3/10Saxon Shore - It Doesn't Matter

/ Critique - écrit par athanagor, le 07/04/2010
Notre verdict : 3/10 - Borderline (Ecrivez votre critique)

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Groupe de rock instrumental, Saxon Shore aurait pu, à n'en pas douter, connaître une belle carrière en écrivant la musique des feelgood movies des années 80. Malheureusement, il n'existait pas encore. C'est bête.

Difficile de s'attendre à quoi que ce soit quand on se trouve, pour une première fois, nez à nez avec cet album de Saxon Shore et qu'on a en plus l'outrecuidance de ne pas savoir qui ils sont. En fait d'outrecuidance, il n'y a pourtant ici que de la normalité, car malgré une discographie déjà riche de 5 albums, ce groupe fait partie d'une foule d'autres, dont la notoriété modeste leur permet, certes, de vivre de leur art, mais sans les fastes que permet une renommée mondiale. Il faudra pourtant se consacrer à l'écoute de ce sixième opus pour satisfaire une curiosité qui cherche à explorer tous les aspects de la musique, et à donner leur chance à tous ceux qui ont réussi à convaincre un producteur, ou leur grand-mère, de leur prêter de l'argent.

Accueilli par un premier titre, Nothing changes, qui cherche à donner la chair de poule en envoyant les watts au fur et à mesure, sur la base de quelques accords de piano inlassablement répétés, l'auditeur candide et inconscient ne sait toujours pas vraiment sur quel pied danser. Un peu émoustillé par ce début gentiment énergique, il espère que la suite lui fera plaisir. Puis arrive Thanks for being away qui, avec de longs accords de guitare saturée en fond sonore, traités comme des nappes de synthétiseurs, pousse l'auditeur à formuler un premier doute. Mais sa patience est grande, et il se dit qu'il serait plus prudent d'attendre que le tour de chant ait pris son départ. Pourtant, de tour de chant, point. L'auditeur, penaud, apprendra trop tard que Saxon Shore est un groupe de rock instrumental. La tuile !

Mais pourquoi la tuile ? demandera le lecteur tout aussi candide que le fut l'auditeur à l'entrée de ce disque. Tout simplement parce que, en substance, Saxon Shore fait de la musique de teenage movies pour des films qui n'existent pas, et qu'à la connaissance de l'auditeur, peu de choses sont aussi pénibles. Surtout quand il n'y a même pas un mec se prenant pour Michael Bolton qui viendrait y faire des vocalises, suscitant ainsi l'hilarité générale et détendant définitivement l'atmosphère.

Ainsi, après une longue et douloureuse écoute on doit se résoudre à reconnaître que tous les titres pourraient aisément habiller le moment, dans les films d'ados américains, où le héros traverse le terrain de baseball de son high school, sur un soleil couchant, façon Breakfast club ; ou à celui où le garçon et la fille qui ont passé le film à se faire des crasses s'embrassent enfin ; ou encore le générique de fin qui suit invariablement ces moments, dont la force émotionnel contraint le réalisateur à terminer là son histoire, de peur d'en faire trop.

Sur cette volonté créatrice particulière, on retrouvera à l'envie des arpèges de guitare claire sur le temps, avec la reverbe à fond pour le style ; d'autrefois ce sera la batterie qui scandera le tempo avec force cymbales pour bien dégager le côté sentimental de la création. Et l'auditeur sera même remercié de sa patience, dans This place, par l'apparition d'une voix féminine qui viendra, comble de l'originalité, susurrer de langoureux Ooh ooh ooh, puis des Oohoo ooh, OohOo Oh. Au bout d'un certain temps, l'auditeur soucieux de la crédibilité de ses propos vérifiera bien qu'il ne s'agit pas d'une bande originale de film, parce que, quand même, c'est rudement bien imité ! Mais non, il s'agit juste de rock instrumental, et pas du meilleur, tellement mielleux que la deuxième écoute, généralement obligatoire pour se faire une réelle opinion sur un produit musical, finit par prendre des allures d'option.

Au final, ce disque évocateur de clichés cinématographiques issus de l'école John Hugues est très vite lassant. Les ritournelles, posées en boucle, ne donnent pas l'impression que l'effort ait été porté sur autre chose que l'ordre d'entrée des différents instruments dans les titres. Le tout est d'une platitude désolante et les moments un peu intenses, où le groupe essaie d'envoyer le bois, sont mous et l'attitude de ces passages laisse bien imaginer les grands sourires de joie complice échangés entre les musiciens, dans ces moments de rare communion où tous bougent la tête en rythme, dans la joie, le partage et le having fun. L'auditeur lui, regardera tout cet enthousiasme de l'œil distant que le peu d'émotion procuré par la musique lui impose. Il sera certes content pour ces musiciens qui ont l'air de bien s'amuser, mais on ne l'y reprendra plus.

 

Saxon Shore - It doesn't matter

01. Nothing changes
02. Thanks for being away
03. Tweleven
04. This place
05. Sustained combustion
06. Bar clearing good times
07. What keeps us up
08. Small steps
09. Tokyo 412am
10. Goodnight, so long

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