Je savais bien peu de choses à propos des Sunday Drivers avant de mettre les pieds à l'Elysée Montmartre, en ce jeudi 13 octobre. Je les savais originaires de Tolède, en Espagne. De leur répertoire, je ne connaissais qu'un seul titre, On my mind. Plus globalement, je savais leur musique proche de celle des Beach Boys ou des Beatles. Hormis ces détails sans grand intérêt, je n'avais aucune idée précise de ce dont ils étaient capables de produire une fois sur scène.

A mon arrivée, la surprise est de taille. Je ne m'attendais pas à être accueilli au son des Mud Flow. Après avoir enregistré un troisième album intitulé A Life on Standby, sur lequel ils montrent un visage plus profond et moins formaté, les bruxellois poursuivent actuellement une tournée à cheval entre la France et la Belgique. "A presque trente ans, refaire un album énervé et pop ne présentait plus aucun intérêt à nos yeux". C'est à peu près en ces termes que Vincent évoquait les motivations de son groupe pour ce dernier opus. De cette remise en cause, le groupe conserve son envie de bien faire les choses. L'envie est telle qu'ils se montrent presque un peu trop individualistes, s'écartent les uns des autres sans échanger de regards. Je reste également perplexe quant à la qualité du son et de l'éclairage de la salle : les performances du groupe sont parsemées de larsens ; la scène est régulièrement plongée dans l'obscurité. Ces ennuis techniques n'altèrent en rien les qualités intrinsèques de Mud Flow. Leurs arrangements sont toujours aussi soignés. Le chant me fait une forte impression. Je ne reste pas insensible à ce mélange de folie pure et de moments plus touchants. Leur prestation s'étend sur une bonne heure. Leur départ est un brutal. Alors qu'ils s'attardent sur scène pour remercier leur public, un technicien jaillit des coulisses et s'empresse de débrancher leurs micros pour accélérer le mouvement.
Pendant un petit quart d'heure, les techniciens des Sunday Drivers s'affairent autour des instruments, vérifiant les branchements et le niveau sonore de chacun d'entre eux. Dans la salle, quelques espagnols semblent avoir fait le déplacement. Reconnaissables à leurs t-shirts à l'effigie du groupe, ce sont également ceux qui semblent le plus s'impatienter.

Les six "conducteurs du dimanche" (le chanteur les présentera en tant que tels !) font alors leur apparition. Ils ont tous l'air émus de se retrouver sur cette scène de l'Elysée, et pour cause puisqu'il s'agit là de leur tout premier concert à Paris. Le public les récompense à leur juste valeur. Ils ne tardent pas trop à entamer leur récital. D'entrée de jeu, ils affichent leurs prétentions musicales. Ils distillent une pop mélodique, façon sixties, qui donne immédiatement envie de se trémousser. Bien que leurs chansons soient toutes en anglais, l'Espagne n'est jamais bien loin, à entendre la voix de Jero Romero (adepte d'une interprétation à la Liam Gallagher) ou le tambourin de Julian Maeso. A la guitare et au chant, Fausto Pérez est le chouchou du public féminin. A la basse, Miguel de Lucas se fait plus discret. Carlos Pinto exécute le minimum syndical à la batterie. Quant à Lyndon Parish, il est le plus excentré de tous avec ses synthés. Une grande chaleur et une grande humanité se dégagent de ce concert : le public acclame ses musiciens avant chaque nouveau morceau ; le groupe le remercie de vive voix ; Jero Romero dit réaliser un rêve d'enfant en foulant la scène parisienne. Le groupe reprend une dizaine de titres extraits de leur dernier album en date, Little Heart Attacks, ainsi que de leur précédent (éponyme et non édité en France). Les premières notes du single On my mind déclenchent un tonnerre d'applaudissements Le public participe pleinement au refrain. Lors du rappel, les Sunday Drivers iront même jusqu'à entonner un morceau de Led Zeppelin, dont je ne me souviens malheureusement plus du titre. Une manière comme une autre de clore en beauté cette heure et demie passée en leur compagnie.

Seule ombre au tableau : les quelques soucis de son et lumière recensés au cours du "show Mud Flow", qui se sont prolongés pendant celui des Sunday Drivers (ce qui explique le peu d'images présentées dans cette rubrique). Même dans ces conditions, je pense que le public aurait bien repris quelques décibels dans les oreilles en fin de partie. Les deux groupes gagnent incontestablement à être vus en concert.

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