7/10Rammstein de retour avec Rammstein

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 01/06/2019
Notre verdict : 7/10 - Rammsteinien (Ecrivez votre critique)

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Enfin ! Après 10 ans d'absence, Rammstein revient avec un album qui sonne un peu comme au retour de la formule à succès du groupe.

Le temps passe et nous dépasse et, mine de rien, ça fait bientôt 25 ans que Rammstein nous abreuve de son metal industriel à base de rythmes qu’on ne peut évidemment que qualifier de martiaux, à base de ce langage si rare et toujours percutant, à base aussi d’un savant mélange de provocation et de mauvais goût assumé, à base enfin de mélodies imparables qui se transforment parfois en petites douceurs pour les oreilles. Alors que le groupe enchaînait jusqu’ici les albums assez facilement, de Herzeleid en 1995 à Liebe ist für alle da en 2009, dix ans séparent Liebe de ce nouvel opus répondant au sobre nom de Rammstein. Il n’est jamais anodin de donner son nom à son propre album mais quand il s’agit du 7ème album, il y a sans doute une signification encore plus profonde. Faut-il y voir un retour sur soi-même, une refondation, une renaissance ? La réponse dépasse cette simple chronique qui va juste tenter d’explorer les 11 titres de Rammstein.

De la provocation

Avec son esthétique parfois proche des régimes totalitaires, avec l’utilisation de l’allemand, langue un peu connotée, avec aussi des sorties marquants (comme le clip de Pussy), le groupe de Berlin a toujours su jouer finement de la provocation. Rammstein n’échappe pas à la règle. Ainsi le clip de Deutschland a immédiatement fait grincer quelques dents : la chanson fait référence à la relation amour/haine que le chanteur entretient avec son pays. Quoi de plus étonnant alors que le clip fasse référence à la Seconde Guerre Mondiale et, plus particulièrement, à la Shoah, événement marquant s’il en est de l’histoire allemande ? Toujours est-il que le fait de voir le groupe grimé en prisonniers juifs a provoqué le scandale. Musicalement le titre s’ouvre sur ce synthé reconnaissable entre mille et explose d’entrée en un gros son, là encore signature imparable du groupe. La voix de Till Lindemann nous abreuve de ses « Du, ich, wir, ihr » qui résonnent longtemps et rappellent certains des anciens titres, Du hast évidemment en premier lieu. Cette voix prend une autre dimension sur Radio dont les R roulés sont particulièrement doux à l’ancien germaniste que je suis : il est quasiment impossible de ne pas chanter les Radiooo du refrain et de ne pas remuer du popotin sur les rythmes, à la fois fracassants, planants et complètement kitsch. Rammstein est d’ailleurs particulièrement dansant mais on y reviendra plus tard. Dans cette veine typiquement rammsteinienne, Zeig dich avec son intro à base de chants grégoriens fait parfaitement le taf tout comme Sex un peu plus lourde (musicalement), Tatoo, Was ich Liebe ou Hallomann, tous trois étant peut-être un peu moins mémorables.


DR.

 

De la douceur malsaine

Plus intéressant est, sans doute, Puppe, une chanson au rythme plutôt tranquille mais à l’atmosphère très malsaine, notamment grâce aux hurlements désespérés de Till Lindemann qui surviennent sans crier gare. Il faut dire que le chanteur se place dans la peau d’une personne dont la sœur est une prostituée et qu’il voit être étranglée/tuée. Rammstein a toujours su jouer avec les émotions mais, ici, le malaise, appuyé par une musique qui semble creuser sa propre tombe, est palpable et la douleur exprimée prend aux tripes comme a pu le faire, dans un temps reculé, Daddy de Korn. Mais Rammstein sait aussi parfaitement gérer les petites ritournelles au piano qui s’enfoncent loin dans le cerveau et ne s’en retirent pas facilement (Engel, Klavier, Seemann, Ohne dich). Ici le titre s’appelle Diamant et est une magnifique chanson de rupture. Les délicates notes de piano touchent de belle manière notre corde la plus sensible et quand la voix de Till se fait aussi douce, c’est un véritable bonheur pour les oreilles. Là encore, impossible de ne pas chantonner « Du bist schön wie ein Diamant, Schön anzuseh'n wie ein Diamant, Doch bitte lass mich geh'n » (tu es belle comme un diamant, belle à admirer, comme un diamant, mais s’il te plaît laisse-moi partir).


DR.

Mais revenons finalement sur Radio dont le refrain est entraînant et a un côté indubitablement dansant. Nous disions auparavant que l’album entier était particulièrement dansant. Sex ou Tatoo peuvent permettre de twerker comme un fou mais l’étonnante Ausländer est un tube en puissance sur les dancefloors, notamment par la grâce d’un pont qui, des couplets, monte petit à petit jusqu’à la grosse claque du refrain qui donne envie de sauter partout en brandissant le poing et en criant « Ich bin ausländer, mi amor, mon chéri ». Malgré quelques coups de moins bien (mais c’est vrai de chaque album), Rammstein a su venir imposer de nouveau son style au monde entier avec un album qui a atteint la place de numéro 1 des ventes un peu partout en Europe. Un bien beau retour.

La critique en 140 caractères :

Dansant, touchant, provoquant, fracassant, malaisant, Rammstein est de retour avec un album éponyme de belle facture.

En écoute, Ausländer

Rammstein – Rammstein

01. Deutschland

02. Radio

03. Zeig dich
04. Ausländer
05. Sex

06. Puppe
07. Was ich Liebe
08. Diamant

09. Weit weg

10. Tatoo

11. Hallomann

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