Bonjour Saïan Supa Crew, pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, pourriez-vous présenter le groupe en quelques mots ?
Sly : Saïan Supa Crew est un groupe de MC, chanteurs et de beat boxers depuis 1997. On en est à notre troisième album qui s'appelle Hold-up, les deux premiers s'appelaient KLR et X raisons. Entre le deuxième et le troisième album, il y a eu des projets solos et de groupes tels que OFX avec l'album Roots, Explicit Samourai avec l'album Rap, Sir Samuel avec l'album Vise pli o, et moi-même avec un maxi éponyme quatre titres en beat box.
Avez-vous bien réussi à retrouver la cohésion au sein du groupe après vos projets solos ?
S : Saïan est un collectif formé grâce à des entités multiples. La base du Saïan c'est des solos et des groupes qui font leur musique ensemble depuis un petit moment. C'était un petit retour aux sources pour mieux repartir ensemble surtout après le départ de Specta.
Vous avez décidé de vous séparer pour trouver une relance ou parce que vous en aviez besoin ?
Vicelow : Oui, chacun de nous avait besoin de ça.
S : Faire ce qu'on avait envie parce que Saïan, c'est pas simple. A l'époque, on était six et dire tout ce que l'on pense dans un groupe, c'est pas forcément chose aisée. Les projets solos ont été un bon défouloir pour chacun. Après, on se sent plus libre musicalement.
Et au niveau des affinités dans le groupe ?
V : Il y a un moment, on était quand même en stand-by. On ne savait pas si on allait préparer ou pas un autre album.
Ce sont les fans qui vous ont poussé à vous retrouver ?
V : Je ne sais pas, un peu tout peut-être. Avec le temps aussi. On était tellement « dans » Saïan qu'à la fin, on ne savait plus ce que ça représentait. En faisant chacun nos trucs de nos côtés, on s'est rendu compte en revenant qu'on en avait envie. Alors on a retrouvé une motivation.
S : On n'a pas eu le temps, et on ne s'est pas donné le temps, de prendre du recul.
Et puis vous avez enchaîné les concerts...
S : Depuis le premier album, on n'a pas arrêté. Toujours à faire quelque chose. Les uns sur les autres, 6 jours sur 7...
Vous êtes différents au niveau de la personnalité et des styles de musique, comment arrivez-vous à définir un projet commun au final ?
V : Nos différences font notre force. Quand on s'est rencontré, c'est la force et la différence de chacun qui a fait qu'on a voulu se rassembler. On respectait l'univers de chacun et on le cultivait. C'est pour ça qu'on faisait le « crew », on réunissait tout comme les 7 boules de cristal.
Commet vous organisez-vous pour définir les rôles de chacun sur un titre ?
V : Ca a évolué avec le temps. Chacun a sa spécialité mais souvent il y a la partie rap où les protagonistes seront ceux qui rapent donc Samuel va être mis à l'écart, par exemple, ou il va donner son avis car il écoute pas mal de hip-hop. Puis, on a une autre partie où il y a les deux mélangés où on peut partir d'une mélodie. Là dans le crew, Sly, Samuel... chacun peut avoir une idée de mélodie, ça dépend, même Féfé ou Leeroy parfois... Tout dépend sur quel support on se pose, on part d'un refrain, de quelqu'un qui a inspiré un couplet. Après, il va « poser » et on va se dire que ça nous intéresse ou sinon à l'avance, on va se dire, on est nous deux dans le couplet. On se définit les rôles et on se dit : « Lui, c'est mon co-équipier » (rires).
Ca ne crée pas des étincelles ?
V : Pas pour ça. En fait, on se prend la tête chacun de notre côté. On ne travaille pas du tout pareil. Féfé va écrire une vibe sur un texte, pareil pour Sly et ça va être un autre jet... Il y a des perfectionnistes, des tolérants. Féfé et Samuel sont deux extrêmes par exemple.
Il n'y a pas de meneur...
V : Ca dépend.
S : Moins maintenant.
V : Peut-être qu'il y en a qui ont plus de poids, d'autres sont plus chichiteux. Par exemple...

Féfé...
V : Oui, Féfé. Quand il n'est pas satisfait, ce n'est pas pareil que lorsque c'est Samuel. D'un autre côté, c'est peut-être dû à l'investissement de chacun. Féfé est plus perfectionniste, il fait des sons, plusieurs choses. Ca a peut-être un autre poids. Samuel ramène sa vibe... Ca fait partie des personnalités aussi mais personne ne veut prendre le flambeau de leader même si ça aiderait des fois. Personne n'a le même caractère.
Est-ce que vous avez adapté votre musique en fonction de votre succès à l'étranger ?
V : Oh, des ambiances sinon les morceaux sont les mêmes. Quelques adaptations en anglais dans Hold-up.
S : Un peu par la force des choses en se déplaçant, on s'est permit de faire quelques refrains en anglais pour nous satisfaire.
(S'ensuit un grand débat sur l'âge « canonique » de Sly partant dans un délire... pas racontable)
Dans quelle style de musique vous situez-vous ?
V : Le style qui nous caractérise c'est hip-hop mais on peut en sortir pour aller vers la soul, le reggae, le dance hall, ce qui fait notre force.
Et quelques noms de vos influences là dedans ?
V : En fait, c'est Sly qui concentre toutes les influences du Saïan (rires). En dance hall, il y aurait Capelton, en soul : De Angelo, Rafael Sadik, Erika Badu, et encore ça ce sont les plus connus.
S : Il y a aussi des fans de Marvin (Gaye). Dans le rap, c'est difficile...
Et chacun a des influences différentes dans le groupe ?
V : Chacun a ses préférés...
S : Mais on se rejoint ! On se fait découvrir des morceaux.
D'ailleurs, ça se ressent dans l'album, ces différentes influences...
V : On apprécie plus ou moins ce qu'on se fait découvrir même si on a plus ou moins les mêmes goûts.
Et vos préférences en rap français, américain ? Plus trash, plus recherché ?
V : Des trucs dansants, dance floor, qui passent. Maintenant ça me saoule mais à l'époque des Neptunes et tous les autres groupes du genre.
S : J'aime bien 2 Pac.
Et au niveau actuel, si vous ne deviez n'en citer qu'un ?
S : Mon dernier shot, c'est Keith Brown. En français... (silence et rires). Non, il y a Mike, Heims, Séisme et K-rim. Et le collectif Juste nous. Hocus Pocus, il y a des trucs bien, je ne suis pas super fan mais il y a des bons morceaux.
Vous a-t-on proposé des featurings avec des rappeurs français connus ?
S : Il y a eu Lady Laistee. Mais elle a refusée car je pense que l'entité Saïan soit ne l'intéresse pas, soit fais peur. Elle a peut-être peur de bosser avec nous au niveau de la crédibilité.
V : En fait, je pense que nous avons tellement de styles différents que lorsque les gens nous écoutent, ils ont le coup de coeur pour une personne du groupe. Fan de celui-ci, fan de untel et ils se ressentent plus dans un style. C'est ce que je pense. On nous a appelé pour quelques compiles mais je ne sais pas comment on nous perçoit de l'extérieur. On ne nous appelle pas car on pense qu'on est dans notre coin et qu'on ne veut pas se mélanger.
Qu'est-ce que vous voulez dire par « manque de crédibilité » ? La reconnaissance peut-être ?
S : On nous prend pour des guignolos. Certaines critiques dont je ne dirais pas le nom...
V : Il y a juste quelques personnes, c'est rien. Et puis, il y a des racontards...
S : Moi je dis ça, je m'en fous...
Et que pensez-vous du téléchargement ?
V : Dans la démarche du téléchargement, je pense que les gens pour consommer vite fait et passer ensuite à autre chose. Ton produit a plus de poids quand tu l'achètes et que tu l'écoutes, quitte à être déçu. Je ne suis pas contre le téléchargement mais je ne télécharge pas, jamais rien de téléchargé de ma vie, je n'ai même pas Internet... En fin de compte, je n'aime pas le téléchargement car même si il y a le côté positif qui est de trouver des sons à l'ancienne que tu n'aurais jamais pu écouter ou dépenser plein d'argent pour ça, en gonflant ta discothèque. Mais les gens ne font pas ça pour ça, pas pour découvrir. Quand c'est pour la découverte, je suis d'accord.
C'est un choix de faire des salles plus petites, plus conviviales pour vos concerts ?
V : Ouais, ce n'est pas la même ambiance. On voulait le Bataclan, on a fait 6-7 fois l'Elysée Montmartre, une fois le Zénith, une fois l'Olympia. Mais c'est aussi une question de vibe.
S : Je ne suis pas fan du Bataclan.
V : Au niveau du son, l'Elysée Montmartre, c'était bien mais ce ne sera jamais un Zénith.
Comment décrivez-vous votre dernier album en quelques mots ? Il y a eu des changements par rapport à X raisons, non ? Nous vous avons trouvé moins impliqué...
V : On avait le souci de pouvoir jouer les ¾ des morceaux sur scène avec les instruments. Après, selon les interviews, les avis sur l'album à propos de l'engagement changent du tout au tout. Ce sont les gens qui ont été plus sensibles à certaines chansons et certains sujets, il suffit que deux chansons touchent pour dire que nous sommes engagés.
Vous avez préféré parler de certains sujet qui sont tombés en plein dans l'actualité comme sur Zonarisk ?
V : On ne s'est pas dit qu'on allait parler du quartier de la cité. Un sujet tombe parfois en 10 secondes. On ne part pas dans un contexte où on se dit : « il faut qu'on fasse un truc dance floor, qu'on parle des meufs... ». A quelques morceaux près, on aurait pu avoir des morceaux sur les clochards. On essaye d'équilibrer les choses et que les albums ne se ressemblent pas mais il y a toujours des sujets qui reviennent comme les meufs, la police mais on peut en parler de manière différente cinq, six, sept fois. On a déjà parlé de la drogue dans Que dit-on ?, du SIDA, des choses qui nous toucheront aujourd'hui et demain.
A propos de Jacko, pourquoi l'avoir interprété en créole ?
S : Il faut savoir qu'on a eu la musique bien avant d'avoir le texte, il est même venu en dernier, même après le nom de la chanson. Au départ, on avait envie de faire un son de communauté caribéenne donc on hésitait entre guadeloupéen et traditionnel. On a fait plein d'effet avec un son qui nous convenait, Féfé et Leeroy ont trouvé un air mais un air déjà écrit...
V : qui s'appelle Edouard à la base.
S : Et puis on a trouvé Jacko. Jacko, Jacko et voilà... (rires). On voulait parler d'un menteur et on a pensé à Jacques Chirac.
Il n'y a pas eu de répercussions par rapport à ça ?
V : Non, il n'a pas du l'entendre encore. Je sais que lorsque c'est passé sur Sky(rock) cet été...
S : Après qu'il ait eu son incident cardiaque...
V : On l'a mit un peu en stand-by. Ca ne se faisait pas.
Vous auriez pu faire Sarko, Sarko...
S : Attends de voir en concert (rires).
V : C'est adaptable (rires). A la base, c'est vraiment pour les antillais.
En ce qui concerne les tournées, où trouvez l'énergie pour mettre le feu ?
V : J'avoue que des fois à cinq minutes du concert, il y en a qui dorment parfois et quand c'est parti, le public te porte.
S : C'est notre moment, c'est à nous. On essaye d'en profiter.
Pour les concerts au Bataclan, vous avez préparé une surprise ?
S : Non, surtout que ce n'est pas la dernière date de la tournée du tout. On n'a pas le temps de préparer quelque chose de spécial mais si ça marche super bien et qu'on fait une grosse date à l'Olympia par exemple, on fer peut-être, mais je dis bien « peut-être », quelque chose de spécial ou du moins de ne pas donner ce qu'on a déjà donné.
Vous avez été comparé au Wu-Tang Clan français, il n'y a pas à craindre que comme eux, vous partiez chacun dans votre direction plus tard...
V : Aucune idée mais ça fait partie des choses, tout reste ouvert. Mais les meilleures choses, je les aurais vécus avec le Saïan et j'espère que ça va continuer même s'il y a des hauts et des bas. Mais ça ne reste que la musique. Je préfère qu'humainement tout aille bien, c'est ça le plus important.
Merci à Vicelow et Sly de Saïan Supa Crew, à Alexandra Gaillard de Système Buzz et à mes guests Nicolas et Vincent.

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