous offrir des morceaux d’une beauté absolue : Habibi que l’on a déjà nommé mais aussi le sublime Verses dont les premières notes de guitare, magnifiées par les chœurs angéliques et la voix tranquille du chanteur, nous plongent dans une reposante félicité, loin du fracas de la vie moderne. La sensibilité de Tamino nous charme encore sur Sun may shine qui débute dans un dénuement incroyable puis nous embarque, par la grâce de cette non-moins incroyable voix, dans une mélancolie hypnotisante. Tout aussi dénué est Persephone qui clôt l’album de formidable manière : l’apparente simplicité du titre permet de laisser toute la place à l’organe de Tamino, tellement beau qu’il ne semble pas de ce monde. Et que dire d’Indigo night qui semble regrouper tout le meilleur de Tamino en un peu plus de 4 minutes : cette voix tellement belle qu’elle véhicule une myriade d’émotions et tellement magnifique que parfois elle se brise sans crier gare, ce piano triste et mélancolique qui offre un écrin à nos sentiments et les paroles dont nous n’avons pour l'instant rien dit mais qui sont là encore souvent terriblement touchantes, « for there are so many in line whose lives aren’t as lost as mine ».

Avec Amir, Tamino semble réconcilier ses deux mondes : sa face Tamino, prince de la Flûte enchantée de Mozart et sa face Amir (qui signifie prince) issue de son grand-père célèbre chanteur et acteur dans le monde arabe. Mais plus qu’un prince, Tamino est un ange noir qui hantera vos nuits et vos journées pendant longtemps. Il hante en tout cas les miennes depuis plusieurs mois.

La critique en 140 caractères : Rarement un album nous aura autant hanté que Amir de Tamino, délicat et magnifique lien entre Orient et Occident et prend aux tripes

En écoute, Persephone

Tamino – Amir

01. Habibi
02. Sun may shine
03. Tummy
04. Chambers
05. So it goes
06. Indigo night
07. Cigar
08. Each time
09. Verses
10. w.o.t.h.
11. Intervals
12. Persephone

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