9/10RAoul Sinier - Huge Radish Samourai

/ Critique - écrit par Dat', le 23/12/2007
Notre verdict : 9/10 - Here Comes The Radish (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - 1 réaction

Point d'orgue d'une année 2007 bien chargée, Raoul Sinier nous offre un maxi gargantuesque, étonnant autant par ses morceaux inédits que ses remixes de haute volée.

L'année du RA. Pas celle du dieu soleil, en berne pour le coup, mais bien celle de Raoul Sinier, français de son état, qui a eu des mois chargés en cette année 2007. Apres un premier disque il y a 3 ans, Ra accouchait d'un second disque incontournable en ce début d'année, Wxfdswxc2, malheureusement vite introuvable après la regrettée mort du Label Sublight... Pas démonté pour autant, Mr Sinier sort un disque de remix sur le grand Planet Mu, un Ep sur le jeune label anglais Discordance et un 12'' sur Ad Noiseam... Structure qui va accueillir à partir de maintenant les prochains disques de Ra, qui abandonne ses deux lettres pour poser avec son vrai nom, Raoul Sinier. Avec comme première salve ce Huge Samourai Radish, (très) gros Maxi composé de 7 titres inédits plus 5 remixes, agrémenté d'un artwork de tueur et d'une vidéo de haute volée, où un radis se fait la malle d'un site de traitement tout droit sorti de la saga Oddworld, et peu enclin à respecté les légumes croque-au-sel.

Car il faut le savoir, RA, en plus d'être un musicien affolant, est aussi un designer / graphiste / cinéaste, qui s'est d'abord illustré en faisant clips et pochettes des cinglés de dDamage. Il expose ses tableaux, voit ses courts métrages passer sur Canal+ ou No Life, et réalise lui même tous les clips de ses morceaux, se distinguant avec des images salaces, un univers aliéné jusqu'à la moelle, créant des créatures complètement uniques, oscillant entre candeur malsaine et difformités fascinantes.

 

Des radis déboulent de partout et tabassent tout ce qui passe

Raoul Sinier
Raoul Sinier
Et la musique n'est pas en reste. Fusant dans tous les coins, animés de soubresauts incontrôlés, de digressions en tout genre, elles attendrissent autant qu'elles bousculent, elles s'illuminent autant qu'elles vomissent leur rage. Prenons pour exemple le morceau titre, Huge Samourai Radish. Il illustre à merveille la cavale du pauvre Radis, avec ces nappes mystérieuses s'étalant sur des incartades indescriptibles, crépitant dans vos oreilles plongées dans une fourmilière rythmique. On est loin de la rage incontrôlée de titres tirés de ses précédents disques. Tout est distillé avec une préciosité saisissante. La petite mélodie candide perlant en fond semble vous transporter dans un ballet vieillot, littéralement submergé par les parasites, par ces vagues de beats insectoides bouffant le titre jusqu'à sa moelle, échouant sur un final ahurissant, dévorant la moindre parcelle de normalité d'une façon effrénée et désordonnée. On connaissait les rythmes pachydermiques, les beats appuyés, Raoul Sinier nous invente le rythme façon fourmilière, celui qui se multiplie, qui se lance corps et pattes pour engloutir la moindre parcelle de vos tympans, proche de certains exercices d'Autechre. (Avec leur titre Cap.IV notamment). L'envie d'habiller son court métrage de la meilleur des façon ou simple coup de génie, on tient là l'un des tous meilleurs morceaux du monsieur.

Et l'attrait des percussions mutantes, fusant dans toutes les directions se devoile des l'ouverture du disque, avec un Bring It On à au décollage chaotique, implosant telle une créature amorphe, soutenue par un orgue grandiloquent. Les âmes perdues sont pétrifiées au fur et à mesure de la longue montée, mise à mal par une saturation gigantesque, portail d'un final étonnant et résolument hip-hop (toute proportion gardée). La vallée des morts sera elle personnifiée par Untitled6, effrayante, avec cet orgue électronique toujours aussi menaçant, se télescopant sur la première moitié du titre avec un rythme ultra soutenu, qui vous planterait presque dans une Rave de cathédrale, avec crucifix et membres arrachés pour remplacer glowsticks et sifflets. Faites péter cadavres, rivière de sang et zombies breakdancers pour la plus grosse fête mortuaire de l'année. Mais le grand démon se réveille, et tout le monde ferme sa gueule, le temps de laisser le morceau mourir sur une démarche claudiquant et un clavier à faire venir la faucheuse sur le coin de votre épaule.

Bien heureusement pour l'ambiance générale de vos soirées, Huge Samourai Radish propose aussi des compositions plus éthérées et légères, comme l'énorme Bleach Bath, mixant un sample douceâtre avec des pieds martelant massivement son ossature, pour une montée ecclésiastique effarante de puissance. Si cette dernière décide de se poser quelques instants, pour donner un air presque Trip-hop au titre, c'est évidemment pour mieux revenir à l'assaut, annihilant la petite touche féminine grâce à un mur d'explosions, se muant en une véritable  torture pour Beatmakers. Même topo pour March, qui, outre ses bruits organiques mystérieux, reconstitue en musique une longue marche militaire qui va se retrouver en pleine guerre des tranchés, avec une longue exaction finale colossale, à annihiler tous les cerveaux encore en marche dans les environs.  La rayonnante Solid Flesh, Bande Originale parfaite pour un héros (éclopé) des temps modernes, ferait presque office de berceuses après un tel traitement, avec cette longue ascension vers les cieux sur un bon rythme hip-hop et des claviers triomphants.

Sympathy For Mr Radish

Mais cette galette Huge Samourai Radish n'est pas seulement composée de morceaux inédits de haute volée, et Raoul Sinier convie à son buffet froid des invités de marque, parfois inattendu, comme les incontournables du Hip-hop français La Caution, et Vast Aire du mythique groupe américain Cannibal Ox. Sans oublier d'envoyer un carnet d'invitation à ces potes de la clique Sublight Records, en la personne de Wisp, Datach'i et Lynx and Ram, pour 5 reprises (!!!) du morceau titre.

Coté hip-hop tout d'abord, le flow de Vast Aire se greffe sur la composition originale du morceau, pas furieusement différente de cette dernière sur le premier tiers, cassé par le petit break du milieu et quelques saccades, délitant la voix de l'américain dans des saturations inhumaines, pour atterrir sur une conclusion sublime et planante. Et pourtant, magie de la musique, le tout colle parfaitement, donnant un élan génial au titre originel, formant un morceau de rap électro de haute volée, un vrai petit tube expérimental qui joue des coudes pour surpasser la matière première.

On attendait beaucoup de la collaboration entre La Caution et Ra. Un peu trop peut être, car le morceau n'est donc qu'un « simple » remix et non pas une toile tissée de main de maître par Raoul Sinier pour le groupe, qui a pourtant l'habitude de poser sur des cavalcades folles. Nikkfurie est toujours impérial au micro, l'instrue est plutôt sympathique (et se démarque totalement du morceau original), le refrain entêtant, mais il manque un je ne sais quoi de fougue et d'anfractuosités sonores pour réellement nous arracher la gueule.

La mâchoire, on va heureusement la perdre sans détour grâce à Lynx and Ram, quiRaoul Sinier ²
Raoul Sinier ²
transforme Huge Radish Samourai en un titre de rock expérimental hystérique, à ranger entre Mu et des Yeah Yeah Yeahs cannibales, avec une chanteuse hurlant à la lune en s'arrachant les tripes, bataillant avec des breaks de batterie surpuissants, une guitare psychotique et des nappes de synthés au poil. Sûrement la plus grosse surprise de la galette, dans le fond comme dans la forme. Et que dire de la refonte de Datach'i, à tomber par terre de bonheur, tapant dans le breakcore jouissif, proche d'un Venetian Snares dans ses meilleurs jours, avec des échos et une ambiance mystique façon chœurs d'église à coller au plafond, pour finir sur une litanie 8 bits jubilatoire, saccagée par de multiples attaques Drum & Bass. Sublime. Quand à Wisp, il va nous transporter dans un Ambiant voluptueux, parsemé d'une sensibilité rare en égrenant ses petites notes façon boite à musique, créant un morceau à part entière, à la conclusion étincelante, partant dans une pop électronique à raidir l'échine des plus insensibles...

Le pire avec Raoul Sinier, c'est que l'on se répète constamment, jusqu'à overdose, à chacune de ses sorties. Ce radis revêche qui ne veut pas finir la tête dans le beurre est une preuve de plus que  RA explose à chacune de ses sorties, impressionnant de maitrise à chaque piste inédite mise sur disque. Si l'on pouvait hésiter sur certaines de ses sorties précédentes un peu avares en nouvelles denrées sonores, Huge Samourai Radish se prend ici comme un véritable nouvel album, tant les remix complétant les 7 titres inédits sont réussis et évitant constamment l'écueil de trop ressembler au titre original.

Clairement sa meilleure sortie depuis l'ineffable Wxfdswxc2, Huge Samourai Radish se pose tout simplement en indispensable de cette fin d'année. Un petit chef d'œuvre d'électro barrée, à l'univers complètement atypique.

Il ne me reste évidemment plus qu'à vous conseiller de jeter un œil à la vidéo du morceau titre, histoire d'avoir un point de vue complet des talents graphiques et musicaux du bonhomme.

 

Raoul Sinier - Huge Samourai Radish
01 Bring It On
02 Huge Samourai Radish
03 Untitled6
04 Solid Flesh (Part 2)
05 Bleach Bath
06 March
07 Peephole Crisis
08 Huge Samourai Radish - Lynx And Ram Remix
09 Huge Samourai Radish - Datach'i Remix
10 Huge Samourai Radish - feat Vast Aire
11 Huge Samourai Radish - Wisp Remix
12 Huge Samourai Radish - La caution Remix

 

 

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