8/10R.wan - Radio Cortex

/ Critique - écrit par Lilly, le 14/09/2006
Notre verdict : 8/10 - Fourmillant d'idées (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 2 réactions

Funambule, R-wan, chanteur de Java, consacre son premier album solo à suivre le fil d'une radio pirate : Radio Cortex. Intarissable et hétéroclite, la radio diffuse des thèmes venus du hip hop, des musiques du monde et de la chansonnette. Entre parodie légère et coups de gueule acerbes les mots coulent et se heurtent pour saisir un monde en dégénérescence, subissant de la friture sur ses ondes souffreteuses.

Sur des airs de Java

R-wan baigne dans la culture musicale de Java souvent définie comme du rap musette. Le recyclé, chanson joyeuse accompagnée de cuivres et de choeurs aux voix mutantes, nous rappelle le swing et l'humour déjanté de son groupe d'origine, à travers une histoire abracadabrante. Mais le talent de l'auteur est de savoir faire un discret clin d'oeil à cette influence sans tomber dans les travers d'un album solo pastiche.

Le rap héritier de la poésie

Il est amusant de voir comme le rap peut être décrié par une couche supérieure de la société alors qu'il est le plus pur héritier de la poésie savante. Les rythmes, les prononciations, les accentuations, les mots qui glissent les uns après les autres, s'interpellent, s'interchangent, transforment les textes en musique vivante. Le son de chaque syllabe prend sens, on y traite de problèmes de banlieue, d'environnement, d'exclusion. A grand renfort de percussions/boîte à rythme aux battements inquiétants, R.wan et ses nombreux invités tâtent le pouls d'une société abjecte. Le synthétiseur renforce souvent la pesanteur des morceaux hip hop. La dernière piste de l'album est ainsi un joyau d'émotion : L'âge d'eau évoque une expulsion, contée par une voix ébréchée qui de désespoir se raccroche aux chimères. Le schéma de la musique est toujours simple sur Radio Cortex, souvent deux ensembles musicaux se répondent, ici c'est d'un côté un synthétiseur qui s'effondre sous le poids de la nostalgie, de l'autre une guitare sicilienne qui sautille sur les rêves aigres-doux.

La Radio qui déraille


Radio Cortex ne diffuse pas que des flash infos tragiques. Elle recèle de délires musicaux et trouvailles sonores, fruits souvent de panachages inhabituels. Ainsi nous écouterons les jingles latinos de la radio, un remake grésillant de Petit Papa Noël, un remake branchouille de Laisse Béton de Renaud devenu sous les talents d'imitateur de l'artiste Lâche l'affaire, nous croiserons la sensualité du reggae, une chanson de variété à la Patrick Fiori sur le destin cruel des céréales et du pain de mie, la satire grandiloquente d'une famille bourgeoise sur fond d'opéra, de la chansonnette digne de Jeanne Cheral, des chants afro antillais, nous entendrons des cris d'oiseaux et des tonalités asiatiques. Les ambiances sonores voyagent avec nous pour cet état des lieux de notre univers. Ces mélanges formels tiennent par le lien de la radio qui brode finement le tout. Les arrangements sont souvent simples mais R.wan ne manque pas de nous surprendre en interrompant un morceau par un divertissement farfelu, en croisant les origines musicales, en variant les rythmes.

Réalisé par Laurent Gueneau, ce premier album solo dévoile l'étendu du potentiel d'R.wan qui déroule un véritable projet musical dans une langue fleuve charriant mille histoires et un son métisse plein d'audaces marqué par le rythme omniprésent des percussions. Bien entouré par des artistes tels que Fixi, Camille Ballon, Arnaud Elbaz et bien d'autres, R.wan sort de l'expérience avec tous les honneurs.

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