8/10REVO - Artefacts/...

/ Critique - écrit par Dat', le 04/05/2008
Notre verdict : 8/10 - Revo(lume) (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 5 minute(s) - 2 réactions

Artefacts ravira les amateurs d'electro-rock peu avares en montées et explosions extatiques. Du tout bon !

La déferlante "groupe de rock" est au plus haut. D'ailleurs dans mon quartier, il y en avait un qui avait un succès assez considérable. Ils faisaient des concerts à la piscine municipale, avaient des menu macdo gratuits, et portaient tous des lunettes noires (un peu trop grandes). Ils chantaient des trucs sur le fait que les filles c'est trop bien, qu'ils étaient beaux et que les jeans moulants réduisaient drastiquement la possibilité d'avoir un enfant, ce qui est plutôt cool pour chopper les groupies qui veulent un autographe sur leur carte de bus. Evidemment ils soutenaient à tort et à travers que le rock c'est trop bien mais que celui d'avant les années 90, et leurs disques duraient tous moins de 30 minutes car c'est ce qui se fait dans le rock et que c'est comme ça qu'on pose un pied dans le milieu.

Tout le quartier essayait de profiter du rayonnement de ce quatuor, en le plaçant à tous les râteliers. L'appartement des gars s'était transformé en squat permanent, avec des nichons, des potes et des bières dans tous les coins, les trois quarts des jeunes du coin essayant de grappiller un bout du gâteau. La fumée purée-de-pois des joints transformait l'appart en véritable aquarium. Les mecs étaient stones  24h/24h, fumaient de tout, avec une préférence pour les pneus Goodyear. Moi-même, je leur avais vendu du sucre, en faisait passer ça pour de la coke. Ils ont saigné du nez pendant tout un concert en se lamentant sur leur sort, le tout donnant une profondeur insoupçonnée à leur chant. Tiens, leur aura était telle que les medias du coin n'avaient pas tarder de s'emparer du phénomène : Interviews sur la chaîne de Tv de la ville, happenings lors des matchs de Handball, même un article dans THE journal local. Mais là, c'était dans la rubrique nécrologique, vu que le chanteur est mort brutalement. Le groupe a du donc du déposer les armes. Ce qui est assez con, vu qu'ils auraient pu faire du rock instrumental. Avec de l'électro, ça passe même super bien.

 

Best heard from the Floor

Je ne sais pas si REVO ont eu une histoire aussi mouvementée, (quoique, vu les nuits folles de Morlaix) mais ces derniers ont fait le choix de zapper le tumulte d'une formation cramoisie pour se jeter corps et âmes dans une musique instrumentale sans concession : On tapisse les murs avec un lit de rythmes électroniques, tout droit sortis d'une boite à rythme qui crame sous de terroristes assauts. Et l'on détruit le tout avec un mur de guitare qui arrive en trombe, qui réduit en poussière pères et mères. Les synthés se chargeront d'insuffler une bonne dose de mélodie au tout. Pour le coup, le premier titre de cet Artefacts/..., Mcmlxxx, annonce direct les hostilités. Nappe de synthé bien lourde, choeurs superbes disséminés avec parcimonie, rythme qui s'emballe et vous saute directement à la gueule. Boum, avalanche de guitares, concert hardcore dans une église, on part sur une longue cavalcade acérée, presque noisy. La cassure entre les deux ambiances est nette, et vous envoie directement dans la stratosphère.

REVO
REVO
Même constat pour Wire, qui va démarrer sur une petite litanie candide, martelée d'un rythme presque aléatoire, giclant dans tous les coins, mutant constamment. Un synthé saturé se pose, la pression monte, s'étire, ouvre les bras et laisse la tempête électrique s'abattre de nouveau, bourrasque de guitare appuyée par un rythme pachydermique. Le son est énorme, d'une puissance folle, à faire passer The Prodigy pour des choristes de Renan Luce. J'imagine à peine la boucherie qu'un titre pareil doit provoquer en Live.

Mais les atmosphères ne sont pas toujours des tributs à Zeus et ses colères, et certaines pistes lachent du lest pour laisser le groupe vagabonder sur des terrains plus électroniques et énigmatiques. Adversaire pourrait se glisser dans un album d'Amon Tobin sans faire tache, entre sa rythmique mutante, sorte de Jazz décomposé et passé au hachoir, le tout surplombé de nappes menaçantes et ombrageuses. Même syndrome Amon Tobin avec le très beau Rain Of Artefacts : métronome concassé, superbe mélodie tentant de survivre au marasme sonore, le tout sur une structure bien escarpée, à ravir les oreilles adeptes d'averse sonore.

Rassurons les amateurs de Headbanging enfiévré, REVO sait aussi bourriner sans minauder, avec en point d'orgue Energie !!! (Cela ne s'invente pas) qui balance avec un sourire sadique  murs de guitare et  fûts matraqués, à faire trembler un quartier entier. Pas vraiment d'attaque agressive et gratuite, au contraire. Simplement de grands arceaux de guitare, et une MPC qui crache sa haine comme jamais, à marteler le morceau comme un Choi Min-sik tabasse la dentition de son geôlier. Le semblant d'orgue qui perle en fin de titre finira de nous achever à coup de pelle. Le groupe en surprendra plus d'un en nous refourguant même un morceau Industriel-Noise, Irae Breaks Machine I, façon soulèvement des machines, saturations à tout va, pour mourir sur une mélodie fluette, presque réconfortante après un bordel pareil (Dommage que la première partie Noise du morceau soit avortée trop rapidement...).

Mais la parfaite illustration de ce que peut faire REVO s'illustre sur l'énormissime Le miel est plus doux que le sang. Rythme de folie, nappes de synthés à tomber, ambiance funèbre qui se déroule sur une montée bien extatique, explosion de guitares étourdissantes... avec pour cerise sur le gâteau des beats qui buggent à n'en plus finir quand la tempête atteint son paroxysme, flirtant avec la transe que pourrait nous offrir un Venetian Snares si ce dernier décidait d'avoir un soudain penchant pour le rock brutal. Ça vrille dans tous les sens, saccades sur saccades, crissements, déchirements, mélodie dantesque, et l'on repart pour un tour, une détonation finale à laisser tout le monde sur la carreau, larsen hurlant à la mort, molettes tournées à fond, et des rythmes qui se nécrosent à n'en plus finir, qui vous arrachent le cœur, la mâchoire, vous enterre six pieds sous terre. Ce titre, c'est Rivière d'Abstrackt Keal Agram remixé par Ez3kiel dernière version. Sublime.

 

Machine Gun

Alors certes, on pourra arguer que REVO sert une recette assez similaire sur la plupart des titres de l'album : On pose l'ambiance, on vrille la structure et l'on part dans un assaut rock à faire chavirer les foules. Des montées, des explosions qui se pointent à  la quasi-totalité des morceaux, et qui, au final, réjouissent plus qu'elles ne surprennent. Mais qui n'enlèvent rien au fait de prendre méchamment son pied sur ces attaques de folies, qui prennent certains titres au départ bien tranquilles pour les envoyer s'écraser sur un mur. On piétine le rythme, on fracasse sa guitare sur le reste de mélodie. C'est jouissif, ça prend les tripes, et sur certains essais,  la mixture se transforme en or (on ne se remettra pas de la superbe ouverture de disque Mcmlxxx, et du dantesque Le miel est plus doux que le sang).

REVO prend le parti d'un album dur, sans concession, presque trop brut (en témoigne sa pochette en noir et blanc, chose assez rare pour être signalée).

Un passage à tabac electro-rock superbement maîtrisé. Attention aux dégâts irréversibles sur la nuque après une écoute trop régulière. Les lives du groupe doivent être affolants.

 

REVO - Artefacts/...
01. Mcmlxxx
02. Wire
03. Evil Raid
04. Adversaire
05. Le miel est plus doux que le sang
06. energie !!!
07. Opiace
08. Rain of artefacts
09. Irae Break Machine I
10. Irae Break Machine II
11. Ontario
12. /...

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