9.5/10RAoul Sinier - Brain Kitchen

/ Critique - écrit par Dat', le 29/07/2008
Notre verdict : 9.5/10 - They Dance Alone (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - laisser un commentaire

Brain Kitchen est un disque radical, étouffé par des rythmiques grouillantes et des synthés ultra-massifs. Indispensable.

Le seul mec qui a fait passé Venetian Snares pour un ermite fainéant et improductif cette année est français. Raoul Sinier cumule en un peu plus d'un an pas mois de 6 sorties sur presque autant de labels différents...
Reste que si l'année 2007 a été émaillée par de nombreuses galettes placées sous le signe du RA, c'est bien dans ses prémices que le choc fut rude, avec le gigantesque Wxfdswxc2, tuerie absolue, indispensable disque pour tout amateur d'électronique crade et barrée, malheuresement presque introuvable 1 an après. (Il devrait néanmoins ressortir en version digitale dans les semaines à venir)

Il avait néammoins pu calmer les impatients en nous servant un excellent Huge Radish Samourai, faux album / vrai Ep gargantuesque.


Ce Brain Kitchen annoncé comme véritable 3eme disque de Ra, et donc successeur direct de Wxfdswxc2, portait donc un lourd passif. Comment faire mieux que la précédente galette, tout en réussissant à nous étonner malgré de nouveaux morceaux/EP proposés tout les trois mois entre les deux albums...

 

Mummy, I've had an accident...

Le fossé, le changement entre l'année 2007 et ce nouvel opus est de prime abord difficilement perceptible si l'on en reste à l'ouverture du disque, Intro 3 qui reste dans le pur style Ra déballé ces derniers mois : Ligne mélodique ombrageuse, massive et bien crade, qui crache sa rage sur un beat massif, percutant comme la mort. On a même ici une petite touche industrielle, avec des claquements de machines non identifiés. Ca explose, ça accélère, histoire de nous faire morfler sur une belle montée ininterrompue en guise d'introduction.
Bref, on se dit que Raoul Sinier veut confirmer sa ligne directrice, profiter d'une distribution et d'une ouverture plus large pour continuer son travail de bourreau des machines. Ce qui, au vu des précédentes sorties, conviendrait parfaitement à tout amateur du genre.

Ne pas prendre de risque. L'idée même de faire du surplace pour un mec dont la musique est déjà un risque à elle seule semble pourtant clairement saugrenue. Et se fait littéralement balayer des que l'on avance dans ce Brain Kitchen.

RAoul Sinier
RAoul Sinier
Raoul Sinier ne prend pas seulement des risques, il envoie carrément sa musique dans des stratosphères rarement foulées jusqu'à lors, d'une façon radicale. Le déclic se trouve un peu plus loin, cristallisé par Stone Pills. On pige directement le virage que prend la patte "RA" sur ce disque. Le travail sur les rythmes est juste ahurissant. Démarrant sur un synthé claudiquant, on entend de drôles de fourmillements en arrière-cours. Le rythme débarque, explose, se nécrose, se tire, s'arrache les viscères dès le début de la piste. Une espèce de masse grouillante, laissant perler trente sonorités à la seconde, donnant à peine le temps à des robots de crisser, crier, déraper, avant d'être repris dans le maelstrom. C'est un peu comme si RA avait posé une boite à rythme sur chaque patte d'une colonie de fourmi, et que cette dernière improvisait une exode musicale en courant le marathon de Paris. Pas de structure à proprement parler, on tente de se raccrocher à la litanie égrenée par le clavier pour que notre oreille trouve une "prise", une balise. Réflexe humain quand la noyade devient inexorable. Et au moment où l'on trouve refuge dans un morceau qui semble enfin se laisser dompter, tout se nécrose, par en vrille, disparaît. Imaginez que le titre est une page blanche, et que vous le roulez en boule avant de balancer ça par la fenêtre.
Toutes les machines d'une usine débarquent en hurlant, en se tordant de douleur, en roulant des yeux et en tabassant tout ce qui bouge. Impossible de comprendre ce qu'il se passe, impossible de réellement piger si c'est bien le disque qui part dans un territoire inhumain, ou si toutes les rames de métro autour de vous vous saute dessus pour vous étrangler. Ce n'est pas effrayant, pas agressif, juste incroyable. Le soulèvement des machines est pour aujourd'hui. Non content de nous lapider avec ce changement, l'armada laisse une once d'humanité se frayer un chemin, avec une mélodie pétrifiante de tristesse, tout droit sortie du plus beau des Aphex Twin, pleurant le fait de se faire déchirer de la sorte.
Morceau juste incroyable. Niveau "les machines prennent vie et vous arrachent le coeur tellement c'est beau", on avait pas fait aussi bien depuis le Untilted d'Autechre.

Ce morceau cristallise parfaitement le pallier franchi sur cet album. Ce qui va impressionner. Les rythmes. Les beats. Ce travail de fou, qui annihile les structures, qui transforme les mots continuité et répétition en notion inexistante. On s'en convaincra avec BabyTrash qui nous balance, sur une nappe encore une fois bien grasse, une véritable armada de cliquetis, d'incisions, de coups de lames rythmiques très claires, se comptant en milli secondes. Comme si un androïde tapait son rapport sur un clavier d'ordi cassé, après avoir pris un navire de coke dans la tronche. Enorme. Le boulot sur les rythmes est réellement à tomber à la renverse.

Et quand Ra tente de la jouer cool, avec King Frog, et son coté funk salace bien marrant, c'est de toute façon pour nous tétaniser de la même manière. La mélodie est instantanée, immédiate, presque tubesque, prête à retourner une boite de nuit. Le beat se fait même presque House pendant quelques secondes. Mais tout est accolé à des hurlements de machines, qui en veulent toujours plus, crissant, se foutant sur la gueule en arrière-plan. Elles cassent la dynamique, explosent la bonne marche, transforment la petite bombe en folie industrielle. Break, on sombre dans la dépression, avant que la mélodie revienne, beaucoup plus lancinante, saccadé. Plus belle aussi, presque résignée sur le tapis roulant la menant à la concasseuse. Des choeurs religieux se greffe au tout, c'est sublime, le métal a la chair de poule, un comble.

La bonne surprise, au milieu de tout ce saccage, est de retrouver l'ineffable Huge Radish Samourai, morceau titre de son (gros) Ep sorti en fin d'année. On ne L'effet Brain Kitchen (Raoul sinier art)
L'effet Brain Kitchen (Raoul sinier art)
reparlera pas de cette cavalcade musicale habillant l'evasion d'un Radis traumatisé par la vue de ses potes découpés en lamelles, foncez sur l'article s'y référant, pour plus de details. Le morceau titre, Brain Kitchen, se fera encore plus lancinant, beaucoup plus posé, avec ce synthé nauséeux s'enroulant petit à petit sur une aura menaçante, armée de beats toujours concassés mais plus espacés et discrets qu'à l'accoutumés. On avance comme dans un tunnel, à peine éclairé de sa torche pourrie, avant de tomber sur le grand monstre, qui explose avec son beat gigantesque, fracassant, et sa mélodie grandiloquente, à raidir le plus téméraire des auditeurs.

 

Rawwar

Ce nouveau disque pousse le vice au maximum. Fini les titres qui paraissent immédiat des la première écoute (Wonderful Bastard ou Skinfest, et si l'on excepte Huge Radish Samourai), bonjour le travail d'orfèvre, le ciselage de rythmiques presque impensables. Raoul Sinier a choisi de nous offrir un disque radical, qui creuse un fossé conséquent avec ses anciennes oeuvres d'un point de vu architecture sonore. Fini les directs en pleine gueule. Ici, il faut s'abandonner, s'investir presque, pour pouvoir s'émerveiller de ses myriades d'explosions, de rythmiques grouillantes, de cette véritable population de beat qui fait sa révolution sur chaque titre.

Et quand j'emploi le terme "Radical", c'est que le disque l'est réellement. On a rarement entendu cela dans l'électronique française. Le son est rude, fracassée comme jamais. Il défonce, il détruit, il transperce. Il vous balance une nuée d'insectes dans le conduit auditif, tout en bouchant le tout avec des claviers plaintifs. La richesse des rythmiques met à l'amende la majorité des formations dans le style, et peut même être comparé au sacro-saint Autechre. C'est dire le tour de force. Sans compter que le disque offre de toute façon des morceaux proprement hallucinants, comme Stone Pills ( je vais pas m'en remettre de celui là), King Frog ou BabyTrash. Ra a une patte bien à lui, atypique, voir unique. En espérant que sa signature chez Ad Noiseam va enfin permettre une distribution sur le long terme.

Brain Kitchen est radical, certes, mais il se pose surtout comme un indispensable. on ne risque pas de croiser souvent un album aussi singulier, fracassé et foisonnant avant un bon bout de temps.

 

RAoul Sinier - Brain Kitchen
01. Intro 3
02. Listen Close
03. King Frog
04. Stone Pills
05. Baby Trash
06. 256
07. Whalemen
08. Solid Flesh
09. The Incredible Spitting Machine
10. Ants Mayhem
11. Huge Samourai Radish
12. Brain Kitchen
13. Bleeders Club
14. Bad Little Robot

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