9/10Saez - J'accuse

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 23/04/2010
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Poète engagé à l'instar de l'illustre trio Brel, Brassens et Ferré ou provocateur à deux balles, rebelle à la petite semaine ? La réponse à cette question n'est pas dans J'accuse.

Un premier morceau, Police, dénonçant la multiplication des forces policières. Un titre audacieux rappelant le plus célèbre des pamphlets pour une véritable justice. Une pochette provocatrice qui a fait scandale. Le sixième album de Damien Saez a fait parlé de lui. Depuis le succès de Jours étranges et de son tube Jeune et con, Saez s'ingénie à se tenir à la limite de la bienséance du paysage musical français, entraînant fans et détracteurs dans un affrontement sans fin. Saez est-il un génie de la chanson, un poète engagé à l'instar de l'illustre trio Brel, Brassens et Ferré ou n'est-il qu'un provocateur à deux balles, rebelle à la petite semaine ?

Bêle et rebelle

Il est vrai que Saez, depuis le début de sa carrière, semble parfois verser dans une attitude de rebelle parfois difficile à considérer comme sincère. Rien ne semble aller dans le monde de Saez, éternel énervé. Sa voix grinçante à l'accent énervant, et qui semble empirer d'album en album, s'indigne et se lamente. L'artiste dresse ainsi le bilan des maux de la société de ce « putain de quotidien » (Pilule) où la parole est « aux plus cons » (Les anarchitectures), où les seules perspectives sont « entre le ciel et le ciment » (Sonnez tocsin dans les campagnes). Cigarette va encore plus loin en opposant le bon vieux temps où « les mômes ne rêvent plus de marcher sur les lunes » à un présent où « ils rêvent de savoir comme se faire de la thune ». Ces deux visions semblent particulièrement réductrices et terriblement convenues. Tout comme les remarques sur les filles aux « culottes baissées », aux « strings en apparence » et « à l'odeur de la CB ». Pourtant on peut difficilement reprocher à Saez de s'engager contre cette société mercantile, d'enfoncer, avec J'accuse, une nouvelle fois le clou sur lequel il tape depuis Jours étranges.

Belle et Brel

Saez a prouvé au fil de ses albums qu'il maîtrisait aussi bien le rock que la chanson française. C'est ainsi qu'il se laisse porter par des vents musicaux différents, au gré des thèmes de ses chansons. Le rock explosif de Pilule rend ainsi compte du sentiment d'urgence de la vie quotidienne qui ne laisse plus « le temps de rien ». Le chant a capella de Les anarchitectures fait de l'ouverture de l'album un pamphlet psalmodié avec fièvre. A l'opposé Regarder les filles pleurer est accompagné de son instrumental qui permet de se focaliser sur les sentiments engendré par la musique seule : on peut d'ailleurs être surpris par ce morceau qui ne prend son ampleur que dépouillé de la voix traînante de Saez. Cette voix triste et froide donne une atmosphère étouffée à l'album, que seul l'amour parvient à percer, comme un rayon de soleil, une bouffée d'oxygène. La guitare sèche de Margerite emmène ainsi le disque vers des territoires apaisés, tandis que On a tous une Lula nous entraîne dans une danse joyeuse avant que le Tricycle jaune nous laisse détendu et satisfait.

Avec J'accuse, Saez ne fera, une nouvelle fois, pas l'unanimité. Ses détracteurs pourront toujours lui reprocher une certaine facilité dans les paroles et sa voix si spéciale. Les amateurs eux sauront mettre en avant la diversité d'une œuvre engagée tout en sachant conserver une poésie à fleur de peau. En attendant la sortie du prochain album prévue en octobre !

 

Saez - J'accuse

01. Les Anarchitectures
02. Pilule
03. Cigarette
04. Des p'tits sous
05. Sonnez tocsin dans les campagnes
06. J'accuse
07. Lula
08. Regarder les filles pleurer
09. Regarder les filles pleurer thème
10. Les Cours des lycées
11. Les Printemps
12. Margerite
13. On a tous une Lula
14. Tricycle jaune

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