7.5/10Samon Kawamura - Translations

/ Critique - écrit par Dat', le 21/09/2007
Notre verdict : 7.5/10 - Lost in Delicacy (Ecrivez votre critique)

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Le Japonais nous sert une galette de grande classe, où Beats Hiphop se telescopent avec une athmosphère Jazzy enivrante.

Les labels allemands ont du comprendre que les Japonais avaient un coup à jouer dans la musique hip-hop. Car si l'on excepte le roi du genre Dj Krush, il est quasiment impossible de trouver du hip-hop japonais, instrumental ou non, à l'exception du disque de Suika en France, Dj Honda ou de deux trois galettes de Dj Baku. Et encore, il faut chercher en s'armant de courage. Où sont les majestueux, que dis-je, les génies de Tha Blue Herb ? Shingo2 ? Mic Jack Production ? Large Prophits ? Kan ? (Pour ne parler que de la nouvelle vague)

Le gros label Scape ne s'y est pas trompé, sortant le nouveau disque d'un groupe nippon iInconnu chez nous mais culte dans l'underground du Soleil Levant, les Cappablack. Résultat, l'un des disque à posséder cette année, supplantant tout ce qui a pu se faire dans le genre récemment. Bien lui en fasse, Nesola Records tente lui aussi de dénicher la perle rare en sortant ce Translations de Samon Kawamura, jusqu'à lors inconnu au bataillon dans nos contrées.

Boarding : Beats & Jazz

Sawon Kawamura
Samon Kawamura
Les superbes photos ornant le livret ne trahiront pas la musique, le tout est de grande classe. Tête oscillant inévitablement sous la musique, pour 21 titres instrumentaux tirant plus dans les touches jazzy que l'electro des précités Cappablack. Le tout bien évidemment écrasé par de bons beats hip-hop plus ou moins acérés, claquant dans vos oreilles comme deux couilles sur une banquise.

Les comparatifs peuvent être nombreux, et l'on pense bien évidemment aux bijoux de Madlib pour les pistes les plus old-school, mais Prefuse 73 sera très rapidement évoqué à l'écoute de pépites comme Wake Up ou One and One, qui aurait pu directement sortir d'un Extinguished Outtakes sans rougir : beats appuyés avec un petit effet de roulement, sample de guitare hachuré donnant un groove imparable, scratchs étouffés et discrets... la mixture est parfaite.

Dans le rayon des grosses réussites, U Nu serait passé comme une lettre à la poste dans le Shades of Blue de Madlib, avec ce piano jazzy terriblement entraînant, sautillant entre les attaques de la boite à rythme du Japonais. L'envie de se muscler la nuque sous l'effet du tout se fait rapidement sentir, bien tranquillement calé dans son canapé.

Des voix ? il y en a, mais constamment étouffées, déconstruites ou hachées, étant souvent de vieux samples soul parés pour être désossés à l'envie, à l'instar de Everlasting ou How Long. Même la seule participation vocale signalée sera très discrète, les susurrements de la  chanteuse Fumie faisant complètement corps avec l'écrin très jazzy.

Samon Kawamura
Samon Kawamura
Mais alors pourquoi Translations ? Et pourquoi poser d'une façon si sérieuse dans un aéroport sur la pochette ? Parce que Samon Kawamura nous fait indéniablement voyager sur ses compositions. Mais pas obligatoirement à cause de leur exotisme, finalement plutôt limité. Contrairement à la dernière galette d'Oh No, ce n'est pas grâce aux samples que l'on va voir du paysage, même si les sitars d'Astral, ou les flûtes asiatiques de People pourraient me faire dire le contraire. Non, c'est réellement par sa propension à nous tisser des ambiances enivrantes, poussant directement à la rêverie que Kawamura nous envoie dans les nuages. Justement, là où le besoin de s'évader est le plus sensible, entre deux vols capricieux, entre deux correspondances aériennes retardées, à errer dans un grand complexe déshumanisé pour échapper à l'ennui. Translations c'est ça. Nous guider l'esprit le temps d'une heure, nous cajoler l'âme dans un univers ouaté, fait de bars enfumés ou de parcs avides de gens en quête de plénitude. Tout est distillé d'une façon extrêmement précieuse, ciselé avec grand soin, et toujours avec goût. On ne tombera jamais dans la débauche facile d'effets ou dans le beat trop rentre-dedans, tout en évitant l'écueil de l'instru linéaire ou du jazz downtempo d'ascenseurs.

Samon Kawamura
Samon Kawamura
Et surtout, contrairement encore à la dernière très moyenne livraison d'Oh No, on a ici de vraies pistes, de vrais morceaux, bien conséquents, et pas une simple collection de jolies rythmiques ne dépassant pas la minute.

Reste alors un simple petit manque de folie au tout, mais folie qui aurait de toute façon juré face au monolithe de prestance qu'est ce Translations. Dj Krush va devoir se bouger un peu s'il ne veut pas se faire doubler par une batterie de musiciens japonais tout aussi motivés pour nous ravir les esgourdes, Cappablack et Samon Kawamura en tête.

Et si votre nuque se met inconsciemment à bouger d'avant en arrière sous l'effet du rythme, ne prenez pas peur, c'est tout à fait normal.

Samon Kawamura - Translations
01. Intro
02. All About You
03. Black Star
04. U Nu
05. One and One
06. Timeless Space
07. Somiya
08. Everlasting
09. Reflections
10. As We Come
11. You are the Only One
12. Destination Blue
13. Astral
14. Aaragon
15. Air
16. Tokyo Love
17. People
18. How Long?
19. Last Call
20. Outro
21. Wake Up

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