8.5/10Subtle - Yell & Ice

/ Critique - écrit par Dat', le 10/11/2007
Notre verdict : 8.5/10 - Who is the Pop Master ?! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - laisser un commentaire

Sorte d'entracte entre deux albums, Yell & Ice déboule avec ses feats intriguants, pour nous servir des compositions oscillants entre le sublime et la folie totale.

Subtle avait littéralement explosé les carcans avec son précédent album, For Hero: For Fool. Un des disques à avoir sur l'année 2006, soit 6 fous qui réussissaient à télescoper hip hop, pop, electro, rock, funk et de bonnes digressions bien expérimentales. Un vrai maelstrom de genres, extrêmement efficace, accouché naturellement par un groupe qui a pourtant failli se stopper net, après un accident de bus de tournée (Dax Pierson en restera paralysé) et un vol de tout leur materiel de production. Mais la musique pour grands malades avait trop besoin d'eux pour les laisser sur le bord de la route, et les six loustics, au complet, reprennent le chemin des machines après un an de pause, pour nous servir un mini album, avant un futur 3eme « vrai » disque pour 2008. Mais Subtle, c'est aussi une voix, d'un débit incroyable, Dose One, LE MC de la clique Anticon et un de ses fondateurs, officiant dans de nombreux groupes comme le mythique cLOUDDEAD, Themselves, 13+God, Deep Puddle Dynamics... Horripilant pour 95% des oreilles normalement constituées, Adam « Dose One » Drucker se distingue en rappant à la vitesse de la lumière (Il est considéré comme l'un des plus rapide dans le genre) d'une voix nasillarde, ou en chantant des refrains à la con d'une façon presque trop candide.

Yell & Ice est un disque bâtard, cultivant le contraste. Tourné vers l'ouverture, en invitant des grosses têtes de la musique indépendante : l'un des chanteurs de TV On The Radio, Tunde Adebimbe (qui semble avoir fait un stage d'été chez Anticon décidément), la voix de Wolf Parade, Dan Boeckner, l'aliéné Why ?, le chanteur à la voix d'ange de The Notwist, Markus Archer, le chanteur du mythique groupe de post-rock Hood, Chris « Bracken » Adams. Sans oublier le pote Dosh.

Toute ressemblance avec les invités du récent disque de Odd Nosdam n'est que pur hasard (on croirait presque à un copié collé.)

Ouverture donc. Pourtant la musique de Subtle n'a jamais été aussi foisonnante, aussi riche, mais aussi difficile à décrypter.

 

Hippolyte

Subtle, dans le noir
Subtle, dans le noir
Apres avoir tenté de décrypter une pochette originale mais aux crédits presque trop bordéliques, on est directement balayé par Falling, grosse machine épileptique où Why ? va essayer de rapper d'une façon lente et hachée sur une instrue façon Nintendo sous LSD, avant que les deux n'envoient le petit couplet pop qui tue. Mais là où Subtle étonne, c'est avec Middleclass Haunt. Par l'invité déjà : Dan Boeckner, de Wolf Parade. Un groupe au premier abord assez éloigné de l'univers de la secte "Anticonniene". Mais par la chanson en elle-même surtout. Le petit loup de Wolf Parade amène une touche acoustique qui ne fait pas de mal aux compagnons de Dose One, avec cette gratte égrainant sa mélodie candide sur un lit de gros beats bien crades. Pour le reste, on assiste à la création d'un petit chef d'œuvre. Dose One ne se décide toujours pas à rapper, tentant de suivre de sa voix frêle, presque en retrait, l'organe grave et superbe de Dan Boeckner, qui illumine tout simplement ce morceau. Quand tout se coupe, avant d'exploser dans une fanfare ultra joyeuse, c'est à tomber par terre, à vous décrocher un putain de sourire, vous zébrant le visage pour la journée. Cette chanson est à écouter le matin, avant de prendre le métro pour aller au boulot, histoire d'avoir les effets du Guronzan sans ouvrir la bouche. Ce morceau galvaniserait un mort.

Il est évident que Subtle n'a rien perdu de ses fantasmes labyrinthiques, et le prouve en compagnie de Tunde Adebimpe, chanteur du groupe de génie TV On The Radio sur Deathful. Et pour le coup on reprend le micro en crachant du bon hip hop, avec un flow bien grave. L'atmosphère semble étouffante. Pourtant le refrain, immédiat, est encore là pour envahir vos pensées sous la douche, avant que le tout débouche sur un tcha-tcha drogué parcouru de « Killa ! Killa ! » imparables. Quand Adebimpe se décide à chanter, pour de trop courtes secondes, après un break de synthés lunaires, le décollage n'est plus à amorcer depuis un bail. C'est n'importe quoi, c'est complément défoncé jusqu'à la moëlle et c'est sublime.

Pour finir dans les feats de prestige, Markus Archer de The Notwist déboule sur une composition, The Pit Within Pits, qui fera pâlir tous les amateurs de concret. Piano mortuaire, rythme âpre, sale et rugueux comme l'enfer, Dose One halluciné mangeant son micro en débitant des textes inintelligibles... On n'est pas là pour vous faire caresser les nuages. Pourtant quand Markus Archer survient, une étrange plénitude couvre le tout, pilonnée par les multiples digressions des machines de Jel. Les séquences changent toutes les 30 secondes, pas une branche rassurante sur laquelle se poser. Mais, au risque de se répéter, la fin du titre est une vraie révélation. Les deux voix se mêlent, se subliment, pour s'envoler directement au paradis, alors que la guerre fait rage juste sous leurs pieds. Une chanson pop incarnant la pureté qui se fait vriller par des beats industriels à faire trembler les murs. Le contraste est saisissant.

 

Glace aime l'impératrice

Dose One, dans la lumiere
Dose One, dans la lumiere
Mais Yell & Ice, ce n'est pas que des titres avec des featurings. Island Mind nous le crache violemment  à la gueule : Subtle peut accoucher de véritables aliens, insaisissables, indéfinissables, comme l'atteste ce titre ultra sombre, noyant Dose One sous les échos et samples bruitistes, pour un hip hop déficient, avant qu'une guitare acoustique tente de réguler le tout. Des nappes planantes s'intercalent et l'on abandonne le débit TGV pour de longues plaintes fantomatiques, dérangeantes, déviantes. Une deuxième écoute est même nécessaire pour saisir qu'elle est cette "chose" qui vient de nous rouler dessus. Cut Yell tirera à boulets rouges sur la musique électronique, avec une introduction versant dans la jungle concassée, ne manquant pas de nous rappeler les premiers disques de Squarepusher. Un clavier, en pointillé, très IDM dans l'âme, se greffe au conflit, alors que Dose One arrive, par on ne sait quel miracle, à chanter une litanie toute guillerette sur ce maelstrom. Silence. On plane, le break est à raidir l'échine et l'on bascule dans une synth-pop sublime, malade, illogique.

Et ce n'est pas le bruitiste Not qui rassurera le monde, matraquant avec des pas de géant nos tympans, à peine réconfortés par Requiem For a Dive, très belle chanson électro pop, toute en retenue, à la fin divine.

Mais au final, le morceau qui étonnera le plus, qui jurerait presque dans cet amas de folie, dans cette incarnation de la schizophrénie musicale qu'est le groupe Subtle, c'est bien Sinking Pinks, en collaboration avec Bracken. La chanson est pour sa moitié composée d'une ligne de beatbox, habillé par de petits effets électroniques plus ou moins expérimentaux, et autres nuées scintillantes. D'un calme et d'une linéarité étrange, le morceau va se dérouler tranquillement, jusqu'à nous faire croire à un titre instrumental. Virage à 180 degrés, des claviers nauséeux et gluants cassent le rythme, avant que la voix parfaite de Bracken intervienne pour remettre les choses bien en place. D'une pureté absolue, le morceau reprend son court, accompagné cette fois d'un maître de choix. Le tout fait d'ailleurs furieusement penser à l'album de Bracken, We Know About the Need, recueil de fresques pop un peu cassées, souvent claudicantes, toujours poignantes. Un alien parmi les aliens de Subtle, une petite toison tissée à l'or fin, friandise de normalité dans un univers de barge.

 

Yell & Ice, il fallait s'en douter, est encore une grande réussite dans le parcours de Subtle. Partant dans tout les sens, inclassable, oscillant toujours entre hip hop, electro et expérimentations, le tout chapeauté par des moments pop de toute beauté. Moins direct et punchy que l'album précédent, Yell & Ice nous sert d'étonnantes compositions, parfois difficiles d'accès, mais toujours incroyables au final, quand on prend un peu la peine de décortiquer le tout, de trouver de petites perles de grâce sous les averses de mutations, de changements de rythmes. Mais surtout, ce disque pose une question importante : comment six mecs peuvent-ils se mettrent sur la même longueur d'onde pour pondre des morceaux pareils ? Et cela ne risque pas de s'arranger, le troisième « vrai » album du groupe est (déja) prévu pour début 2008.

Au fait, vous ais-je dis que quelques titres de Yell & Ice étaient des refontes de morceaux de l'album précédent ? Non ? Normal, elles sont impossibles à reconnaître, tellement ces dernieres s'éloignent de leur matière originale (Je ne m'en serais même pas rendu compte si je n'avais point glané cette info sur le net.)

Hautement recommandé. Bon voyage dans une brochette d'esprits malades.


Subtle - Yell & Ice
01. Falling (feat. Why ?)
02. Middleclass Haunt (feat. Wolf Parade)
03. Deathful (feat. TV On the Radio & Dosh)
04. Island Mind
05. The Pit Within Pits (feat. The Notwist)
06. Cut Well
07. Not
08. Sinking Pinks (feat. Bracken)
09. Requiem For a Dive

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