La Ruda - Interview

/ Interview - écrit par Loic, le 10/10/2004

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Interview de La Ruda

C'est dans les loges de la Coopérative de Mai a Clermont-Ferrand que nous avons rencontré Pierrot, chanteur de la Ruda, ex Salska, quelques heures avant qu'ils n'enflamment la salle :

Krinein : Entre les deux derniers albums, le groupe a connu de grand changements : Changement de nom, de label, création des associés dur réel... Cela a-t-il eu une incidence sur 24 images/seconde ?
Pierrot : Enfin, on n'a pas vraiment changé de nom, on l'a juste raccourci. La Ruda, ça fait un petit moment déjà que tout le monde nous appelle comme ça. Maintenant, on se contente juste du surnom. Après, est ce que ça a eu une influence sur l'écriture de l'album ? Le changement de label je ne pense pas, le changement de nom bien évidemment non plus. Ca a pas mal influencé notre vie, en tant qu'asso, parce qu'on l'a produit nous même cet album, ce qu'on n'avait pas fait sur le passager. On s'est remit à produire nos disques, ça nous a fait poser pas mal de questions, remettre en marche la petite machine : trouver les moyens de le financer, l'enregistrer, avec qui... Ca nous a responsabilisé un peu plus, ça c'est pas mal. En plus on était totalement maître de notre destin artistique, comme on l'était chez Yelen d'ailleurs, et maintenant on est chez Wagram. Après, au niveau de l'orientation musicale, ça correspond aux envies du moment, on a été vers ce qui nous excite, en l'occurrence, une envie de guitare, quelque chose de plus rock, dans la composition surtout, le fait de travailler avec les guitares en avant, ce qui a donné un ton un peu neuf à notre musique, mais toujours dans le but de se sentir créatif, de ne pas se répéter tout en essayant de garder un certain esprit, c'est pas toujours évident.

K : Comment se répartissent les responsabilités entre Wagram et les associés ?
P :
Les choses se font assez simplement. On s'est retrouvé sans label après la rupture avec Yelen. Malheureusement, Yelen n'existe plus aujourd'hui, ils se sont fait jeter de chez Sony, c'est très regrettable. Une petite parenthèse d'ailleurs, ça montre que tout va bien aujourd'hui dans la musique...
En tant que producteur, on avait un accord de principe avec Wagram, pour qu'ils distribuent le disque, une fois qu'on leur a proposé l'objet. On avais le temps de le faire, tout en sachant qu'il ne faut pas trop traîner en route, car avec un groupe comme la Ruda, on a besoin de créer une actualité si on veut exister aux yeux du public. Donc une fois l'album fini, et financé même, on est passé sur un contrat de licence avec Wagram, à charge pour eux de le mettre dans les bacs et de le promouvoir autant qu'ils peuvent.

K : Cela fait quelques mois que l'album est sorti, vous avez déjà dû avoir quelques échos, que ce soit du public ou de la critique ?
P :
Là on finit de le défendre, on a attaqué la tourné à peu près au moment de la sortie, en avril, à charge pour nous de le défendre sur la route. Là c'est notre troisième tournée, on a déjà fait 60 - 70 dates, on va en faire en tout une centaine cette année jusqu'à noël en gros.
Après, au niveau des medias il est bien passé, au niveau du public un peu moins. Avec un nouvel album c'est toujours un peu compliqué, les gens se l'approprient ou ne se l'approprient pas, le fait qu'il soit un peu plus rock en a déstabilisé certains, en a séduit d'autres, c'est le jeu de tout disque. C'est pour ça qu'il faut faire ce qu'il nous plait, parce que sinon on pars en sucette, si quelque chose ne marche pas comme on voudrait, et qu'en plus on n'a pas fait ce qu'on voulait, on a l'impression de se trahir. Donc on a délibérément choisit cette orientation plus rock, qui correspondait à nos envies. Au niveau des chiffres, il est en dessous des autres, mais c'est déjà des bonnes ventes, il doit se situer à 20 000. C'est en dessous des autres, mais ce n'est pas dramatique, c'est de la musique et à charge pour nous de le défendre, pour montrer que cet album a de la vie.

K : La musique a beaucoup évoluée, mais les thèmes n'ont guère changé : Chansons engagées et d'autres beaucoup plus festives et humoristiques...
P :
Oui, tout à fait, on s'atèle à ne pas avoir une humeur uniforme sur l'album, et comme sur nos autres albums, et comme tout le monde, on aime parler de ce qui nous plait et nous déplait. Dans ce qui nous déplait, ça peut relever de choses sociales, et ce qui nous plait, ça peut être des choses très candides, misant sur la rhétorique, les jeux de mots, la façon de les mettre les uns avec les autres, que ce soit sonore, de raconter des histoires. On s'attache à avoir un son, au niveau musical, de se sentir neuf, et puis d'avoir un esprit, qui relève un peu plus des textes, d'avoir un ton, une façon de raconter des histoires, d'avoir quelque chose d'identifiable, que les gens puissent se dire en écoutant un morceau « tiens, ça pourrait être la Ruda ».

K : Dans vos albums précédents, il y avait pleins de petites références cinématographiques, et là, l'album s'appelle carrément 24 images/secondes. Le cinéma est quelque chose qui vous inspire beaucoup ?
P :
Oui, tout à fait, car dans les deux cas, que ce soit des textes de chansons ou des scénarios, on parle de petites histoires, et on est assez féru de ça. On est allé puiser dans ce patrimoine commun, et c'est intéressant, le climat passe tout de suite, et tout le monde se l'approprie, on n'a pas besoin de raconter la psychologie des personnages. Quand on parle des frères Volfoni, tout le monde sait de qui il s'agit, et on n'a qu'à rebondir là dessus. Et paradoxalement, on n'a pas vraiment de référence au cinéma dans le dernier, si ce n'est le titre, qui dans la chanson est un terme juste emprunté au cinéma, mais qui n'est pas mis sous cet éclairage là. Mais sinon, on s'attache à faire des scénettes, mais plus que ça, des bonnes chansons, enfin, des chansons, après qu'elles soient bonnes c'est autre chose. J'entend par la d'avoir un ton, comme je disais tout à l'heure, ou au moins une écriture, que ce ne soit pas qu'un prétexte de remplissage. Et c'est pas mal le hasard qui va déterminer le thème d'une chanson. La langue française, sur du rock, quelque chose d'assez péchu, on va s'attacher à l'univers sonore des mots, on ne peux pas toujours mettre tout ce qu'on veut, on a des structures qui sont assez changeantes, dans ces morceaux là. Il faut penser à ce que le texte se mette bien dans le moule, on ne peut pas raconter des textes à plats, comme on pourrait le faire sur des chansons très pop ou sur de la musette par exemple. Donc il faut penser à tout ça, et on peut partir d'un refrain très sonore et qui raconte une idée intéressante, et après se demander ce qu'on pourrait raconter à partir de ça. C'est la musique qui va orienter un climat en terme de texte.

K : Et écrire un scénario pour le ciné, ça ne vous intéresserait pas ?
P :
Si, bien sûr, c'est tentant, mais c'est beaucoup plus dur qu'il n'y parait. L'avantage de la chanson, c'est la contrainte. La contrainte de la rime, de la structure, me force à faire des choix. Pour une scénario, on a libre cours à son imagination, c'est plus délicat, ça demande plus de travail, et je ne suis pas sur que ce soit dans mes cordes. Mais en tout cas, c'est sûr que c'est tentant, et ce sera essayé.

K : A propos du concours qui consiste à réaliser un court métrage sur Paris en bouteille...
P :
C'est plus une mise en image qu'un court métrage qui est recherché.

K : Ca ne vous tenterait pas un tel exercice ?
P :
Le but était justement de laisser au gens le soin de s'approprier l'univers qu'on leur propose. Quand on écrit et compose une chanson, on voit a peu près ce qu'on veut faire, ce qu'on a voulu dire. C'est pour ça qu'on a choisit un morceau, pas ésotérique, mais qui laisse quand même beaucoup de place à l'imaginaire, pour voir comment les gens se le sont approprié, et ça laisse pas mal de marge. Et ça permet de faire rentrer un peu d'inconnu dans quelque chose qu'on va préparer très sérieusement.

K : Et vous pouvez nous en dire un peu plus sur le DVD ?
P :
Pour l'instant c'est en branle, mais on a la volonté de faire un objet qui soit double, avec dans un premier temps un concert, qu'on va enregistrer à la fin de l'année, et un autre disque qui comprendra un peu l'historique du groupe, car ça fait 10 ans qu'on existe maintenant, et on a beaucoup d'images, et on va essayer de raconter nos petites aventures. Maintenant, il faut « dérushé », parce qu'on a beaucoup de choses qui nous font rire nous, mais qui ne feront pas forcément rire les gens. On veut montrer ce qu'est la Ruda, son univers, sur scène et hors de la scène.

K : Et vous savez déjà quel concert sera filmé ?
P :
Oui, on fera ça à domicile, à Angers, au Chabada. Ce sera les deux dernières dates de septembre.

K : Sinon, la Ruda, groupe de ska ou groupe de rock ?
P :
Pour moi, la Ruda a toujours été un groupe de rock alternatif. Maintenant, ça n'a pas changé, et c'est un terme que j'aime bien. Ca nous laisse de la place pour le contre-temps, le ragga, quelque chose d'un peu plus pop. On essaye de travailler au service d'une énergie, qui souvent se décline sur le rock, mais aussi par le ska. Mais bien souvent le ska sonnait rock. Mais on n'a jamais tiré un trait sur le ska, sur le dernier album il y a deux trois chansons ska, et sur le prochain, ça peut être la quasi-totalité du disque, c'est une question d'humeur et d'envie. Et l'important, c'est d'être créatif et de faire des bonnes chansons. Si tu répètes six mois pour faire un album, et qu'il s'avère que les chansons les plus intéressantes sont celles qui sont rock, tu vas mettre les rock sur le disque, tu ne vas pas te forcer à mettre les ska si tu ne les trouves pas à la hauteur.

K : Etre 8 dans un groupe, ça ne doit pas être facile tous les jours ?
P :
Evidement, c'est pas toujours évident d'être nombreux, chacun a sa vision de la chose, et bien évidemment quand une chansons passe à la moulinette des envies de chacun, ça passe par des chemins un peu tortueux. Ca peut être un avantage en terme de création, ça multiplie les possibilités au départ, mais ça peut être frustrant car ça peut détruire l'énergie du morceau, à trop vouloir l'améliorer ou le changer. Dans un groupe, que ce soit dans les compos ou dans la vie de tous les jours, c'est au moins 50% de compromis. Il faut voir avec tout le monde, et il faut parfois jeter des morceaux. On jette beaucoup de morceaux à la poubelle, pour que tout le monde s'y retrouve, car sur scène il va falloir les défendre. Alors plus on est nombreux, plus c'est long de composer des morceaux.

K : Et comment se déroule le processus de décisions, vous faites des votes...
P :
Quand quelqu'un n'aime pas une chanson, les autres essayent de le convaincre, de lui montrer qu'il se trompe. Mais en général, ça se voit assez vite quand une chanson nous plait. Mais par exemple, quand il y a 4 contre 4, on la jette. Quand il n'y a qu'une personne qui ne l'aime pas, on lui dit qu'on pense qu'il se trompe, et souvent la chanson est bonne en fait. Et quand on compose, on n'est un peu dans notre sous terrain, on n'a pas le recul nécessaire, et c'est intéressant d'avoir un avis extérieur, qui peut être soit des amis à nous, soit des gens du label qui nous donnent leur avis. Parfois ils nous disent qu'un morceau qu'on trouvait bon n'est pas si génial que ça... Ca nous sort de notre bulle et nous donne un peu de recul. Par exemple, sur notre dernier album, a couché 24 - 25 morceaux et on n'en a gardé que 13. C'est en partie cet écrémage qui a donné la tonalité de l'album, si on avais choisit d'autres morceaux il aurait pu être plus chanson ou plus ska.


Je tiens à remercier Pierrot, ainsi que Cédric et Olivier de chez Wagram.

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