8/10PJ Harvey : God save the Jungle Queen

/ Critique - écrit par athanagor, le 19/02/2011
Notre verdict : 8/10 - L'abattement fit escale (Ecrivez votre critique)

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Quatre ans après le très touchant White Chalk, la Cléopâtre du rock revient avec Let England Shake, où elle chante son amour pour son pays et le désarroi profond dans lequel la situation de celui-ci, aussi bien que celle du reste du monde, la plonge.

Sur des textes sombres, à la poésie confuse et parfois surréaliste, PJ Harvey livre un album à la gloire de la poésie perdue de son pays. Succombant au pragmatisme froid du monde contemporain, la belle Angleterre, ainsi que d’autres pays, se perdent dans les raisons politiques et économiques qui ne se traduisent, pour le plus grand nombre, que par la guerre et la pollution.  Abreuvée de mémoire de soldat et de vidéo sur les récents conflits, PJ Harvey s’est d’abord attachée à rédiger les textes pour lesquels la mise en musique nécessitera 18 mois. De son propre aveu, sa tentative a alors été de faire un album à l’image de ce monde, où la plus sèche des brutalités côtoie la plus fascinante des beautés. Ainsi a-t-elle voulu opposer à l’âpreté de ses textes le contrebalancement d’une belle musique. Et le mélange fonctionne avec d’autant plus d’efficacité que l’artiste elle-même dispose d’une voix où cohabitent fragilité et détermination.

A l’image de cette envie de rapprocher les contraires,
DR.
Let England shake, titre éponyme qui ouvre l’album se pose sur une succession anarchique et presque hasardeuse de mesures à 8 puis 7 temps, dans un ordre trop incertain pour constituer une structure solide. Pourtant la mélodie y est assise avec l’assurance d’un discours mille fois répété et le chant y alternera en toute simplicité ses couplets et refrains, comme s’il n’y avait rien de plus solide que l’incertitude. Dans cette conviction tranquille, The last living rose suivra avec autant d’assurance, poussée à son ouverture par une grosse caisse d’harmonie, qui amorcera l’évocation mélancolique, à grand renfort d’images d’Epinal, d’un pays disparu.

L’album ira alors d’inquiétude en avertissement, toujours sur une musique incroyablement bien balancée et identifiable, servie par l’inspiration fragile de la chanteuse. Multi instrumentiste, elle pique ses titres d’autoharpe et de riffs de saxophone, mais toujours sous l’autorité de ce son de guitare, clair et chargé de reverb, qui vient flâner sur les titres et que l’on reconnaît désormais comme un attribut de la chanteuse. A d’autres occasions, des samples viendront se greffer sur les titres, sans chercher à s’y fondre, comme autant d’éléments explicites. De la charge de la cavalerie posée sur The glorious land, au chant traditionnel des balkans sur England, ces moments semblent vouloir préciser le propos en signifiant l’urgence et la tristesse.

Invoquant les contraires dans une complémentarité réciproque, cet album tire une vraie force de cette alchimie. Truffé de passages mélodiques inspirés, auxquels l’absence de répétition donne une valeur encore plus grande, l’ensemble porte ses thèmes grâce à une poésie oscillant entre impressionnisme et surréalisme qui offre son plus bel aboutissement dans la partie chorale de In the dark places. Déjà touchant par sa mélodie et son ampleur musical, ce moment gagne encore en intensité par son sujet. Difficile alors de ne pas voir la pochette, où le noir de suie donne naissance à des formes aériennes, comme une synthèse de ce qui a été tenté sur ces 12 titres, et réussit avec un talent désarmant.

 

PJ Harvey – Let England Shake

01. Let England shake
02. The last living rose
03. The glorious land
04. The word that maketh murder
05. All and everyone
06. On battleship hill
07. England
08. In the dark places
09. Bitter branches
10. Hanging in the wire
11. Written on the forehead
12. The colour of the earth

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