6/10Queens of the Stone Age - Era Vulgaris

/ Critique - écrit par Dat', le 10/09/2007
Notre verdict : 6/10 - 20 Watts (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - 6 réactions

Era Vulgaris est à l'image de la pochette : Il aurait pu briller de milles feux, rayonner comme jamais, mais l'ampoule est cassée, et ne diffuse que du 20 Watts. Rageant.

Le nouvel album des Queens of the Stone Age était presque aussi attendu que le messie. Déjà parce que leur album Songs for the Deaf a marqué à vie bon nombre d'auditeurs, le considérant même comme l'un des trois plus grands disques de rock des dix premières années de notre cher nouveau siècle... (Ok les dix ans ne sont pas encore bouclés, mais j'ai des dons divinatoires.) Mais surtout que le successeur de ce seigneur musical s'est avéré très bon, mais doté un arrière goût d'inachevé assez prononcé, donnant au final un résultat assez loin de Songs for the Deaf ou Rated R. Précédé de petits clips marrants, et d'un single ravageur, Era Vulgaris s'annonçait être un véritable brûlot prêt à raidir votre nuque de plaisir, genre Dieu est de retour.


On peut dire que je m'attendais à tout pour l'artwork d'un disque de Queen of the Stone Age (QotSA) sauf à cela. Entre la dame en string du premier album éponyme, le trip satanico-stylisé de Song for the Deaf ou la très inquiétante nymphette de Lullabies To Paralyze, rien de pouvait laisser présager d'une pochette complètement délirante, bourrée de petites phrases second degré vantant les mérites du disque d'une façon peu banale, façon vieux shampoings miracles qui font repousser les tiffs, tout en laissant vagabonder des ampoules ayant encore plus de style que tous les membres de Tokio Hotel autour d'un barbecue.

Et cela débute plutôt bien, entre ces coeurs semi-païens, les riffs acérés et la voix (Quelle voix !) de Josh Homme, tantôt traînante, parfois plus grave. Pas d'explosion dans ce Turnin' on the Screw, pas de moment à mourir, jusqu'à ce que le titre bascule dans une structure plus expérimentale, avec ce son de guitare tordue, massif, qui emplit vos oreilles, se déroule et devient de plus en plus présent alors que les percussions accélèrent. Assez psyché dans son ensemble, le passage est franchement excellent, voir déstabilisant au casque. On a entendu plus conventionnel pour faire un solo guitare.

Mais les hostilités démarrent vraiment avec l'affolant premier « single » du disque, Sick, Sick, Sick : guitares tonitruantes, fûts maltraités comme à la belle époque, des couplets meurtriers, des refrains meurtriers², et une fin éclatante, le tout soutenu par des sonorités crades en arrière plan. Que demande le peuple ? Et pourtant, j'ai vraiment eu du mal à m'y faire, étant plutôt hermétique à ce titre de prime abord. Mais après quelques écoutes intensives, bon Dieu quel bonheur. Le morceau frise presque le malsain en son deux tiers avec ces choeurs presque agonisants. Le tout parfaitement soutenu par un clip à foutre mal à l'aise un amateur de choucroute. Rouleau compresseur.

Era Vulgaris semble se tenir sur des rails en or, le troisième titre, I'm Designer étant, lui aussi, une grande réussite, voir l'un des incontournable du disque... A l'opposé du lance flamme qui le précède, on nage dans un océan plus calme. Les couplets sont sautillants, avec une guitare frappant en rythme. Mais c'est bien lors des refrains, ou tout se calme, s'envole, dédoublement des voix, mur de guitare, sque l'on plane, c'est juste parfait. Queens of the Stone Age a toujours été un groupe qui sait manier avec talent les sonorités rageuses avec des refrains pop à vous raidir la colonne vertébrale. On tient ici l'un de ses meilleurs représentants, avec cette petite touche déconne et originale des couplets qui donne un cachet assez unique au morceau. Enorme, rageur et sublime à la fois, I'm A Designer fut un coup de foutre des la première seconde.

Et là, c'est le drame. Le train déraille, mais on va se taper une ligne de morceaux presque insipides, sans grand intérêt. Rien de mauvais, loin de là, mais l'enthousiasme vient de se dégonfler comme un soufflé de notre Gaston national. Into the Hollow est aussi mou et inoffensif qu'un oursin désagrégé par 3 semaines d'exposition au soleil. La batterie est reléguée à l'arrière plan de l'arrière plan, la mélodie n'accroche pas des masses, les guitares miaulent un peu trop... Misfit Love, qui commence pourtant d'une façon assez dantesque, ne passionnera pas. C'est lourd, ça n'évolue pas, et l'on prend la « clarté » de la fin comme une bénédiction. Même griefs pour Battery Acid qui, malgré son rythme bien enlevé, n'est franchement pas au niveau des prods habituelles de QotSA.

Il faut attendre Make it wit Chu pour retomber dans la qualité. Et ce n'est pas peu dire. A croire que QotSA a placé consciemment trois titres stériles pour que l'on se prenne de plein fouet le diamant qu'est ce titre. Pourtant c'est bien à l'opposé du son « habituel » du groupe. On plonge ici dans un rock simple, presque calme. Pourtant c'est juste un tube. Un diamant. Un morceau de pop rock intemporel parfait, s'étalant sur 30 ans, comme pourrait le faire les Beatles, Frank Black ou les dieux de Mr Bungle. La guitare est claire comme de l'eau de roche. Elle a même droit à son solo classique. Le piano frappé est en couverture. Le chant est parfait, retenu, mélancolique. Pas d'esbroufe, pas de cri, juste une voix limpide, qui vous porte, vous perce littéralement la gueule. Le refrain va poursuivre sur une journée et une nuit entière, avant de se remettre le morceau, par besoin irrépressible de réentendre ce bijou, sous peine de devenir dingue tant il peut obséder. Joyeux et profondément triste à la fois. LE titre de l'album pour moi. (Et je suis pas sûr de faire l'unanimité en annonçant ça.)

Problème, il va falloir encore serrer les dents et chercher pour tomber sur d'autres petites merveilles. River in the Road en est une. Rythmique folle, la chanson se déroule comme une marche funèbre accélérée, portée au nues par un Josh Homme assez hallucinant dans ses choeurs lugubres, désespérés... On se laisse emporter dans cette rivière qui charrie des âmes en peine, dans cette atmosphère presque glauque mais belle comme la mort.

Run, Pig, Run fera directement penser à Songs for the Deaf avec son aura lourde, menaçante, façon armada de guitares et ses cassures de rythme. Les guitares hurlent, on ne laisse pas vraiment la place à l'organisation classique. Rien de traumatisant cependant. Peut être un peu trop sage. On s'emmerderait presque.
On pétera un peu plus les plombs sur le morceau de clôture et son titre atypique The Fun Machine Took a S*** & Died. Entre une guitare cristalline frôlant le banjo et une chape de grattes bien lourdes, sans compter les changements à tout va, les petits délires difficilement descriptibles, un chant qui s'arrête pendant 3 minutes avant de reprendre de plus belle, il est bien difficile de s'y retrouver, et c'est un compliment, cela sur presque 7 minutes. Bien barge au final, sans structure aucune, ce morceau emmène une dose de folie en la fin d'un disque qui en avait pourtant bien besoin sur toute sa longueur...

Certes, des changements de rythme, Suture up your Future en propose, mais quand les différentes portions peinent à intéresser, il est bien difficile de former un tout impressionnant. Pourtant le refrain, empli de grâce, passe plutôt bien. Dommage.
On sera plus indulgent avec 3's & 7's, plutôt sympa à l'écoute, avec une mélodie assez immédiate, mais qui se fait griller par un refrain dégueulasse. Le morceau aurait pu être une vraie tuerie, surtout avec cette fin tempêtant dans vos oreilles. Frustrant.

Frustrant, c'est bien le mot qui pourrait correspondre le mieux pour Era Vulgaris. L'essai est loin d'être raté. L'album n'est clairement pas aussi immédiat que ses deux grands frères, et demande du temps avant d'être réellement apprécié. Déjà car le son de QotSA ne repose plus vraiment sur le schéma ultra-maitrisé (et c'est assez rare pour être signalé) du « Couplet qui tue - Refrain qui tue - Couplet qui tue - Refrain qui tue ». Loin de moi l'idée de demander un cadre, voir du formatage. Mais QotSA excellait tellement dans cet exercice qu'il est difficile de voir le groupe retomber dans des morceaux parfois moroses, ne s'envolant jamais, ne brûlant pas vos échines à force d'à-coups électriques.
Le groupe fait toujours se côtoyer le hard rock et la pop avec un brio rarement égalé, mais l'on sent Josh homme se perdre quand il veut garder le morceau sur une même ligne.

Era Vulgaris contient de vrais diamants, comme Turnin' On the Screw, Sick, Sick, Sick, I'm Designer, River in the Road ou le petit chef d'oeuvre Make it wit Chu... On sent que Josh Homme et ses comparses aiment triturer leurs guitares et s'amusent à cracher des sonorités par forcement conventionnelles venant de cet instrument. Mais l'autre facette du disque est bien plus terne, bien moins enthousiasmante...


Au final, Era Vulgaris est à l'image de la pochette : Il aurait pu briller de milles feux, rayonner comme jamais, mais l'ampoule est cassée, et ne diffuse que du 20 Watts. Rageant.


Queens of the Stone Age - Era Vulgaris
01. Turnin' on the Screw
02. Sick, Sick, Sick
03. I'm Designer
04. Into the Hollow
05. Misfit Love
06. Battery Acid
07. Make it wit Chu
08. 3's & 7's
09. Suture up your Future
10. River in the Road
11. Run, Pig, Run
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