8/10Shurik'N - Où je vis

/ Critique - écrit par Levendis, le 10/09/2003
Notre verdict : 8/10 - La voie du Samurai (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 5 réactions

Lorsqu'il a explosé à ses débuts le rap français se divisait en 2 catégories : ceux qui représentait le Nord (le Supreme Ntm) et ceux qui représentaient le Sud (Iam), et les deux catégories valaient le coup mais, il y a toujours un mais, rares étaient ceux du Nord à nous offrir des albums solos de qualité. Shuriken, digne représentant du Sud et d'Iam, relève ici le challenge dans un album épatant et stylisé; veuillez ôter vos chaussures avant de rentrer dans le dojo...

En 1998, le Hip Hop français en plein essor permit à plusieurs artistes et groupes de percer et de devenir des valeurs sûres. Parmi eux, le groupe IAM, qui a particulièrement profité de l'engouement suscité pour le rap à travers leur album " L'école du micro d'argent ", en 1997, connut un important succès public et critique. De la même occasion, le groupe est devenu l'un des chef de file d'un hip-hop français, sortant des chemins balisés de la récupération par les majors ou encore de la vampirisation du genre par une radio jeune tristement célèbre.
Après un album aussi complet, c'est dire si on attendait au tournant le collectif marseillais, ceux-ci prenant à contre pied tout le monde décident de se séparer quelques temps ; permettant ainsi à chaque membre de tenter des expériences en solo. S'ensuit l'année suivante la sortie de l'opus de Shuriken poursuivant, en partie, l'esprit conquérant de l'album du collectif, car Où je vis fait partie de c'est très rares albums solos de rap français qui échappe au carcan restreint du "rap de cité, rap de racaille" trop souvent mis en avant.
En effet, ce qui frappe d'entrée à l'écoute de l'album de Shuriken c'est la maturité étonnante de ses textes, des thèmes abordés (violences urbaines, racisme ordinaire, paupérisation dans les cités, désillusion envers les politiques etc.) qui, avec le recul, frappent par leur pertinence et leur actualité toujours vivace.

Entre autobiographie et esprit "Bushido"

Et contrairement à la plupart des rappeurs français actuels accros de la rime facile, creuse voire expéditive (cf. "Ça joue au casino comme dans casino", du 113), Shuriken, lui, prend le temps de nous livrer un album où l'amour des mots jaillit à chaque rime et où il n'y a pas de surplus de termes argotiques de banlieue et/ou de verlan pour alourdir le propos. Shuriken veut être compréhensible, audible, et nous le louons pour ça ; et tout est fait pour permettre la lisibilité tout au long des 15 pistes qui parsèment cet album. Celui-ci est, pour une meilleure compréhension, distinctement séparé en trois axes : d'une part les titres d'influence "mediévalo-nippone", souvent proche de l'exercice de style, (de l'exemple de Samurai, Oncle Shu, et Mon Clan), d'une autre part les titres à consonances autobiographiques et/ou personnels (Ou je vis, Mémoire, Les miens, Lettre) et enfin les chroniques du quotidien (Manifeste, Rêves, Sûr de Rien, L.E.F). Aussi au passage, on peut noter les étonnants et inclassables titres J'attends - ou Shuriken aborde à la première personne un fait divers fictif (un braquage qui tourne mal) - et Fugitif, une métaphore sur le métier de rappeur en général (à noter que ce titre est agrémenté d'un sample malin du film Le fugitif).

Shuriken a produit de A à Z son album, et cela s'entend et se ressent car son intérêt pour l'Asie (surtout le Japon) transparaît du début jusqu"à la fin, cela associé à une approche très américaine, voire cinématographique, dans les compositions qui rappelle un autre obsédé de l'Asie : R.Z.A. du Wu Tang Clan, et comme l'américain il sait innover tout en restant sérieux dans le fond : soit garder l'esprit ludique et divertissant originel du hip-hop. Car hélas il semblerait que cet esprit se soit délité par la suite dans le hip-hop français et les dernières paroles de l'album sonnent comme un appel pour son retour : "Je prie pour que la catin d'aujourd'hui devienne la princesse d'autrefois".
C'est tout le mal que l'on souhaite au hip-hop français...

Titres incontournables : Samurai, Les Miens, Lettre, Oncle Shu, et Mémoire.

Tracklist :
1. Samurai
2. Où Je Vis
3. L.E.F.
4. Mon Clan (feat. Faf la Rage)
5. J'attends
6. Fugitif
7. Les Miens
8. Rêves (feat. Freeman)
9. Mémoire (feat. Sat de la Fonky Family)
10. Esprit Anesthésié (feat. Faf la Rage)
11. Lettre
12. Oncle Shu
13. Sûr de Rien (feat. Freeman)
14. Y'a Pas Le Choix (feat. 3éme oeil & Sista Micky)
15. Manifeste (feat. Akhenaton)

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