8/10Robert Le Magnifique - Oh Yeah Baby...

/ Critique - écrit par Dat', le 03/06/2008
Notre verdict : 8/10 - Pom Pom Ace (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - 1 réaction

Robert Le Magnifique continue de défricher le hiphop et l'electro en le plongeant cette fosi dans un rock rageur et extatique. Bordelique, joyeux et jouissif...

Avec Robert le Magnifique, c'est une histoire d'amour, commencée tel un coup de foudre. Me baladant dans un regretté magasin de disques, matant plus ou moins lubriquement les designs de disques pas foncièrement engageants, je tentais de consoler des oreilles désespérément seules depuis quelques semaines. Et voila qu'en claquant des boîtiers mal agencés, apparaît une pochette cartonnée à l'artwork sublime, déchirant l'air ambiant tellement qu'il était trop classe si si je vous jure. Très avare en informations, (simple pochette slim cartonnée) et avec un nom d'artiste inspirant évidemment la méfiance, il fallait s'y prendre à deux fois avant de se laisser embarquer dans cette aventure qui risquait clairement d'être le simple coup d'un soir, aussitot écouté, aussitot oublié.

Resultat ? Grosse claque, album d'Abstract Hiphop électro de haute volée, fait avec des bouts de ficelles, comme on en entendait peu auparavant. Et si Robert, comme son patronyme le laisse supposer, est plutôt bien gaulé, c'est vraiment grâce ses scratchs que le mec paraissait Magnifique. Le plus drôle, c'est d'avoir découvert quelques temps après que ce même mec avait posé ses scratchs sur le premier disque de mon amour de toujours, Abstrackt Keal Agram, filé par des cousins bretons. (Ouais entre bretons, on ne se refile pas que de la bière et des galettes complètes). Les deux disques partageaient, outre une absence de titre et un coté bien bricolo, un son français qui allait ouvrir une brèche dans l'Abstract à la française, emmenant ce dernier sur des territoires électro ou rock d'une façon peu commune, tout en restant très simple. Pas un hasard si Abstrackt Keal Agram fut salué par tous (mon dieu foncez sur leurs disques) avant d'imploser tristement l'année dernière.

Ok bon je reprends mon histoire. Vous conviendrez qu'il est difficile de gérer deux relations à la fois. Ce n'est pas faute de vouloir trancher, mais les deux entités m'ont carrément mis des bâtons dans les roues, à toujours traîner ensemble. Robert qui pose sur les disques d'AKA, AKA qui compose avec Robert, Tepr qui remix Robert et Robert qui remix Tepr qui fait parti d'AKA qui remix Robert en passant par... aaarrrg on n'en sort plus. Le point d'orgue de ces collaborations apparaissant grâce à la splendide bande son de la pièce de Hip-Theatre-Hop Hamlet, toujours lacérée par les mains d'el Magnifico. Bref, après un deuxième album alien qui n'a malheureusement pas été assez remarqué, et quelques feats platinistiques, le bonhomme nous reviens en ces jours avec un album plutôt attendu... Quid de la recette ? On revient à un Abstract Hiphop plus "conventionnel"  ? ou l'on continue dans le délire fourre-tout entamé par le deuxième album, en brassant le maximum de genres ?

 

Toi aussi, joue avec ton Modem 56ko !

Robert Le Magnifique. (Hi-tekznologik)
Robert Le Magnifique. (Hi-tekznologik)
Hello Malo
induit en erreur : piste tranquille,  joyeuse,  avec ses scratchs bien placés et ses petits sons parasites, qui aurait clairement pu se balader dans le premier opus sans rougir. Une guitare acoustique pour donner le ton, érodant les réminiscences Hip-hop qui bardent le titre. Ouaip, Robert le Magnifique est bien parti pour nous faire hocher tranquillement la tête, comme au bon vieux temps. C'est pile au moment où cette certitude fait son trou que cette débraillée de Nina décide de débarquer, le sourire zébrant son visage, une guitare à la main. Et voila qu'elle nous balance une ligne de gratte tubesque, super enjouée, imparable. Ce ne sont plus les nuques que vise Robert, mais bien les hanches. Et vas-y que je te paie un morceau de Rockabilly qui fera un tabac dans une bagnole, avant de partir en vacance. Ce morceau, c'est la plage, le ciel bleu, les poursuites de vendeurs de chouchous, les conneries dans les stations essences, les cris fenêtres baissées et les mouettes qui chient sur votre pare-brise. Reste que passé l'effet de surprise, on est assez décontenancé de voir notre homme verser dans le Rock, le vrai. Le Rock ensoleillé, certes, mais le Rock quand même. Et ce n'est pas le seul titre à s'engouffrer dans cette brèche, bien aidé par les cordes d'Olivier Mellano (il est partout ! ). No Wasting Time, habité par la voix de Laetitia Sheriff, donne dans le brulôt Fm mutant, et Ma Main Dans Ta Gueule dans le Punk énervé bien jouissif.

Mais c'est quand Robert le Magnifique concilie ces digressions avec les bases de ses précédentes productions que le tout resplendit. No buzz Anymore commence sur une longue balade Hiphop bleepienne façon "Robert Le Magnifique" : Beats feutrés, boucle presque jazzy, basse ronde et petits zigouigouis bizarres peuplant la majorité des morceaux du Monsieur. Ces fameux cliquetis à mi-chemin entre la boite à musique, les vieux modems et l'Atari de musée servant même ici de base mélodique. Bref, le tout se déroule avec grâce, avance en claudiquant, attirant la sympathie de tous... Pour mieux vous sauter à la gorge, le titre basculant sur une déflagration électrique sublime, balayant toutes fondations à coup de grattes électriques bien massives. Les piou piou de l'intro n'y survivront pas.

On se mettra même à genoux devant le génial Twenty Eight Love Song, qui nous sert du Robert comme on les aime,  avec cet Abstract candide taillé à la serpe, la guitare remplaçant la contrebasse. Fracture, on frole le Big-Beat, le rythme se fait plus appuyé, les scratchs laminent le tout et l'on se retrouve en pleine tornade Punk-Hop, à vous arracher la gueule. Fatboy Slim periode Rockfeller Skank montre les dents. Même combat pour l'énorme Reulf, mignonne comptine droguée virant rapidement sur une tempête ultra-nerveuse, à dynamiter un pâté de maison. 

 

L'élément Fédérateur

Le Hip-hop, le brut, sera incarné par le dantesque La route du Rob, où Iris et Robert Le Magnifique² (Hi-Tekznologik)
Robert Le Magnifique² (Hi-Tekznologik)
l'implacable Arm vont discourir sur un Robert tristement introuvable depuis une soirée bien arrosée, débouchant sur un jeu de piste éthylique. Cela faisait un bail que l'on avait pas entendu Arm, le compère de toujours, dans un registre aussi cabotin, et pour le coup, c'est presque une idée de génie. Les deux MC, hilares, se gaussent sur 3 min 30 d'un pauvre Robert raide mort dans un anonyme caniveau, et donnent l'impression de rapper avec une pinte de bière dans le cerveau. L'instrue est super enlevée, bastonne dur, terrain de jeu parfait pour des MC avides d'anfractuosités rythmiques. Ambiances de Pub et dialogues de mecs ronds comme des queues de pelles finiront de parafer le tout. Retrouver la trace du robert, il a du finir tard, du prendre cher hier...

Si mes souvenirs sont bons, le dernier titre de Kinky Attractive Muse, deuxième disque de Robert le Magnifique, abritait un superbe morceau cathédral, à vous balancer directement hors stratoshpere. Anges Recyclés, concluant ce Oh Yeah Baby, en prend le même chemin, incarnant sûrement l'un des plus grands titres qu'ai pu nous servir maître es vinyles. Claviers saturés, presque noisy, parachutés sur un maelstrom rythmique virant de la ballade aquatique au hardcore épileptique en un clin d'œil, voix fantomatiques d'après carnage, guitare électrique hurlante, breakcore enragé... Les montagnes russes façon Idwet. Quand l'ambiance se pose, l'âme de Jesper Kid flotte avec ces chœurs saccadés d'une armée rouge en déliquescence tentant de se faufiler entre des beats plus sereins, presque rassurants. Sublime. La montée finale, grandiloquente au possible, finira d'achever les derniers indécis à coup de pelle. Merci pour le petit chef d'œuvre.

 

Robert le Magnifique continue donc son petit bonhomme de chemin, alignant petites perles Rock, Electro ou Hip-hop sans se soucier de passer du coq à l'âne, au sein même d'un album bien foutraque et foncièrement enivrant. L'empreinte Robert est toujours là, les scratchs (bien que moins présents) sont toujours aussi acérés, et le tout respire la déconne et la joie de vivre comme rarement. Ne pas se prendre au sérieux, ravir les esgourdes et continuer de défricher une direction jouissive et palpable depuis ses toutes premières productions. Certes, on peut, un jour de pluie, regretter le visage bien plus Abstract du musicien dans ses prémices, mais il est clair que la touche Rock, (Rubin Steiner est-tu là ?) beaucoup plus appuyée, apporte énormément au coté espiègle et barré du tout. D'autant que le disque ne se dépare jamais de cette cohérence qui permet d'appréhender l'album avec un sourire vous défigurant le visage. 

Ennemi déclaré d'une déprime passagère, et clairement le plus sérieux concurrent du dernier album des Sporto Kantes, ce Oh Yeah Baby illustre à merveille la ligne directrice du label Idwet : Balancer de la musique de tous horizons, de tous genres, si tant est qu'elle soit bonne. En prenant son pied, évidemment...

 

Robert Le Magnifique - Oh Yeah Baby...
01. Hello Malo
02. Nina
03. Reulf
04. Bad'Z Pixel
05. Twenty Eight Love Song
06. Oh Yeah Baby...
07. La Route du Rob feat Arm & Iris
08. No Buzz Anymore
09. Ma Main Dans Ta gueule
10. Its So Sad
11. No Wasting Time
12. Anges Recyclés

 

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