A l'origine Prohom c'était juste Philippe, un petit gars qui se plaisait à écouter un peu de tout, des Beatles au reggae en passant par son affection toute particulière pour le piano électrique. Puis, souffle en France un vent de nouveautés, AC/DC, The Cure et le tout puissant Depeche mode. Le rock-électrique ne le sait pas encore, mais il vient d'enfanter un chanteur français qui ne naitra que plus de 15 ans plus tard. Pendant ces 15 années, Phillippe ne chôme pas, il prend le temps de cultiver son art et part alors sur la route avec des groupes divers et variés avant de se décider en 94 à démarcher les directeurs artistiques de France et de Navarre avec sous le bras, ses propres titres.
Quelques années plus tard, assisté de ses deux accolytes (Yann et Emmanuel) au bagou musical varié, le voilà lancé en studio pour enregistrer l'album éponyme Prohom. Son destin et le prix Sacem 2001 en main, le Lyonnais nous invite alors dans son univers composé pour l'occasion de 11 chansons.
C'est avec bonheur et en allant de surprises en surprises que le Cd tourne alors en boucle dans ma chaine HiFi.
Tout commence brillamment avec Rester en ville, une introduction idéale à ce monde sombre à souhait, parfaite pour nous mettre dans l'ambiance. Un début 100% éléctrique de plus de 2 minutes, sans paroles, à l'aspect mystérieux...puis tout s'accélère et la voix posée de Philippe Prohom se lance. Le texte assez noir colle parfaitement avec les mélodies de l'album, on est presque impressioné.
Puis, on se met à frissoner de plaisir, Ca oublie d'aimer nous permet de comprendre toute la dimension de cet artiste et de son album. Le single fait mouche. Un début de chanson calme, bercé par une batterie et un arrière-fond décidement électronique. On prête alors une plus grande attention aux textes durs, soignés et acides. Le rythme s'envole, on ne se surprend même pas à chanter le refrain, on adhère totalement.
La piste 3 s'enclenche alors. Le miroir et moi nous invite dans une chanson plus calme, tout aussi acerbe, Prohom ne nous lâche pas. Il nous invite à éveiller notre conscience grâce à ses paroles explicites et intelligentes. Pour une fois, on ne tombe pas dans la démagogie noirdésirienne, on est poussé gentiment à se poser les bonnes questions, à réfléchir sur soi, sur les autres, et tout ça sans efforts, naturellement.
Renouvelle surprise et déja un début de changement apprécié. On a pas le temps de se lasser, l'album est bien construit, chaque chanson a une place importante dans l'édifce de l'album. Pas d'idée dévoile donc un nouvel aspect au ton et à la mélodie plus rap. Le chanteur se lance alors tout en finesse dans un plaidoyer contre le racisme, l'exclusion, le gouvernement... tout y passe... C'est lourd ?.. Et bien non, car là est la magie de Prohom, rien n'est prise de tête.
Douce félicité. On arrive presque à la moitié du Cd et on a écouté que de belles chansons, rien est à jetter. Et on est pas au bout des surprises comme il le montre une nouvelle fois avec la chanson 5 Georges. L'ovni de l'album. Une chanson très drole, aux mélodies enjouées. Une pause dans cet univers sombre. Heureusement, on reste baigné dans la même ambiance acide. On a juste un petit goût plus sucré et plus fun dans la bouche. La vie de Georges est passionnante, miroir de notre société dirait-on... je n'espère pas.
On se plonge alors dans une ambiance plus soft au premier abord. Un petit bar sympa prend forme devant nous. La musique façonne notre esprit. On est posé. Un verre à la main, Mise en bouche sous ses faux airs de ballade tranquille se dévoile comme être un chef d'oeuvre. Pour ma part, le tube de l'album. Les paroles sont sublimes, ironiques. Une dénonciation subtile de la pédophilie, des magouilles politiques et de la religion. Bravo.
Pas remis de cette claque, j'en oublie presque la chanson qui suit : C'est pas moi. A croire que cette chanson fut placée là exprès pour nous laisser nous remettre, elle se révèle comme la moins inspirée de l'album. Sombre et lente, relaxante peut être? Pas de surprise pour ce titre qui se laisse toute fois très bien écouté. On peut pas être au top tout le temps.
C'est pas grave, oublions, Ne plus y penser comme dit Philippe. on retombe dans un rythme plus accéléré, presque fou, mais déchaîné.
Le concours s'offre comme une suite logique. Les textes sont toujours aussi contestataires, l'inepsie et les contradictions du genre humains décriées. Prohom crache son venin sur notre société. Alors...
... on assiste à la fin du spectacle, de ce rêve noir. Pour cela quoi de mieux que de s'accouder au bar et finir notre verre commencé plus tôt. Le fond musical du bar se révèle plaisant. Il sonne comme la musique de fin d'un polar: lent, triste... mais beau.
Alors une conclusion magnifique, divinatoire. LA pierre finale de cet édifice. Une chanson composée dirait-on exprès pour être écoutée en fin de Cd. Heureux nous mène à la fin du voyage. On écoute Prohom nous dire au revoir, achever son oeuvre, heureux. "Le bonheur est une "étrange sensation", dans laquelle celui qui en fait l'expérience ne se reconnait pas". Une fin parfaite, le rideau retombe.
Merci Philippe Prohom. Continue de débiter ton pessimisme en chanson. Un album pas loin de la perfection qui nous prend aux trippes et c'est faire mal la où il faut. On en redemanderait volontiers.
Magique et unique!
Djak []

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