7.5/10Primus - Frizzle Fry

/ Critique - écrit par athanagor, le 17/03/2010
Notre verdict : 7.5/10 - Frise et frit (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

En février 1990, les Etats-Unis, puis le monde, vont découvrir, stupéfaits, ce trio de San Francisco à l'identité sonore étrange, emmené par un bassiste nasillard au look de redneck.

C'est dans les premiers mois de la décennie 90, que Primus sortira son premier album studio Frizzle Fry. L'année précédente, et à la faveur d'une belle notoriété dans leur ville, ils purent enregistrer, au Berkeley Square, Suck on This, produit sur le label Prawn song du bassiste Les Claypool. Ainsi, va naître peu à peu à la notoriété, ce trio créateur de sonorités étranges, qui confirmera son joli succès avec Sailing the seas of cheese, où on pourra entendre Tom Waits grommeler sur Tommy the cat.

Dès les premiers instants d'une écoute attentive (ou  pas), le son surprend par son manque d'identification à quoi que ce soit dans les alentours. L'ensemble musicale est tout entier centré sur, et porté par, la basse étrangement molle de Les Claypool, qui fera dès lors régulièrement son apparition dans les classements de magazines musicaux, à la rubrique
« meilleur bassiste de l'année ». Enregistré sur un parti pris très sec, l'album ne s'embarrasse pas d'une foultitude de pistes et, n'étaient les quelques rares interventions de longues notes de contrebasse, il ne se présente, avec pour toute arme, que les trois instruments et la voix criarde de Claypool. Primus est avant tout un groupe de scène et il ne s'agirait pas d'en faire des caisses, au risque de décevoir les spectateurs qui viennent entendre, en concert, ce qu'ils ont aimé sur le disque. De plus, il n'est aucun besoin de rajouté quoi que ce soit. La production est impeccable et les trois musiciens révèlent un talent monstrueux dans l'exécution de leur office. La batterie de Tim Alexander, limpide et millimétrée, et la basse de Claypool forment un berceau rythmique où viennent se coucher, comme des évidences, les interventions guitaristiques de Larry LaLonde. Le tout donne quelque chose d'inimitable, et donc immédiatement identifiable, qu'est le son de Primus. S'ouvrant sur To defy the laws of tradition, titre en forme de manifeste, l'album sera un flot ininterrompu d'un son à la fois mat et brillant, seul capable, sans que cela soit un but avoué, de coller ultra mal à l'aise l'auditeur non préparé. Les aspects très répétitifs d'interventions hystériques campées dans les médiums, sur un lit de basse continu, émaillé de changement soudain de rythme et d'ambiance, le tout accompagné par le chant nasillard, parfois hurlé, de Claypool en déstabilisera plus d'un. Mais quel bonheur pour celui qui apprendra à s'en accommoder.

Quel bonheur aussi pour le musicien amateur toujours à la recherche d'expression artistique servie par une belle technique. Bien que Tim Alexander démontre des qualités instrumentales indéniables et parfois surprenantes, vérité que partage Larry LaLonde, la vraie claque, c'est Claypool qui la donne. Il ne cessera d'ailleurs jamais de la distribuer dans sa carrière. Bassiste à la technique irréprochable, il se montre surtout capable de chanter, toujours avec fraîcheur, selon des formules improbables, alors qu'il tient à la basse des rythmiques impossibles pour n'importe qui d'autre ne s'occupant que de cela. Ce qui fait la force de ce musicien c'est bien ça : une technique incroyable au All aboard !
All aboard !
service de l'art et du fun ; on fait de la musique pas des maths, et on est là pour créer et, autant que possible, s'amuser. C'est le message qui semble transparaître de cette attitude générale, qui fait qu'on ne devine jamais à quel point la rythmique du tube de l'album John the fisherman, est impossible à tenir, même en y faisant attention. Pourtant Claypool s'en fout, et tient le tout sans aucune difficulté, en studio comme en concert, aussi parce qu'il fait de la musique et pas de la basse. Ainsi, à l'instar de Lemmy Kilmister (mais dans un tout autre genre), il ne s'encombre pas des schémas techniques de son instrument, et l'utilise indifféremment comme basse ou comme guitare, allant même jusqu'à y coller un vibrato.

C'est aussi dans cette optique que sont élaborées les paroles. Tantôt engagées (Too many puppies), tantôt surréalistes (Harold of the rock) et tantôt comiques (quasiment toutes), elles ne sont jamais inutiles ni seulement pensées pour accompagner les instruments. Ainsi, on pourrait prendre Claypool, avec son look et sa voix, pour un plouc rigolard, mais c'est un véritable artiste qui opère ici, avec des façons particulières de poser des questions et donner ses réponses. Tous les titres cherchent à installer des idées et des concepts, voire à en inventer par le biais de l'absurde. Certains titres donnent également à voir le regard de Claypool sur les racines musicales américaines, traduites dans ces passages qui évoquent les fêtes foraines où les messes westerns, que sont You can't kill Michael Malloy et Sathington Willoughby.

Cet album est d'entrée de jeu le révélateur de la pensée de Primus et de son étrange leader. Les albums suivants ne se départiront jamais de ce style si unique et parviendront à le développer, au travers de titres au service d'un univers toujours plus passionnant.

 

Primus - Frizzle Fry

01. To defy the laws of trdition
02. Ground hog's day
03. Too many puppies
04. Mr. Knowitall
05. Frizzle Fry
06. John the fisherman
07. You can't kill Michael Malloy
08. The toys go winding down
09. Pudding time
10. Sathington Willoughby
11. Spaghetti western
12. Harold of the rocks
13. To defy

A découvrir
Rohff - La vie avant la mort
Rohff - La vie avant la mort
Radiohead - L'intégrale
Radiohead - L'intégrale
Collins (Phil) - Face Value
Collins (Phil) - Face Value